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Publié par Bob Woodward

Le Pape, cible de Daech ?

Présent dans la rhétorique de l’État islamique depuis ses débuts, le fantasme djihadiste d’une attaque contre le pape et le Vatican s’est encore exprimé récemment, dans une vidéo tournée par des terroristes aux Philippines.

« Rappelez-vous ceci, vous, les koufars (« mécréants », NDLR) – nous serons à Rome, nous serons à Rome, inch’Allah ! » La menace est claire. Elle émane d’un djihadiste de Daech aux Philippines. Dans une vidéo diffusée le 25 août, un groupe de « soldats du califat » s’est mis en scène en train de profaner une église à Marawi, ville du sud où s’affrontent djihadistes et forces gouvernementales depuis le mois de mai. Tout en prononçant ces paroles, l’homme déchire devant la caméra des photographies des papes Benoît XVI et de François. « Après tous leurs efforts, ce sera finalement la religion de la croix qui sera brisée, ajoute une voix off. L’hostilité des croisés envers les musulmans n’a servi qu’à renforcer la jeune génération. »

Les menaces de Daech en direction du Vatican ne sont pas neuves : cette vidéo n’en est que le dernier exemple en date, mais elle montre que le fantasme d’un attentat contre le pape, ou d’une « prise » de la cité du Vatican par ses combattants, est encore bien vivace. En effet, l’expression de « croisés » pour désigner les Occidentaux témoigne régulièrement, dans la rhétorique de Daech, de l’amalgame entre Occident et christianisme. La figure du pape s’impose donc comme une cible symbolique de premier choix.

On en trouve des traces dans Dabiq, le magazine de propagande en langue anglaise de Daech, dès octobre 2014. À la une de l’un des premiers numéros du magazine figure un montage photo montrant l’obélisque de la place Saint-Pierre surplombée du drapeau de l’organisation djihadiste, avec le titre « La croisade ratée ».

En août 2016, quelques jours après l’assassinat du Père Jacques Hamel, l’organe de propagande affichait en une le slogan « Break the cross » (« Briser la croix »). L’organisation terroriste y dressait la liste de ses griefs envers les chrétiens, et mentionnait le christianisme comme la première raison de sa détestation de l’Occident.

Le pape François était plus particulièrement décrit comme un ennemi de l’islam. Son discours visant à apaiser les relations entre chrétiens et musulmans, y était présenté comme « un voile trompeur de “bonne volonté” » dont le but serait de « détourner les masses musulmanes du devoir du djihad ». Le grand imam de la mosquée égyptienne Al-Azhar, pour avoir rencontré le pape et qualifié le christianisme de « religion d’amour et de paix », était lui aussi qualifié d’apostat. Allant plus loin encore, les propagandistes de Daech entendaient prouver que le pape François est « en désaccord total avec la doctrine de sa propre Église », du fait qu’il avait prié pour les victimes de la tuerie perpétrée par un djihadiste dans un club homosexuel d’Orlando, aux États-Unis.

En mai encore, peu après l’attentat de Manchester (Royaume-Uni), un montage photo présentant le Vatican en flammes a circulé parmi les sympathisants de l’organisation.

Les menaces de Daech contre le pape ne se trouvent pas que dans ses magazines de propagande : en 2015, quelques jours avant la visite du pape aux États-Unis, un projet d’attentat avait été déjoué, principalement grâce à l’amateurisme de son auteur…

Presque paradoxalement, le Vatican, Rome et toute l’Italie ont jusqu’à présent échappé à la vague d’attentats perpétrés en Europe au nom de Daech. Mais l’état d’alerte y est maximal.

Le Pape, cible de Daech ?

Vendredi 25 août encore, un vol de drone non loin du Vatican a mis la police romaine en alerte : celle-ci a effectué des contrôles et plusieurs survols du quartier romain du Borgo en hélicoptère, avant d’écarter toute menace.

Quelques jours plus tôt, le commandant de la garde suisse avait indiqué, fait inhabituel, que les gardes pontificaux étaient préparés à l’éventualité d’un attentat, et que leur formation avait été renforcée en ce sens. Samedi 26 août, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican a lui-même reconnu, à propos de la vidéo tournée aux Philippines, que ces menaces ne « pouvaient pas ne pas préoccuper ». Depuis l’attentat de Barcelone, les mesures de sécurité autour du Vatican ont été singulièrement renforcées. Mais, pour le commandant de la Garde suisse « ce n’est qu’une question de temps avant qu’un attentat se produise à Rome ».

Le Pape, cible de Daech ?
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