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Publié par Bob Woodward

La France est-elle irréformable ?

En avons-nous entendu parler de la ou des réformes… Sous Raymond Barre nous entendions déjà affirmer en boucle que les sacrifices d’aujourd’hui feront la richesse de demain… Thème repris par Michel Rocard et tant d’autres, devenus un consensus non dit entre la droite libérale et la gauche sociale : une alliance de fait qui sera cimentée par l’adhésion commune à une Union européenne grande ouverte aux capitaux (1986 Acte Unique) puis progressivement libérée de toute protection quant à la concurrence que ce soit aux frontières ou à l’intérieur des frontières (Amsterdam 1999, traité de Lisbonne 2008).

 

La cause était donc entendue depuis que nos gouvernements successifs ont accepté les règles européennes favorables aux marchés c’est-à-dire, le temps aidant, à l’économie dominée par la rentabilité financière : il n’était de réforme que libérale. Nous avons donc vu se succéder les plans Juppé (1995), l’ouverture de nos géants industriels au grand vent européen puis international (Arcelor sous Lionel Jospin), l’accélération des privatisations en continu depuis Balladur (1986), sur fond de leçons doctement administrées par les magazines économiques. La France se porterait mieux en supprimant l’industrie et en se vouant au développement des hautes technologies et des services. Doctement administrées par ceux-là même qui aujourd’hui nous disent qu’il faudrait imiter le modèle allemand... c’est-à-dire un pays qui s’est gardé de sacrifier l’industrie, qui est la base même aujourd’hui de son avance.
Devons-nous aujourd’hui croire les mêmes augures péremptoires lorsqu’ils affirment avec tout autant de sagacité que hors des réformes à l’allemande il n’est point de salut ? Les ordonnances Macron dans la droite ligne de la loi El Khomri reposent sur cette même injonction : faisons comme l’Allemagne ! Mais on oublie d’aller jusqu’au bout de la comparaison : la  force de l’économie allemande repose sur des entreprises de taille intermédiaires solidifiées par  des investissements stables répondant à une tradition ancienne (après la guerre de 1870) et pourvues d’une culture du dialogue social. Importer dans l’économie française dominée par le contrastes entre les géants exportateurs et le tissu de PME souvent fragiles la «flexibilité» du travail revient à se tromper gravement sur les moyens.

On se désole donc du côté du patronat ou du gouvernement de l’ «irréformabilité»  de la France du travail sans se poser la question de la réformabilité du capital à commencer par l’inconscience du comportement des banques qui continuent à alimenter la bulle spéculative -eh oui elle est de retour…- plutôt que d’investir l’épargne (très élevée) des Français. Nous avons connu sous la précédente majorité une réforme bancaire avortée, un CICE en principe utile mais très mal défini, une tentation vers la «flexisécurité», toutes «réformes» répondant aujourd’hui en gros au même schéma. On se désole que l’échec de ces politiques qui ont mené à un petit frémissement de la croissance, sans amélioration de l’emploi soit si mal évalué par un gouvernement pourtant prompt à se présenter comme en rupture avec le passé. Mais nous continuons à comprendre qu’une vraie réforme bancaire, ce n’est pas une réforme, un grand plan d’investissements ce n’est pas non plus une réforme, une redistribution des services publics, un plan d’aménagement du territoire, ce n’est pas non plus une «réforme». Au moins savons-nous pourquoi : il n’est de réforme que libérale et l’oublierions nous que la Commission de Bruxelles serait là pour nous le rappeler. Nous tournons donc en rond faute d’avoir l’audace véritable, qui serait de remettre en question le schéma de l’aveuglement financier au profit du retour à une économie réelle : on verrait alors de quel poids réel pèsent des «réformes» entièrement tournées vers la rotation des travailleurs suivant le rythme endiablé des capitau
x.
La France est-elle irréformable ?

Certes les économistes annoncent que le chômage pourrait baisser aux alentours de 7% dans le courant du quinquennat -rêve déçu de François Hollande- mais ils soulignent aussi que ce sera au prix d’une forte précarisation du travail. Il en résulte que la pression sur les garanties et compensations sociales de toute nature sera forte. Or on veut réduire la dépense publique. Dans ces conditions le modèle de la France de 2020 se profile assez nettement. Le maintien et l’accroissement des inégalités y compris territoriales, le manque d’investissements publics, la pression fiscale accrue sur les classes moyennes (CSG, taxe d’habitation) feront de la France un convalescent amaigri là où il eût fallu penser un pays redressé à la reconquête de ses capacités de production qui, n’en déplaise à certains, resteront longtemps nécessaires à une société de prospérité. La France nous l’a-t-on assez dit est irréformable ! Mais qui réformera enfin les réformateurs ?

La France est-elle irréformable ?
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