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Publié par Bob Woodward

La Catalogne sous état de siège ?

Des parents d’élèves occupent 163 écoles devant servir de locaux de vote en vue du référendum sur l’autodétermination de la Catalogne. La police espagnole a, quant à elle, perquisitionné le centre de télécommunication.

 

Il n’y a guère plus qu’un hélicoptère de la police espagnole qui tournoie au-dessus de Barcelone. L’espace aérien de la zone métropolitaine (sans affecter l’aéroport international) est fermé jusqu’au 2 octobre afin d’empêcher la prise d’images aériennes de la foule qui pourrait se réunir dimanche à l’occasion du référendum d’autodétermination de la Catalogne.

Hormis les bus et caméras des médias internationaux, il règne une certaine tranquillité sur la Place de Catalogne et les Ramblas où les touristes s’écoulent en direction de la mer. Mais il suffit de prendre une ruelle pour tomber sur l’une de ses 163 écoles occupée par des collectifs de parents ou de voisins afin d’éviter que la police ne pose des scellés en vue du vote de dimanche. Elles font partie des 1300 écoles désignées comme centre de vote par le gouvernement catalan qui maintient son bras de fer contre Madrid.

 

Le fils de Charlie Pérez fréquente l’une de ses «écoles rebelles»: Llacuna del Poblenou. Il se dit horrifié à la lecture de certains médias espagnols prétendant que les Catalans sont prêts à se servir des enfants et des personnes âgées comme boucliers humains. «On voudrait simplement pouvoir voter en famille. Comme une activité banale», soupire ce descendant d’aragonais qui préfère s’exprimer en espagnol.

Le référendum coïncide avec la rentrée des classes de son fils. «Toutes les écoles avaient ordre d’évacuer les lieux à 16h30, alors que des activités étaient prévues. Mais, au final, la police n’est pas venue.» Plusieurs personnes ont prévu de passer la nuit dans les locaux

Les Mossos d’Esquadra, la police catalane, a pour ordre d’intervenir dimanche avant 6 heures du matin afin de vérifier si les locaux de vote sont bien fermés, comme le lui demande le Tribunal Supérieur de Justice. Mais la loyauté du corps dirigé par Josep Lluís Trapero soulève quelques doutes du côté du gouvernement central. Le chef des Mossos a déjà indiqué, en milieu de semaine, qu’il privilégierait la sauvegarde de l’ordre public à l’application des instructions.

 

La gendarmerie espagnole, la Guardia Civil, s’est plainte formellement de l’inaction des Mossos d’Esquadra lors de la vague d’arrestations et de perquisitions visant des hauts fonctionnaires catalans le 20 septembre dernier. Pris à partie par la foule, 18 membres de la Guardia Civil sont restés bloqués pendant 18 heures dans un bâtiment, malgré le fait d'avoir demandé «six fois du soutien» à leurs collègues catalans, détaille la lettre envoyée à l’audience nationale.

Une mauvaise aventure qui n’a pas empêché la Guardia Civil de perquisitionner samedi matin le Centre de Télécommunications et Technologie de l’Information (CTTI). C’est depuis ce bâtiment de la périphérie de Barcelone que la Generalitat (le pouvoir exécutif) gère les services informatiques de la région, et donc le système de vote en ligne.

Des forces policières devraient être maintenues sur place jusqu’au 3 octobre par Madrid, qui est également parvenu à contraindre Google à fermer une application de localisation des bureaux de vote. Les anti-référendaires l’ont bien compris, au vu du boycott de l’opposition, le seul véritable enjeu de dimanche sera le taux de participation.

Les dirigeants européens répètent qu’une Catalogne indépendante sortirait de l’UE et de l’euro. Mais au sein des institutions communautaires, la stratégie répressive des autorités espagnoles suscite le scepticisme

 

Amadeu Altafaj résume, à lui seul, le malaise ressenti par les institutions européennes à propos du référendum de dimanche en Catalogne. Pendant plus de dix ans, au cœur de la crise de l’euro, ce natif de Barcelone était l’un des porte-parole les plus en vue de la Commission européenne. Collaborateur du commissaire finlandais Olli Rehn – alors chargé des Affaires économiques et négociateur en chef des plans de sauvetage de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal… et de l’Espagne (qui déclina l’offre) –, cet ancien journaliste du quotidien très anti-indépendantiste El Mundo, né en 1968, avait l’un des meilleurs carnets d’adresses médiatiques de Bruxelles.

