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Publié par Bob Woodward

L'Etat Islamique joue-t-il sa survie ?

Une bataille pour sa survie. L'un des derniers moyens pour la « marque » Daech de prouver qu'elle existe encore est de mener des attentats en Europe. Une stratégie qui s'accentue avec le retour des djihadistes du fief irako-syrien en voie de liquidation de Daech (Etat islamique).

L'attentat de Barcelone est ainsi le septième revendiqué par Daech dans un pays de l'Union européenne depuis Noël dernier ; Allemagne (camion bélier, 12 morts), puis Suède (camion, 5 morts), France (arme à feu, 1 mort), Royaume Uni (bombe, 22 morts et deux camions béliers, 13 morts). Un nombre sans précédent sur un tel laps de temps, même si le bilan s'avère pour l'instant moindre qu'en 2016 (l'attentat de Nice avait fait 84 morts) ou 2015 (130 morts au Bataclan).

Cette stratégie de terrorisme low cost, autofinancé par divers trafics et mené par de petites cellules voire des djihadistes solos en Europe, s'avère, en outre, conforme à la doctrine du théoricien-clé des mouvements djihadistes, Abou Moussa al Souri. Ce dernier a désigné dès 2006 l'Europe comme « le ventre mou de l'Occident » en raison d'une supposée candeur, où il faudrait provoquer une guerre civile. De quoi dissiper l'illusion d'une trêve possible en échange d'un abandon des opérations contre Daech dans son fief proche-oriental.

L'organisation a d'ailleurs commencé à planifier l'attentat du Bataclan au printemps 2015 alors qu'elle était au faîte de sa puissance et pas encore visée par l'aviation française... Le RAN (réseau européen de sensibilisation à la radicalisation) estime que sur les 42 attentats d'inspiration islamistes enregistrés en Europe (hors Russie et Turquie) depuis 2014, 38 étaient en lien avec Daech...

Daech peut compter sur un nombre non négligeable de combattants infiltrés en Europe et de sympathisants prêts à fournir soutien logistique et planques. Un rapport du RAN, financé par le Conseil de l'Europe, estimait en juillet que le nombre de djihadistes susceptibles de revenir dans l'Union depuis la Syrie oscillerait entre 1.200 et 3.000, femmes et enfants compris. Un tiers serait déjà revenu, soit par désillusion soit pour monter des attentats, perspective fort inquiétante vu qu'il s'agit de combattants aguerris, ou pour recruter.  

L'Etat Islamique joue-t-il sa survie ?

Les autorités des divers pays européens assurent généralement les garder à l'oeil, même si un certain nombre parvient à déjouer toute surveillance. Au total, le RAN estime que 42.000 combattants étrangers ont rejoint Daech depuis sa création en 2011, en provenance de 120 pays, un niveau sans équivalent dans l'histoire des mouvements djihadistes modernes. De 3 à 5.000 sont d'origine européenne, la France fournissant le plus fort contingent (700, dont 200 déjà revenus et un tiers abattu), devant la Belgique et l'Allemagne.

Au Proche Orient, le califat islamique de Daech n'est en revanche aujourd'hui plus que l'ombre de lui-même, puisque il a perdu sa capitale irakienne, Mossoul, mi juillet, et va voir tomber Raqqa, sa capitale en Syrie, où il ne contrôle plus grosso modo que la région de Deir Ezzor. Daech a perdu les deux tiers du territoire qu'il contrôlait au faite de sa puissance mi 2015, selon une estimation en juillet du cabinet de référence d'analyse des conflits, IHS Jane's.  

Privé de puits de pétrole et de possibilité de racket, ses revenus seraient désormais inférieurs à l'équivalent de 200.000 euros par jour, un dixième d'il y a un an. Ses flux de recrutement sont en nette baisse depuis fin 2015, selon les services spécialisés. Non pas que la propagande de Daech, qui joue sur la victimisation et le sens d'appartenance, s'avère moins efficace. Mais la clé de voûte de sa propagande était son invincibilité en Irak et Syrie et sa capacité à tenir tête à des coalitions regroupant les principales puissances militaires de la planète. Un argument qui ne vaut plus.

En sus de cellules terroristes dans tous les grands pays occidentaux, Daech dispose de branches opérationnelles, c'est à dire capables de tenir un terrain via une guérilla, dans 18 pays dans le monde selon le centre de contre terrorisme des Etats-Unis, essentiellement en Afrique et Moyen Orient, mais aussi Indonésie, Philippines et Bangladesh.

L'Etat Islamique joue-t-il sa survie ?

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