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Publié par Bob Woodward

La guerre de Corée du Nord n'aura pas lieu...
Le ton est brutalement monté entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, mardi 8 août, après les représailles annoncées par Trump en cas de nouvelles menaces nucléaires à l'encontre de Washington. "La Corée du Nord ferait mieux de ne plus menacer les Etats-Unis", a déclaré Donal Trump depuis son club de golf du New Jersey, au moment où les services secrets américains semblent convaincus que Pyongyang a franchi une nouvelle étape dans son programme nucléaire. De nouvelles provocations "se heurteront au feu et à la fureur comme le monde n'en a encore jamais vus."
 
Quelques heures plus tard, le régime de Kim Jong-un affirmait envisager des tirs de missiles près des installations militaires américaines situées sur l'île de Guam, dans le Pacifique.
Situé dans le Pacifique, ce morceau de terre où résident 160.000 personnes est le territoire américain le plus éloigné du continent. Sa relative proximité avec la péninsule coréenne en fait un point stratégique pour Washington comme pour Pyongyang.
Palmiers, sable blanc. Guam est une étendue de terre de 550 km² (soit l'équivalent de la superficie d'Ibiza) isolée dans l'océan Pacifique. En dépit de cette description de carte postale, elle est désormais la cible des menaces de Pyongyang, qui dit «[étudier] avec attention» la possibilité de «faire feu» autour de ce territoire avec une fusée balistique.
Conquête espagnole jusqu'en 1898, l'île de Guam est ensuite cédée aux États-Unis après la guerre hispano-américaine. Elle acquiert alors le statut de «territoire non incorporé organisé des Etats-Unis» (un territoire n'ayant pas le statut d'État), statut qu'elle conserve jusqu'à présent, et qui ne sera rompu que lors de la Seconde guerre mondiale, lors de sa conquête par l'Empire du Japon peu après Pearl Harbor. L'île est reconquise par les Américains pendant l'été 1944, et retrouve alors son statut d'avant guerre.
Si les quelque 160.000 habitants de l'île sont bien des citoyens américains, ils ont des droits limités. Par exemple, ils ne peuvent pas participer aux élections. L'autre partie de la population vivant sur l'île est à 40% Chamorro, un peuple indigène des îles Mariannes. L'île accueille également une forte communauté philippine.
 
Si Guam attire beaucoup de touristes notamment japonais, grâce à ses paysages paradisiaques, sa principale ressource est l'armée américaine. En effet, elle abrite depuis juillet 1944, une des plus importantes bases militaires dont la base aérienne Andersen ainsi qu'une autre navale. Ces bases occupent environ 30% des terres. Selon ABC, il y aurait actuellement 6000 soldats américains postés à Guam où la base aérienne accueille notamment des bombardiers B52 ainsi que des avions de chasse.
Sa position est stratégique, au cœur des îles Mariannes, à seulement 3370 kilomètres de la péninsule coréenne. Cité par USA Today, en 2010, l'amiral Robert Williard avait déclaré, que Guam «est le territoire le plus à l'ouest de l'Amérique. Cela fait partie de notre nation. Guam est vital». L'archipel a d'ailleurs un passif dans l'histoire militaire américaine. C'est en effet d'une des îles voisines, Tinian, qu'ont été lancées les attaques contre Hiroshima et Nagasaki durant la seconde guerre mondiale.
Guam est dirigée par un gouverneur élu, Eddie Calvo et a un siège à la Chambre des représentants des États-Unis, occupé par Madeleine Bordallo. L'île est par ailleurs très dépendante des aides sociales américaines. Près de 45.000 habitants reçoivent une aide alimentaire et bénéficient du système de santé publique.
Pourtant certaines voix s'élèvent pour réclamer l'indépendance de cette colonie. Alors que l'île a fêté le 73e anniversaire de la fin de l'occupation japonaise en juillet, l'ancien sénateur Eddie Duenas a réclamé un référendum pour décider de l'avenir de Guam. Un vote également plébiscité par Eddie Calvo qui veut proposer trois solutions: l'indépendance, devenir un État américain ou rester dans une situation de «libre association» avec Washington. Mais le débat n'est pour l'instant que théorique. En effet, un tribunal fédéral américain s'est prononcé contre un référendum d'autodétermination.
 
