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Publié par Bob Woodward

Pour Paris, le plus dur commence ?
Pour la candidature olympique parisienne, le plus dur commence. Maintenant que Los Angeles a accepté de se rabattre sur l’édition suivante, la capitale française est assurée d’obtenir les JO 2024. Ce n’est qu’un premier pas
 
En mal de dossiers solides, le CIO est désormais moins difficile à convaincre que les populations locales. Dans la course aux JO 2024, les candidatures de Rome, Hambourg et Budapest ont été torpillées de l’intérieur par des impulsions citoyennes (élection, votation, pétition). Dans une France habitée par la tradition de la révolte dans la rue, il n’est pas impossible d’imaginer se dresser un front d’opposants, redoutant les dépenses inconsidérées générées par un tel événement.
Pour Paris comme pour la candidature suisse romande aux Jeux olympiques d’hiver 2026, le passage en force n’est pas une option. Il faut faire l’effort de discuter avec les contradicteurs et accepter les regards extérieurs. Car les JO ne sont pas l’affaire de deux semaines de compétition. Pour les organiser, villes et pays se transforment durablement et investissent massivement. Que l’héritage comprenne des dettes à rembourser n’est pas rédhibitoire, mais il vaut mieux en être conscient dès le départ plutôt que de découvrir ensuite un cadavre dans le placard. Les images des installations sportives laissées à l’abandon à Athènes, Sotchi ou Rio donnent aux habitants l’impression de s’être fait berner par de belles promesses et d’avoir gaspillé l’argent public.
Deux ans après Pékin et le retour au nid (d’oiseau), les Championnats du monde d’athlétisme vont se dérouler (du 5 au 13 août) dans le stade de Stratford, bâti pour les Jeux olympiques de Londres en 2012. N’y voyez aucun sentimentalisme, il s’agit simplement de rentabiliser les coûteuses infrastructures désormais en place. Paris (2003) et Berlin (2009) en avaient fait de même avec les stades construits ou rénovés pour la Coupe du monde de football.
 
Le 12 août 2012, lors de la cérémonie de clôture, le président du CIO d’alors, le Belge Jacques Rogge, avait qualifié les JO de Londres de «fabuleux», «extraordinaires», et n’avait pas craint de reprendre la formule préférée de son prédécesseur Juan Antonio Samaranch: «Les meilleurs Jeux jamais organisés». Qu’en reste-t-il avec cinq ans de recul?
L’organisation des Jeux a coûté 9 milliards de livres (12 milliards de francs avant la dévaluation de la livre sterling) aux contribuables britanniques. C’est plus du double de ce qui avait été annoncé. Très vite, le gouvernement a donc communiqué sur l’impact positif de l’opération et annoncé des recettes pour 9,9 milliards de livres. A moyen terme, le premier ministre David Cameron avait promis un objectif de 13 milliards de livres de retombées. Un rapport élaboré par un cabinet comptable parle même de 28 à 41 milliards de livres d’ici à 2020. Ces calculs sont contestés et difficilement vérifiables.
 
Mêmes avérées, ces retombées ne sont pas également réparties. Ainsi, la manne touristique (600 millions de livres supplémentaires enregistrées en 2012) a échappé aux commerçants locaux. Les trois millions de touristes attendus spécialement furent moins nombreux qu’espéré et se sont concentrés près des sites olympiques, dans des zones commerciales contrôlées par le CIO et ses partenaires. Les autres touristes ont préféré éviter Londres durant la période. Dans les commerces du centre et les traditionnelles attractions touristiques, les statistiques montrent des chiffres en baisse de 30%.
«Inspirer une génération.» Plus qu’un slogan, c’était le vœu des organisateurs. Remettre la population au sport. Notamment les jeunes, de plus en plus touchés par l’obésité, un phénomène préoccupant en Grande-Bretagne. Malgré les exploits à répétition des athlètes britanniques (29 médailles d’or), aucun effet d’entraînement n’a été constaté. Le nombre de personnes de plus de 16 ans qui pratiquent une activité sportive au moins une fois par semaine a d’abord très légèrement augmenté puis est retombé à un niveau inférieur à celui de 2012. Les catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées sont les moins enclines à faire du sport. Elles sont aussi les plus touchées par les coupes budgétaires dans les activités sportives locales.
 
