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Publié par Bob Woodward

La Chine et l'Inde vont-elles s'affronter ?
La Chine va renforcer les effectifs de ses soldats en poste à l’ouest du Bhoutan dans un face-à-face de plus en plus tendu avec les militaires indiens. Depuis la mi-juin, ces derniers veulent les empêcher de construire une route qui avance vers l’Inde. Ce corridor de 20 km, revendiqué par le Bhoutan et la Chine, représente un territoire stratégique situé près de la frontière de l’Inde. Le contentieux est ancien.
« Un accord frontalier a été signé en 1890 par des régimes aujourd’hui disparus : l’empire britannique des Indes et la dynastie chinoise. Les acteurs ne se sentent pas tenus par les négociations de traités négociés au XIXe siècle », remarqueOlivier Guillard, directeur de recherche Asie à l’Iris.
Ce qui a provoqué cette guerre froide entre la Chine et l'Inde, c'est la construction d'une route goudronnée par Pékin sur le plateau du Doklam, dans les hauteurs de l'Himalaya. Le plateau de Doklam se trouve dans la vallée tibétaine de Chumbi, située sur le flanc ouest du Bhoutan et à l'est de l'État indien du Sikkim. Ce plateau est contesté par la Chine et le Bhoutan, et situé à quelques kilomètres des frontières indiennes. Le Bhoutan dénonce cette intrusion mais n'a pas les possibilités de s'y opposer, et fait appel à New Delhi, son proche allié régional. L'armée indienne entre donc au Bhoutan pour interrompre l'avancée des travaux. Pékin rugit et menace, New Delhi se cambre et résiste, mais aucun des deux rivaux ne cède.
 
Alors pourquoi ce territoire est-il si stratégique pour ces vastes pays ? Pour l'Inde, la réponse saute aux yeux quand on regarde la carte : ce plateau se situe proche d'une partie vulnérable de son territoire : un corridor d'à peine 20 km de large qui relie la partie principale de l'Inde à ses territoires montagneux du Nord-Est. Si la Chine conquiert ce plateau bhoutanais, elle pourrait éventuellement lancer une offensive et couper l'Inde en deux. Pékin, de son côté, semble vouloir tester le soutien de l'Inde envers le Bhoutan. La Chine affirme en effet que cette dispute de frontière ne devrait concerner que Pékin et Thimphu, la capitale du Bhoutan, mais si New Delhi n'intervient pas, ce petit royaume pacifique sera grignoté sans résistance par l'armée chinoise.
La Chine et l'Inde vont-elles s'affronter ?
Le scénario qui se déroule sur le plateau du Doklam ressemble à ceux de plusieurs zones de la région, comme sur les Iles Spartleys au large des Philippines : la Chine construit des routes sur des territoires disputées par des plus petits pays, et se maintient jusqu'à ce que l'adversaire cède à la pression militaire, diplomatique et économique. Mais cette cette fois, l'Inde s'est interposé.
 
Ces deux pays se sont déjà fait la guerre en 1962 à cause d'un différend frontalier. Et des accrochages ont également eu lieu ces dernières années. Mais dans ce cas, aucun coup de feu n'a encore été tiré, ce qui démontre une attitude plutôt attentiste qu'offensive. Les deux responsables de la sécurité nationale se rencontreront lors d'une réunion des pays du BRICS, qui se déroule à Pékin ce jeudi 27 juillet. Un début de dialogue qui pourrait permettre de faire baisser ces tensions entre les deux puissances nucléaires.
 
Depuis de nombreuses années, le Bhoutan et la Chine conduisent des négociations afin de délimiter ces frontières. Pékin ne dispose pas de représentation diplomatique au Bhoutan, pays grand comme la Suisse dont la sécurité est assurée par Delhi, qui se trouve directement concerné par le dossier. Un traité d’amitié, signé en 1949, reconnaît l’indépendance du Bhoutan tout en rappelant sa proximité avec l’Inde : il prévoit que Thimphou (capitale du Bouthan) accepte de se laisser guider par Delhi dans ses relations avec le monde extérieur.
« Les Indiens perçoivent avec inquiétude la militarisation du plateau tibétain, qui donne la possibilité aux Chinois d’arriver rapidement avec des troupes sur la frontière indienne », analyse Gilles Boquérat, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). Une inquiétude qui s’explique par les souvenirs de la guerre sino-indienne de 1962 : un conflit traumatisant pour l’Inde qui avait vu ses frontières reculer au profit de la Chine.
« Le face-à-face s’inscrit dans un contexte plus large de craintes indiennes envers les ambitions territoriales et les projets de développement routiers chinois. Ce qui est en jeu, c’est la capacité de réponse de l’Inde à défendre ses intérêts stratégiques face à ce que la Chine considère comme un pré carré », poursuit le chercheur Gilles Boquérat.
À l’automne 2016, Pékin a par exemple inauguré la construction d’un corridor économique reliant la Chine au Pakistan, évalué à 46 milliards de dollars (39 milliards d’euros). Une illustration du projet de nouvelle Route de la soie (« One belt, One road »), immense réseau de voies commerciales tissé au bénéfice de la deuxième puissance économique mondiale et lancé en 2013 par le président Xi Jinping.
 
« Si les relations sont déjà mauvaises entre la Chine et l’Inde, ce n’est pas innocent en termes de calendrier. Xi Jinping devra à l’automne se présenter pour un nouveau mandat de cinq ans. Le chef de l’État chinois a un discours relativement ambitieux pour son pays et ne peut pas montrer de signes de faiblesse, sauf à remettre en cause sa politique conquérante », remarque Olivier Guillard, de l’Iris.
Le contentieux tripartite entre le Bhoutan, l’Inde et la Chine pourrait intéresser au-delà de la région. Depuis une quinzaine d’années, un rapprochement entre l’Inde et les États-Unis s’est opéré – en partie pour contenir les ambitions militaires chinoises. Il a conduit à l’accord de coopération nucléaire civil entre Delhi et Washington en 2005. La visite de Barack Obama à Delhi, dix ans plus tard, a relancé le partenariat stratégique lorsque le président américain a rappelé sa fermeté face aux possibles conflits maritimes dans la région.
Encore floue, la politique de Donald Trump pourrait être de renouveler cet axe vers l’Inde ou au contraire de donner la priorité à la Chine, partenaire économique important.
« Même si la désescalade risque d’être plus délicate que par le passé, la Chine n’a pas intérêt à ce que cela dégénère, précise Gilles Boquérat. Elle est le premier partenaire économique de l’Inde : les Chinois exportent plus de 60 milliards de dollars (51 milliards d’euros) vers l’Inde alors qu’en sens inverse, les exportations indiennes vers la Chine ne représentent que 10 milliards de dollars (8,5 milliards d’euros). »
La Chine et l'Inde vont-elles s'affronter ?

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