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Publié par Bob Woodward

Le KKK est-il influent à Washington ?
Les événements racistes dans l'Etat de Virginie et la faible condamnation des suprémacistes blancs par Donald Trump remettent le KKK sur le devant de la scène. En perte de vitesse, l'organisation tente de mieux se faire entendre à travers la présidence du Républicain
 
Le Ku Klux Klan (KKK) n'est plus aussi puissant qu'il l'était dans les années 1920, mais il est loin d'être mort. Les récents événements à Charlottesville, dans l'Etat de Virginie, qui se sont soldés par le décès d'une militante antiraciste, viennent de le prouver. Le KKK faisait partie des organisateurs de la manifestation de la droite identitaire et raciste.
Le drame suscite une vive émotion aux Etats-Unis. Une polémique a été déclenchée par la timide condamnation de Donald Trump depuis son lieu de vacances dans le New Jersey. A tel point qu'un porte-parole de la Maison Blanche a dû préciser dimanche après-midi qu'elle incluait «bien sûr les suprémacistes blancs, le KKK, les néo-nazis et tous les groupes extrémistes».
 
Le président américain, accusé de complaisance avec l'extrême droite, avait dans un premier temps condamné l'«énorme démonstration de haine, de sectarisme et de violence émanant de diverses parties». Des propos qui ont choqué le camp démocrate mais également dans les rangs républicains. Sa fille Ivanka Trump a par contre dès le départ condamné avec vigueur les suprémacistes blancs. Hillary Clinton et Barack Obama sont également sortis de leur réserve. Pour l'ancienne rivale de Donald Trump, «chaque minute où nous permettons à cela de se poursuivre par un encouragement tacite ou par inaction est une honte et un danger pour nos valeurs».
 
Le 8 juillet, le KKK avait déjà organisé un meeting dans la même ville. Une quarantaine de «Loyal White Knights of the Ku Klux Klan» avaient alors défilé, certains en tenue traditionnelle - de longues robes blanches - , face à un millier de militants antiracistes. Des images qui renvoient inévitablement à celles des cérémonies nocturnes avec des croix enflammées et aux scènes de lynchages de Noirs. A Charlottesville, ils avaient l'interdiction de porter leur fameuse cagoule pointue, mais certains ont malgré tout joué la provocation en exhibant des chapeaux blancs avec des lunettes de soleil et des drapeaux confédérés. Ils avaient aussi averti qu'ils viendraient armés, prêts à se défendre si nécessaire. 
C'était déjà pour protester contre la décision de retirer d'un jardin public une statue équestre du controversé général sudiste Robert Lee (1807-1870). Robert Lee est l'homme qui a dirigé les troupes confédérées des Etats esclavagistes pendant la Guerre de Sécession. Jusqu'alors, Charlottesville ressemblait à une paisible petite bourgade de 50 000 habitants comme une autre. Les ennuis ont débuté en février quand la ville, à majorité démocrate, a voté en faveur du déboulonnement de la statue après de longues controverses. Elle était loin de s'imaginer qu'elle deviendrait la cible de la droite identitaire, dont le KKK.
 
Désormais composé de plusieurs groupuscules d'extrême-droite qui disparaissent parfois aussi vite qu'ils sont apparus, le KKK apparaît divisé, en perte de vitesse et peine à recruter de nouveaux membres sous sa bannière passéiste. Sa principale activité est aujourd'hui la distribution de tracts pour tenter d'enrôler de nouveaux fidèles. Il n'a toutefois pas dit son dernier mot: il s'accroche à la présidence de Donald Trump pour tenter de renaître de ses cendres et se revivifier. Créé en 1865, le groupe a compté environ 4 millions de membres à son apogée, il en aurait aujourd'hui entre 5000 et 8000, selon le Southern Poverty Law Center un observatoire de l'extrémisme. Le centre évalue par ailleurs le nombre de groupes de haine à 917. 
Avec Donald Trump, les Etats-Unis assistent à un réveil de l'«Alt-Right», la droite identitaire prônant la suprématie des Blancs, qui cherche parfois à se distancer du KKK dont la réputation renvoie à une violence extrême. Son icône est Richard B. Spencer, un adepte du «nativisme» et d'un «paisible nettoyage ethnique». Cette «Alt-Right» s'infiltre jusque dans la Maison Blanche, à travers le controversé Stephen Bannon, conseiller de Trump et propriétaire de Breitbart News,, un site de propagande qui diffuse des thèses complotistes et extrémistes.
Le KKK est-il influent à Washington ?
L’«Alt-Right»? «C’est la nouvelle étiquette que s’est donnée l’extrême droite sous l’impulsion de Richard B. Spencer en 2010, explique Damir Skenderovic, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Fribourg. L’extrême droite est en pleine reconfiguration avec la nouvelle génération digitale et l’«Alt-Right» regroupe une grande diversité de personnes, des intellectuels, des militants et des politiques.» Son idéologie est le «nativisme», un nationalisme qui défend la prérogative des Américains blancs sur les autres populations immigrées. Richard B. Spencer a ainsi appelé à un «paisible nettoyage ethnique» pour instaurer une «patrie blanche». Cela reste du racisme mais sous un nouvel habillage.
 