Virage radical en 2015: l’ex-communicant devient, à la surprise générale, représentant permanent de la «Généralité» de Catalogne dans la capitale de l’UE. «Amadeu connaît tous les recoins de la commission et du parlement. Il sait comment nous parler. Il trouve toujours les phrases pour nuancer la cause indépendantiste», s’énerve un eurocrate. Tandis qu’en face, les autorités espagnoles patinent: «Même s’il agit dans le cadre de la loi, le gouvernement espagnol gère très mal cette situation. Dépêcher la Guardia civil pour procéder à des arrestations envoie un signal très négatif», confirmait ces jours-ci à l’ATS, sous couvert d’anonymat, un diplomate européen.

Que dire? Que faire? Comment réagir et comment dissocier, surtout, la réponse sur les principes des jugements sur les circonstances, depuis que Mariano Rajoy et les autorités de Madrid ont choisi de resserrer sur la Catalogne l’étau judiciaire et policier, au risque d’entraîner dimanche des violences, y compris entre forces de l’ordre régionales et nationales?

Côté principe, une seule ligne est entonnée: «La Catalogne sortira de l’Union et de l’euro si elle déclare son indépendance. Et son éventuelle réintégration ne pourra avoir lieu qu’après un accord unanime des Etats membres, ce qui sera de facto impossible compte tenu du veto espagnol», a répété, à l’issue de sa visite à l’Elysée le 22septembre, le président du Parlement européen Antonio Tajani.

Et d’ajouter: «N’importe quelle action contre la Constitution d’un Etat membre place l’entité concernée en dehors du cadre légal de l’UE.» Soit. Un précipice s’ouvrirait donc, alors qu’en Suisse le canton du Jura est demeuré formellement dans la Confédération entre sa scission avec Berne et l’approbation populaire de la création du canton, en septembre 1978.

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’est pas seulement une notion juridique. C’est de la politique. Tout peut très vite changer

Jean-Claude Juncker est particulièrement visé. Le 19septembre, l’ancien premier ministre luxembourgeois – un Grand-Duché de 500000 habitants devenu indépendant en 1867 après avoir été français, néerlandais et belge – a cru clore le débat en déclarant: «Nous avons toujours dit que, en la matière, nous allions suivre, en les respectant, les arrêts de la Cour constitutionnelle et du parlement espagnol.»

La Catalogne sous état de siège ?

Problème: le même Juncker avait évoqué la possible indépendance de l’Ecosse après le Brexit britannique.

«Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’est pas seulement une notion juridique. C’est de la politique. Tout peut très vite changer», explique un porte-parole du groupe des Verts au Parlement européen, au sein duquel siègent les trois eurodéputés catalans élus en 2014. «Vous vous souvenez de la Slovénie en décembre 1991? complète, à Paris, une source catalane. Trois jours après une résolution très prudente du Parlement européen, l’Allemagne franchissait unilatéralement le pas.»

Une autre équation complique la donne: celle du premier ministre espagnol Mariano Rajoy, absent ce vendredi du sommet numérique de Tallinn, en Estonie. Diplomates allemands et français auraient fait savoir à ce dernier qu’une déclaration commune avec Emmanuel Macron et Angela Merkel était envisageable pour redire le droit communautaire et calmer les ardeurs catalanes. Refus brutal. Comme si, depuis le veto espagnol à l’indépendance du Kosovo proclamée en 2008 (que Madrid n’a jamais reconnu), le dialogue entre Madrid et ses pairs était devenu impossible sur ce sujet.

«L’Europe a besoin que le dialogue reprenne entre Barcelone et Madrid nous confiait récemment l’ancien président du Conseil italien Enrico Letta. Il n’y a pas d’autre possibilité.»

La Catalogne sous état de siège ?
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