Cette nouvelle salve de déclarations belliqueuses est-elle seulement une enième surenchère entre les deux pays ? Franceinfo s'est demandé si une guerre était possible.
"Le fond de la situation n'est pas nouveau : dès son élection, Donald Trump a répété que la Corée du Nord était une menace urgente et principale contre les Etats-Unis, explique Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la recherche stratégique. En revanche, les mots choisis pour l'exprimer ont peu à peu changé et sont aujourd'hui beaucoup plus offensifs. Ils sont destinés à inquiéter et faire peur." 
Pendant sa campagne, le candidat à la Maison Blanche se disait prêt à discuter avec le dirigeant nord-coréen – "lui parler ne me poserait aucun problème", confiait-il à Reuters en mai 2016 – mais les tests successifs de missiles balistiques menés par Pyongyang ont conduit Donald Trump à durcir sa communication.
Le 12 février 2017, lorsque la Corée du Nord effectue son premier tir depuis l'investiture du milliardaire, il voit son ennemi comme un "gros, très gros problème". Au printemps, il estime qu'"un conflit majeur est possible" et qualifieKim Jong-un de "fou avec des armes nucléaires" lors d'une conversation avec son homologue philippin Rodrigo Duterte. Avant de menacer Pyongyang, mardi, d'un déchaînement de "feu et de fureur" si le régime réitérait ses provocations.
"C'est un discours erratique, qui alterne entre offres de dialogue et menaces de guerre, analyse Antoine Bondaz, chercheur spécialiste de la Chine et de la Corée du Nord à Sciences Po. Il ne correspond pas à la rhétorique habituelle utilisée par un président américain et il se met au même niveau que Kim Jong-un." Or, cette communication "n'a jamais dissuadé la Corée du Nord de réaliser un essai balistique (onze fois depuis le début de l'année), cela a même l'effet inverse : hausse des tensions au lieu de chercher à les réduire".
Les propos de Donald Trump ont d'ailleurs vite été minimisés par ceux du secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson, qui a précisé que le président américain avait envoyé un "message fort" mais qu'il n'y avait pas de "menace imminente""Rien de ce que j'ai vu ni rien de ce que je sais n'indique que la situation ait évolué de façon dramatique au cours des dernières 24 heures", a-t-il ajouté.
La guerre de Corée du Nord n'aura pas lieu...
Le renseignement militaire américain en est désormais convaincu : la Corée du Nord a réussi à miniaturiser l'arme atomique pour l'embarquer à bord d'un missile –y compris intercontinental – capable de menacer les Etats-UnisC'est une avancée significative pour la Corée du Nord, qui pourrait ainsi devenir une puissance nucléaire à part entière, souligne le quotidien américain.
Jusqu'ici, la communauté du renseignement pensait Pyongang loin de maîtriser ce procédé, qui nécessite une technologie bien spécifique. Mais le pays a procédé cette année à deux lancements réussis de missiles intercontinentaux, dont de nombreux experts estiment qu'ils auraient pu atteindre les deux côtes des Etats-Unis, avec une portée d'environ 10 000 kilomètres.
 
Néanmoins, même si la Corée du Nord parvenait à fabriquer des ogives nucléaires capables d'être transportées par missile, encore faudrait-il que l'ensemble résiste à un vol de plusieurs milliers de kilomètres ainsi qu'à "une entrée dans l'atmosphère, décrit Valérie Niquet à franceinfo. Entre un missile parfaitement réussi et un missile qui tombe exactement là où on veut, il y a un pas", poursuit la spécialiste.
En cas de guerre contre les Etats-Unis, la Corée du Nord, par le jeu des alliances, serait acculée par ses pays voisins, Corée du Sud et Japon, alliés des Etats-Unis. "Elle ne pourrait certainement pas faire face seule aux capacités militaires de ces trois pays", note Valérie Niquet.
 
Pyongyang se sert désormais de son arsenal nucléaire pour asseoir l'autorité du régime. “On présente les agissements de Kim Jong-un comme uniquement destinés à l’extérieur, mais il faut bien comprendre que ça lui permet d'être légitime et de se présenter comme le père de la nation devant ses concitoyens, détaille Jean-Vincent Brisset, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste des questions de défense en Asie, à franceinfo.
La réussite des essais balistiques permettrait donc aussi à Pyongyang de mettre en avant l'étendue de ses capacités technologiques et militaires, et prouver que malgré les sanctions internationales et l'opposition américaine, le pays a pu se mettre au même niveau que les grandes puissances occidentales. Kim Jong-un n'a donc aucun intérêt à entrer dans une guerre qui pourrait affaiblir son régime et toute cette technologie qu'il a construite.
 
Si le risque d'un conflit armé ne peut jamais être totalement écarté, le scénario demeure peu probable en raison du coût humain, politique et économique qu'il représenterait pour les Etats-Unis. En 1994, lors de la première crise nucléaire avec la Corée du Nord, le Pentagone avait estimé que toute frappe militaire sur le pays conduirait à des représailles sur les intérêts américains en Corée du Sud et au Japon. Une guerre conduirait à des centaines de milliers de victimes potentielles, y compris étrangères. Rappelons que la mégolopole de Séoul, située à 50 kilomètres de la frontière, représente près de 25 millions d'habitants dont des centaines de milliers d'étrangers.
 
Il ne suffit donc pas de frapper le continent américain ou même l'île de Guam pour infliger des pertes considérables aux Etats-Unis : "Politiquement, c'est donc une option inacceptable pour les Américains."  Une guerre risquerait également de compromettre les liens économiques que Washington entretient avec ses alliés dans la région.
"Sans être frappé sur son sol, les Etats-Unis devront faire faire face à des risques considérables, que la Maison Blanche risque peu de prendre", note Antoine Bondaz. Le président américain en est-il conscient ? "C'est certain, estime Valérie Niquet. L'administration américaine le met en garde, mais on ne peut pas vraiment prédire la suite des événements au vu des protagonistes. Cette situation peut se prolonger ou aboutir à de vraies tentatives de frappe, mais on est loin d'une intervention au sol."
La guerre de Corée du Nord n'aura pas lieu...
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