Même s’il a eu de la peine à prendre ses distances avec le KKK ou certains propos antisémites durant sa campagne, Donald Trump ne s’est jamais revendiqué de l’«Alt-Right». Steve Bannon, par contre, est clairement identifié à cette famille de pensée. Le responsable de la campagne de Donald Trump, nommé «conseiller stratégique à la Maison-Blanche» quelques jours après l’élection, dirigeait jusqu’alors un site de propagande, Breitbart News, véhiculant les thèses extrémistes et complotistes de cette mouvance. Sous sa houlette, le site a connu un succès phénoménal passant de 8 millions de visiteurs en 2014 à 18 millions en 2016.
L’«Alt-Right», dans l’évolution de son vocabulaire et la formulation de ses idées, s’est beaucoup inspiré de la nouvelle droite et des mouvements identitaires européens. «Pour une fois, c’est l’extrême droite européenne qui influence l’extrême droite américaine et non l’inverse», souligne Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire du radicalisme politique à la Fondation Jean Jaurès. Si en Europe c’est l’Islam et la thèse d’un «grand remplacement» des populations locales par des musulmans qui sert d’épouvantail, aux Etats-Unis ce sont les populations latino-américaines qui sont les principales cibles des suprémacistes blancs angoissés à l’idée de devenir minoritaires d’ici à 2050.
 
«Tout a commencé en Europe avec les droites populistes, identitaires et anti-establishment», abonde Damir Skenderovic.» Richard B. Spencer a participé à plusieurs rencontres de la droite identitaire européenne avant d’être interdit d’entrée sur le territoire britannique et d’être arrêté en 2014 en Hongrie sous l’accusation de représenter une menace pour la sécurité du pays. Son organisation, The National Policy Institute, a traduit un livre d’Alain de Benoist, ancien chef de file de la «Nouvelle droite» française, tout comme des écrits de l’ultranationaliste russe Alexandre Douguine.
 
Les idéologues de l’«Alt-Right» ont pour ambition de refondre le parti républicain, accusé comme le parti démocrate de faire partie de l’establishment. Face aux vieux conservateurs, ou aux «néoconservateurs» de l’ère Bush fils, qui défendaient le libre-échange, l’interventionnisme, l’inclusion des immigrés et un rôle minime pour l’Etat, l’«Alt-Right» prône l’isolationnisme, le protectionnisme et le repli identitaire. «Ils renversent les termes du conservatisme, explique Damir Skenderovic. Aujourd’hui on est fier d’être ethno-nationaliste. Avec Bannon à la Maison-Blanche, ce courant va influencer la politique américaine. C’est nouveau. Plutôt que de conservateurs il faudrait parler de nationaux-révolutionnaires.»
Faut-il dès lors craindre une forme de fascisation des Etats-Unis? «Il faut rester prudent avec les termes vu les différents contextes historiques. Mais, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on pensait que ce n’était plus possible de se faire élire avec un tel discours», poursuit l’historien qui met aussi en garde contre une surestimation du poids réel de ces idées extrémistes parmi l’électorat américain.
«Le KKK ne représente pas plus de 3% dans les Etats du Sud les plus racistes, estime Jean-Yves Camus. Quant à Steve Bannon, Donald Trump l’a récompensé pour son travail en le nommant à un poste dont on a aucune idée de ce qu’il en fera.» De retour des Etats-Unis, le chercheur ajoute n’avoir trouvé qu’un seul livre émanant de l’«Alt-Right», un ouvrage de Richard B. Spencer sur l’islam. Ce dernier a été banni de Twitter il y a quelques jours. Mais c’est bien sur Internet et les réseaux sociaux que se joue l’essentiel de la communication de l’«Alt-Right».
 
David Duke, ancien dirigeant du KKK, avait félicité Donald Trump le jour de son élection. Le président américain a cherché à s'en distancer sans oser condamner publiquement le mouvement. En novembre, son staff a toutefois qualifié un article du journal du KKK, The Crusader, qui faisait l'éloge de son programme, de «repoussant», soulignant que «ses opinions ne représentent pas les dizaines de millions d’Américains unis derrière notre campagne».
Samedi, David Duke était présent à Charlottesville. Une nouvelle fois, il n'a pas hésité, devant les caméras, à afficher son soutien à Donald Trump, se sentant pousser des ailes depuis son élection. Il a assuré que les manifestants étaient là, pour venir faire «ce que Donald Trump a promis durant sa campagne, reprendre le contrôle du pays». Sur Twitter, il n'a pas manqué de hausser un peu le ton à son égard: «Je vous suggère de regarder dans le miroir et de vous souvenir que ce sont les Américains blancs qui vous ont porté à la présidence, pas des radicaux de gauche». 
 
Début 2016 encore, Donald Trump avait prétendu qu'il ne savait pas qui était David Duke et qu'il ne connaissait rien des suprémacistes blancs. En 2000, pourtant, il l'avait traité de «néo-nazi». Mais surtout, en 1927, son propre père, Fred Trump, a été arrêté avec six autres personnes lors d'une marche organisée par près d'un millier de membres et sympathisants du KKK dans le Queens, à New York, comme le relate un article du New York Times de l'époque. Il en faisait apparemment partie. Le KKK n'est jamais vraiment bien loin de Donald Trump.
Le KKK est-il influent à Washington ?

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