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Publié par Bob Woodward

Tal Afar, dernier bastion de Daech ?

Préparée depuis un moment, l’offensive visant à libérer Tal Afar, dernier bastion de Daech à la frontière syrienne, anéantira les terroristes en Irak et lèvera le voile sur de nombreux secrets de cette organisation, a relaté à Sputnik le chef du centre de recherche «Madarek» Mazhar al-Saadi.

Alors que les autorités irakiennes ont déjà annoncé une opération militaire à Tal Afar, dernier bastion des djihadistes de Daech à la frontière syrienne, le chef du centre de recherche «Madarek» Mazhar al-Saadi est revenu pour Sputnik sur cette offensive en évoquant les attentes liées à cette opération.

«Le commandant en chef a hâte de mener cette opération qui anéantira les terroristes de Daech et dévoilera leurs nombreux secrets», a-t-il ainsi déclaré soulignant que la libération de Tal Afar aidera également à savoir quels pays accordaient un soutien financier à cette organisation terroriste.

Dans le même temps, l'expert a expliqué les raisons du retard pris par cette opération préparée depuis longtemps par les autorités irakiennes.

«Premièrement, il y a une ingérence extérieure. Les services de renseignement de nombreux pays travaillent à Tal Afar et mènent une politique qui ne coïncide pas toujours avec les intérêts du gouvernement irakien. […] Et puis, deuxièmement, l'armée irakienne avait besoin de temps pour recouvrer ses forces et évaluer les pertes consécutives à la libération de Mossoul», a-t-il relaté ajoutant que la situation à Mossoul était semblable à celle à Tal Afar et qu'ainsi l'armée pourrait libérer la ville avec moins de dommages.

L'assaut contre la ville de Tal Afar, située à 50 kilomètres à l'ouest de Mossoul, a été préparé de longue date. Le 15 août, les autorités irakiennes ont annoncé le lancement de frappes aériennes sur les positions de Daech à Tal Afar afin de détruire ses lignes de défense.

Après la libération de Mossoul, Tal Afar reste le dernier bastion important de Daech à la frontière syrienne. La ville est essentiellement peuplée de Turkmènes irakiens de confession sunnite. Selon les autorités, la plupart des habitants ont quitté leur foyer.

Les forces irakiennes ont lancé l’offensive sur cette ville qui compterait encore près de 50 000 habitants. C’est l’un des derniers fiefs de l’organisation en Irak et un point de passage vers la Syrie. Tal Afar compte parmi les derniers bastions de Daech en Irak depuis qu’en juillet, les forces armées ont repris le contrôle de Mossoul après neuf mois de bataille. À l’époque où l’organisation, aujourd’hui en déroute dans le pays, y était au faîte de sa puissance, elle utilisait la ville comme un point de passage entre la Syrie voisine, dont la frontière est située à 150 km à l’ouest, et Mossoul, à 70 km à l’est, pour l’acheminement d’hommes et d’armes notamment.

Daech, qui a pris le contrôle de Tal Afar en juin 2014, y compterait aujourd’hui entre 1 400 et 1 600 combattants. Ceux-ci ont creusé des tunnels autour des 26 quartiers de la ville, d’après le brigadier général Yahya Rasool, cité par le quotidien The New York Times. Pour se défendre, ils devraient appliquer la même stratégie qu’à Mossoul en utilisant des engins explosifs improvisés, des voitures piégées et des mitrailleuses légères.

Tal Afar, dernier bastion de Daech ?

La bataille pourrait être toutefois moins longue que celle menée pour la reprise de Mossoul. Celle-ci était bien plus étendue et sa topographie, marquée par des rues trop étroites pour des chars ou des véhicules blindés dans sa partie ouest, a compliqué la progression des forces armées. La résistance de Daech, dont les combattants demeurent déterminés à mourir mais qui est affaibli par de nombreuses pertes, constitue quant à elle une source d’interrogation pour cette nouvelle bataille.

Après Tal Afar, l’organisation sera la cible d’offensives dans ses derniers bastions : Hawija, située dans la province de Kirkouk, à 180 km au sud-est de Mossoul, ainsi que certaines zones dans la province d’Al-Anbar, dans l’ouest de l’Irak.

Haïder Al Abadi, premier ministre irakien et commandant en chef des armées, a déroulé la liste des participants à l’offensive lorsqu’il a annoncé son lancement dans un discours télévisé, revêtu d’un uniforme noir, avant-hier au petit matin. Des unités de l’armée, de la police fédérale et locale ainsi que du contre-terrorisme se trouvent engagées tout en bénéficiant du soutien de la coalition dirigée par les États-Unis, qui a mené des dizaines de bombardements avant même le lancement officiel de la bataille.

Ces différentes forces agiront en coordination avec le Hachd Al-Chaabi, les « unités de mobilisation populaire ». Cette organisation paramilitaire, soutenue par l’Iran et dominée par les milices chiites, avait été tenue à l’écart de la reprise de Mossoul, majoritairement sunnite, pour éviter toute confessionnalisation de la bataille. Son engagement à Tal Afar s’explique en grande partie par l’identité de la ville, enclave chiite dans la province majoritairement sunnite de Ninive.

«Préparez-vous, la bataille est imminente et la victoire arrive», a prévenu l’armée irakienne sur des tracts largués à la population de Tal Afar avant le lancement officiel de la bataille. Il est difficile d’établir le nombre d’habitants de la ville, ceux-ci, comme dans la plupart des zones sous le contrôle de Daech, étant privés de toute communication avec l’extérieur. Ils seraient entre 10 000 et 50 000, alors qu’ils étaient environ 200 000 avant la prise de contrôle de Daech.

Près de 50 000 civils auraient fui la ville et ses alentours depuis le mois d’avril. L’ONU s’attend à de nouveaux départs en masse en raison d’une pénurie d’eau et de nourriture à Tal Afar. « Les habitants n’ont pas le minimum nécessaire à la survie », a affirmé dans un communiqué Lise Grande, coordinatrice humanitaire des Nations unies pour l’Irak.

Tal Afar, dernier bastion de Daech ?

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