Le soufflé est également vite retombé concernant l’ambiance. «Durant les Jeux, les gens commentaient les compétitions, se racontaient la cérémonie d’ouverture. Ils se parlaient même dans le métro, se souvient Lynne Grant, une habitante. Mais très vite, chacun a replongé la tête dans son journal.» Les étrangers, et notamment les Français, avaient été surpris de voir des musulmans à longue barbe ou des femmes portant le foulard œuvrer parmi les bénévoles, y compris à des postes clé ou exposés comme le contrôle de sécurité ou la remise de médailles. Ils participaient, dans le respect de leur identité. Le multiculturalisme à la britannique semblait donner de meilleurs résultats que le modèle d’intégration à la française. Les attentats terroristes à Londres en 2013, 2015 et surtout 2017 sont depuis venus réfuter cette chimère.
Les coûts élevés avaient pour cause la volonté de réhabiliter l’East End de Londres. Lorsque l’on quitte la ville pour rejoindre l’aéroport de London City, on traverse aujourd’hui une zone qui n’est plus une friche industrielle contaminée mais pas encore un quartier à la mode. Beaucoup d’immeubles en construction, des plastiques à la place des vitres, attendent. Près de 6000 personnes habitent désormais dans l’ancien village olympique et 24 300 nouveaux logements sont attendus d’ici à 2031. Sont également prévus des antennes de l’University College London et du London College of Fashion, une salle de danse contemporaine, une annexe du Victoria & Albert Museum. Cette montée en grade programmée attise déjà les convoitises et fait grimper les prix de l’immobilier, un problème dans ce quartier populaire.
 
Les installations sportives avaient été conçues pour être très vite adaptables et utilisables à un coût raisonnable. Le parc de 150 hectares a été transformé en un lieu de promenade, la piscine et le vélodrome sont accessibles au public. Bien desservi par les transports publics, l’immense centre commercial de Westfield trouve gentiment son public.
En 2016, le club de football de West Ham a quitté Boleyn Ground et cent douze ans d’histoire pour s’installer au stade olympique. Le bail, signé en 2013 pour 99 ans, a été âprement négocié. Pour éviter le camouflet d’un stade sans club résident (comme le Maracaña de Rio, le Stade de France à Paris ou le Nid d’oiseau de Pékin), l’Etat a encore payé 257 des 272 millions de livres de travaux pour les frais d’aménagement (suppression d’un étage, couverture des gradins, déplacement des tribunes plus près de la pelouse).
 
Au dernier jour des Jeux, le tableau des médailles sacrait les Etats-Unis (103 médailles, dont 46 en or), devant la Chine (88, 38), la Grande-Bretagne (65, 29) et la Russie (82, 24). Mais le bilan ne cesse d’évoluer au gré des révélations sur le dopage. A ce jour, 29 athlètes ont dû rendre leur médaille. Les échantillons prélevés durant les JO «parlent» a posteriori, tout comme les lanceurs d’alerte dénonçant le dopage d’Etat en Russie. Treize athlètes russes ont ainsi été déclassés. «Les JO d’été de Londres en 2012 ont été sabotés par le dopage russe», a écrit Owen Gibson, le chef du service sport du Guardian.
Et les autres? Pour le moment, excepté le sprinter américain Tyson Gay, aucun sportif «de l’Ouest» n’a été destitué. Des doutes planent sur l’athlétisme kényan et éthiopien, sur le sprint jamaïcain, sur l’haltérophilie dans son ensemble (déjà quatre médailles d’or retirées à l’équipe féminine du Kazakhstan). Et les Britanniques, qui ont battu tous leurs records? Les cyclistes et le coureur de fond Mo Farrah ont été cités depuis 2012 dans des affaires de dopage, sans accusation directe ni preuve pour le moment.
 
