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Publié par Bob Woodward

Le Qatar, soutien des djihadistes en Libye ?

Le Qatar a qualifié « d'infondées » les propos de N’Djamena contre Doha. Le Tchad a fermé l'ambassade qatarie et accuse Doha de « déstabilisation » du pays à partir de la Libye. Les Tchadiens disent avoir des « preuves irréfutables » sur l'implication du Qatar dans le financement de l'opposition tchadienne et dans celui des islamistes libyens pour qui se battent ces opposants. Plusieurs raisons ont poussé N'Djamena à cette rupture. C’est le chef de la diplomatie tchadienne, Hissein Brahim Taha, qui a notifié la décision à l’ambassadeur du Qatar à Ndjamena, mardi 23 août en fin de journée. Le personnel diplomatique qatarien a dix jours pour quitter le pays et le Tchad va aussi rapatrier son personnel diplomatique en poste à Doha.

Selon le communiqué de la diplomatie tchadienne, cette décision est prise en raison de « l’implication continue de l'Etat du Qatar dans les tentatives de déstabilisation du Tchad depuis la Libye ».

Des informations faisant état de regroupement de mouvements rebelles tchadiens aux confins du Soudan et de la Libye circulent avec insistance depuis plusieurs mois.

Ces derniers jours, des chefs rebelles tchadiens auraient également été aperçus en Libye et au Soudan, et le 17 juin dernier, les forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'est libyen, ont annoncé avoir arrêté des opposants tchadiens à Sebha et al-Jofra.

« Pour sauvegarder la paix et la stabilité dans la région, nous appelons le Qatar à cesser toute action pouvant porter atteinte à sa sécurité intérieure ainsi qu’à celle des pays du bassin du lac Tchad et du Sahel », conclut le communiqué du ministère tchadien des Affaires étrangères.

Le Tchad avait déjà rappelé son ambassadeur à Doha « pour consultation », le 8 juin dernier, s'alignant ainsi sur la position de l'Arabie saoudite dans le bras de fer diplomatique qui l'oppose au Qatar.

Selon la presse égyptienne, le président Abdel Fattah al-Sissi aurait transmis, lors de sa visite à N'Djamena, la semaine dernière, un dossier complet prouvant l'implication du Qatar dans le financement des extrémistes en Libye, mais aussi le financement des rebelles tchadiens opérant dans ce pays.

Questionné sur le sujet, le ministre tchadien de la Sécurité intérieure Ahmat Mahamat Bachir se borne à répondre que son pays ne permettra à personne, ni à un quelconque État de menacer la stabilité du Tchad.

Le Qatar est accusé depuis 2012 d'avoir financé en Libye des camps d'entrainements des rebelles tchadiens. Ces rebelles avaient ensuite rejoint la bande d’Aouzou au Tchad. En 2013, des combats qui ont eu lieu dans cette zone frontalière ont poussé ces rebelles à se réfugier dans le sud libyen.

Le camp du maréchal Khalifa Haftar, documents et témoignages à l'appui, accuse systématiquement ces Tchadiens d'êtres des mercenaires aux soldes des milices extrémistes libyennes, financés par le Qatar.

Le Qatar, soutien des djihadistes en Libye ?

En avril dernier le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Tripoli avait reconnu l'existence de ces rebelles tchadiens en Libye. Selon lui, ils suivent celui qui paie le mieux et seraient 18 000 combattants dans le pays.

L’arrivé de l’armée libyenne dans le sud, en juin dernier, a repoussé une partie de ces combattants vers le côté tchadien de la frontière commune avec la Libye, mais aussi vers le Darfour soudanais.

Timan Erdemi, chef rebelle résidant à Doha et accusé par le pouvoir tchadien de financer les rebelles en Libye, nie par la voix de son porte-parole à Paris toutes ces accusations.

