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Publié par Bob Woodward

L'Allemagne toujours divisée par le rideau de fer ?
Angela Merkel aura pris un seul véritable risque politique au cours de ses trois mandats : ouvrir en 2015 les frontières de son pays aux migrants. Cette courageuse décision a son rôle dans l’équation du vote de dimanche. Dès 2015, la question de l’accueil d’un million de réfugiés allait alimenter le terreau idéologique de l’AfD (Alternative für Deutschland). Selon David Cayla, enseignant chercheur à l’université d’Angers, la question des migrants existait bien avant celle des réfugiés. «Entre 2011 et 2016, l’Allemagne a connu un solde migratoire de 3,8 millions de personnes, venues essentiellement d’Europe.»
Difficile en fait de comprendre le résultat du scrutin sans se pencher sur les disparités territoriales. Certes, le mouvement de réunification a permis d’opérer une convergence des conditions de vie entre l’Ouest et l’Est. Mais elle s’est figée il y a une dizaine d’années. Résultat : l’Allemagne, longtemps caractérisée par une grande stabilité de la distribution des revenus et un niveau d’inégalités proche des pays scandinaves, est aujourd’hui le pays de la zone euro… le plus inégalitaire. Un Allemand de l’Ouest possède en moyenne un patrimoine de 94 000 euros, contre 41 000 euros pour un «Ossi». «Cette situation peut sembler étonnante lorsqu’on sait qu’il existe un système de redistribution fiscale entre Länder inscrit dans la Loi fondamentale et qui vise à un objectif d’égalisation des conditions de vie sur l’ensemble du territoire», note Arnaud Lechevalier, du Centre Marc-Bloch à Berlin.
L'Allemagne toujours divisée par le rideau de fer ?

Les trois Länder les plus riches et industrialisés que sont la Rhénanie-du-Nord – Westphalie, le Bade-Wurtenberg et la Bavière se partagent ainsi plus de 50 % de la richesse du PIB ; le reste se répartit entre les 13 autres régions de l’Allemagne. Le vote AfD répond à différents ressorts en fonctions des réalités géographiques selon un axe Ouest-Est. Comme si deux AfD se partageaient l’Allemagne. La première, nationaliste et xénophobe, est incarnée par une Allemagne de l’Est en mal de reconnaissance et qui se sent abandonnée. «A l’Est, mais dans une moindre mesure à l’Ouest aussi, les gens ne croient plus aux discours des promesses électorales», souffle Louis Maurin, de l’Observatoire des inégalités. La seconde, plus libérale sur le plan économique, opère une percée, y compris dans les Länder riches. Vingt-huit ans après la réunification, le bilan révèle certes une augmentation du niveau de vie en quelques années dans les nouveaux Länder. «Mais des différences importantes demeurent en matière d’état de santé, d’espérance de vie, rappelle Arnaud Lechevalier. Et parfois, la convergence s’est faite par le bas du point de vue de l’Est, comme par exemple pour les dépenses d’éducation, la natalité ou les taux d’activité des femmes…» Ouvrant ainsi une brèche pour le vote pro-AfD.

L'Allemagne toujours divisée par le rideau de fer ?
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