Londres a marqué l’histoire olympique de trois manières. D’abord en faisant exploser les codes des cérémonies d’ouverture et de clôture, confiées au réalisateur Danny Boyle, qui y a introduit de l’humour (la Reine en duo avec James Bond) et beaucoup de musique (la cérémonie de clôture ressemblait davantage à un vaste concert). Ensuite en portant à un degré de perfection jamais atteint jusque-là l’utilisation des sites historiques de la ville. Les triathlètes ont couru dans Hyde Park, les nageurs longue distance ont plongé dans The Serpentine. Le contre-la-montre cycliste s’est achevé au pied de Hampton Court, le 50 km marche devant les grilles de Buckingham. Ne cherchez pas où Paris 2024 a trouvé l’idée du beach-volley sous la Tour Eiffel.
Enfin, Londres 2012 a définitivement installé les paralympiques dans le programme olympique. Programmés quelques semaines plus tard, ces Jeux pour personnes handicapées ont battu des records: 2,42 millions de tickets vendus (sur 2,5 millions disponibles), des retransmissions quotidiennes (500 heures de direct en Grande Bretagne) et des piques d’audience historiques (11,2 millions de personnes au Royaume-Uni pour la cérémonie d’ouverture). Rio 2016, tenté pour raisons financières de brader l’événement, a été obligé de suivre.
Quatre ans après avoir accueilli le monde, le Royaume-Uni s’est renfermé sur lui-même en votant la sortie de l’Union européenne en juin 2016. Le Brexit a coûté son poste au premier ministre David Cameron, qui n’aura donc pas profité longtemps de l’effet JO. Devenu même l’une des personnalités les plus détestées du Royaume-Uni, il s’est retiré de la vie politique en septembre 2016. Quant à Boris Johnson - l’ancien maire de Londres omniprésent au moment des Jeux -, il s’est abstenu de briguer le 10, Downing Street après avoir ardemment soutenu le Brexit. Il a toutefois été nommé Ministre des affaires étrangères du gouvernement de Theresa May. 
Le président du Comité d’organisation des Jeux, Sebastian Coe a, lui, très vite rebondi. Le double champion olympique du 1500 mètres (1980, 1984) a été élu le 19 août 2015 président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), avec 115 voix contre 92 à Sergueï Bubka. Il dut rapidement faire face à divers scandales (athlétisme russe, corruption de l’ancien président Lamine Diack) et tente toujours de redonner une crédibilité à l’athlétisme mondial. De retour à Stratford pour les Championnats du monde d’athlétisme, il a déjà prévenu qu’il ne pouvait «pas garantir des compétitions sans dopage».
Pour Paris, le plus dur commence ?
Cinq ans après les JO 2012, les Championnats du monde d’athlétisme vont braquer les projecteurs sur Londres, son stade et son héritage olympiques. Tout n’y est pas rose. Les habitants ne font pas plus de sport qu’avant, les prix de l’immobilier augmentent dans des quartiers populaires, 29 athlètes convaincus de dopage ont dû rendre leurs médailles et le Royaume-Uni, quelques années après avoir ouvert ses portes au monde pendant deux semaines, s’est replié sur lui-même en votant le Brexit.
 
Contrasté, le bilan illustre bien les différences entre projet et réalité. Extatique, Jacques Rogge – alors président du CIO – déclarait lors de la cérémonie de clôture qu’il venait d’assister aux «meilleurs Jeux jamais organisés». L’histoire démontre avec du recul que même l’élève modèle anglais n’avait pas tout bon sur sa copie. Les futures villes hôtes ne peuvent plus simplement promettre à leur population que tout sera merveilleux.
Pour Paris, le plus dur commence ?
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