Les autorités tchadiennes précisent les raisons qui ont motivé la fermeture de l’ambassade du Qatar à Ndjamena. Derrière l’accusation de l’implication de Doha dans des « tentatives de déstabilisation du Tchad », c’est le chef rebelle Timan Erdimi, chef de l'Union des forces de la résistance (UFR), actuellement au Qatar, qui concentre la colère de Ndjamena. Le mouvement se défend pour sa part de toute participation de Doha à ses activités.

Ndjamena a annoncé mercredi 23 août la fermeture de l'ambassade du Qatar au Tchad et de celle du Tchad à Doha. Une mesure de rétorsion prise « en raison de l'implication continue de l'État du Qatar dans les tentatives de déstabilisation du Tchad depuis la Libye », justifie le communiqué du ministère tchadien des Affaires étrangères.

Selon des sources sécuritaires contactées par RFI à Ndjamena, c’est l’attaque contre une patrouille des forces armées tchadiennes, la semaine dernière près de la frontière libyenne, qui aurait conduit les autorités tchadiennes à prendre ces mesures. Les assaillants venaient de l’autre côté de la frontière et ont surpris les forces tchadiennes. Selon plusieurs sources à Ndjamena, les services tchadiens surveillent depuis plusieurs années la situation en Libye et dans le Darfour. Deux régions dans lesquelles sont réapparus des rebelles tchadiens défaits en 2009.

Il y a plusieurs semaines, le Tchad a demandé au Qatar d’expulser le chef rebelle Timan Erdimi, installé à Doha depuis 2009. Une demande qui n’a pas eu de suite. Hissein Brahim Taha, ministre tchadien des Affaires étrangères confirme, dans une interview accordée à RFI, que le cas du chef de l'Union des forces de la résistance (UFR) est au centre de cette brouille diplomatique.

« Le problème actuel avec le Qatar est un problème bilatéral. Ce n’est pas la poursuite de la crise diplomatique née dans le pays du Golfe », assure Hissein Brahim Taha.

« Le Qatar, avec ses alliés en Libye, cherche à déstabiliser le Tchad », martèle le ministre tchadien, qui affirme que Doha « protège M. Erdimi, qui est encore là-bas. Et M. Erdimi, bien sûr, continue de réunir ses hommes. Il le dit d’ailleurs ouvertement dans la presse, cela a été relayé, que l’UFR s’est réunie et qu’ils essaient de relancer la guerre au Tchad ».

« Nous pensons que le Qatar héberge une personne hostile à nous et qu’il le laisse bouger, faire des actes qui peuvent remettre en cause la stabilité au Tchad », déclare par ailleurs le ministre tchadien des Affaires étrangères.

Des accusations niées par l’UFR, dont le représentant en France, Youssouf Hamid, assure que le groupe dirigé par Tamin Erdimi n’est pas à l’origine de l’attaque de la semaine dernière à la frontière avec la Libye. « Je dément catégoriquement les accusations du gouvernement tchadien. Nous n’avons rien reçu du Qatar, pas un seul centime, pas un petit matériel. Rien. Rien du tout », déclare Youssouf Hamid à RFI. « Le Qatar héberge notre président, M. Timan Erdimi. Mais à part ça, il n’y a rien. M. Timan Erdimi n’a pas de relation avec les autorités qatariennes. »

Youssouf Hamid affirme par ailleurs que la présence à Doha de Timan Erdimi depuis 2009 est le fruit de négociations entre les autorités tchadiennes, le Soudan - que les autorités tchadiennes accusent d'être à l'origine de la création de l'UFR - et le Qatar.

« Les accusations de M. Déby et de son gouvernement sont des accusations fausses. En fait, M. Déby n’a pas le courage d’assumer directement, devant son peuple et devant l’opinion internationale, son marché obscur avec les Émirats [arabes unis] et l’Arabie saoudite pour rompre les relations diplomatiques avec le Qatar. Il cherche des arguments fallacieux pour justifier sa décision irresponsable », accuse par ailleurs ce représentant de l’UFR.

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