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Publié par Bob Woodward

Les terroristes de Daech: kamikazes ou Inghimasi ?

La structure interne de l'organisation terroriste Daech a considérablement évolué au cours des dernières années, a affirmé l'expert militaire du magazine DEF et ancien attaché militaire d'Argentine en Israël, le colonel retraité Omar Locatelli.

D'après lui, Daech compte désormais dans ses rangs trois types de recrues, à savoir le combattant ordinaire, le kamikaze et l'inghimasi (celui qui est au-dessus de la mort).

Alors que les deux premiers types ont formé pendant des années le noyau de l'organisation terroriste, les inghimasi constitueraient quant à eux un phénomène plus récent, a souligné l'ancien attaché.

«Il ne s'agit pas de loups solitaires. Les inghimasi ressemblent aux kamikazes japonais qui essayaient d'infliger d'importants dégâts visant de larges groupes de population, à la seule différence qu'ils veulent échapper à leur propre mort», a-t-il expliqué.

À l'en croire, ce sont des combattants francophones formés principalement en Libye, qui s'appellent eux-mêmes «Katibat al Battar», ceux qui vont au combat armés de l'épée de Mohammed.

Les inghimasi, a-t-il poursuivi, ont déjà revendiqué en Europe au moins six attaques, perpétrées à l'aide de véhicules lourds percutant à une vitesse folle la foule des passants.

«Avec la chute de Mossoul en Irak et la perte presque inévitable de Raqqa en Syrie, les djihadistes veulent montrer qu'ils poursuivent leur activité en dépit de pertes territoriales. Ils s'efforcent de perpétrer des attaques dans les pays contre lesquels les terroristes se battent. Les djihadistes visent un grand nombre de personnes en vue de "rendre la pareille" à leurs pays et de se venger des pertes subies», a indiqué l'expert, tout en soulignant qu'il s'agit par conséquent d'un nouveau type de conflit dont la résolution constitue une «tâche très ardue».

«Désormais, nous faisons face à la soi-disant guerre asymétrique: la partie faible recourt en l'occurrence à divers moyens pour attaquer un adversaire plus puissant. Le meilleur moyen de gagner, c'est de renforcer le contrôle des frontières extérieures et des déplacements intérieurs à l'échelle du pays», a-t-il conclu.

Inghimasi (???????, en arabe) est un terme utilisé entre autres par des djihadistes de l’Etat islamique autoproclamé, confirme Romain Caillet qui l’a pour sa part vu apparaître il y a moins de deux ans.

« Inghimasi » est aussi employé par les djihadistes du Front al-Nosra, comme on peut l’entendre dans cette séquence glaçante d’un documentaire de Vice. Deux enfants répondent aux questions de journalistes :

« As-tu déjà décidé de faire le djihad ? – [L’enfant de gauche] Oui, si Dieu le veut. – Et toi ? – [L’enfant de droite] Je veux devenir un inghimasi. – Peux-tu répéter ? – Je veux devenir un inghimasi pour servir Allah. »

Les djihadistes n’emploient pas le terme kamikaze (mot d’origine japonaise), qu’on utilise notamment dans les médias français. Un « inghimasi », sorte de commando jusqu’au-boutiste, n’est pas un kamikaze dans la définition que l’on connaît.

Les terroristes de Daech: kamikazes ou Inghimasi ?

Inghimasi diffère de :

  • « intihari » : celui qui commet un attentat-suicide. Les djihadistes n’emploient pas ce terme arabe, étant donné que le suicide est strictement interdit par la religion. C’est davantage l’usage des médias et des acteurs politiques adversaires aux djihadistes ;
  • « istishhadi », un aspirant au martyr. Tout « inghimasi » est un aspirant au martyre, mais l’inverse n’est pas vrai : un aspirant au martyre ne va pas forcément combattre.

Pour Nejmeddine Khalfallah, docteur en langues, littératures et sociétés arabes à l’Université de Lorraine et à Sciences-Po, un inghimasi s’engage à ne plus revenir quelles que soient les circonstances. La finalité est de s’élancer dans les troupes des ennemis pour faire le plus de dégâts.

Le verbe inghamasa «  ?????  » (qui n’est nullement moderne : le Lis?n al-’Arab, grand dictionnaire arabe classique, y fait allusion) signifie plonger, se fondre dans la foule. C’est une image à connotation positive pour les djihadistes.

Nejmeddine Khalfallah souligne cette nuance : par rapport à « intihari » (l’auteur d’un attentat-suicide), il y a dans « inghimasi », terme adopté par Daech, l’intention de faire le maximum de victimes. Le terme est plus fort puisqu’il figure dans une tradition prophétique (non pas en tant qu’injonction, mais comme description). C’est une image sanguinaire sans le moindre fondement religieux. Il s’agit de produire une image plus violente pour mobiliser. C’est de la pédagogie morbide pour laver l’esprit des gens. 

 

Les terroristes de Daech: kamikazes ou Inghimasi ?

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