Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Afghanistan: pourquoi le revirement américain ?

Le discours prononcé lundi dernier, par le Président américain à Fort Myer, en Virginie, devant un parterre de militaires issu de toutes les composantes des forces armées américaines, peut sembler comme un revirement à 180 degrés, notamment si l’on se souvient que le 20 janvier dernier, soit quelques jours après son entrée en fonction, ce dernier n’hésitait pas à répéter que contrairement à son prédécesseur, il n’enverrait pas un soldat de plus en Afghanistan.

Néanmoins, ce discours confirme les inflexions principales réclamées par le « quarteron »  de généraux (le Secrétaire à la Défense, John Mattis, le nouveau chef de cabinet de la Maison Blanche, John Kelly, le Conseiller à la Sécurité national, Herbert Raymond McMaster, auquel s’ajoute le général John Nicholson, qui commande le contingent américain en Afghanistan). Tout semble s’être joué le week-end précédent, à l’occasion du séminaire tenu à Camp David. Durant celui-ci, le camp des « idéologues » , parfois mentionnés comme les nationalistes identitaires, partisans d’un repli d’Afghanistan, représentés notamment par Steve Bannon et le directeur de la CIA, Mike Pompeo, n’a pu faire valoir ses arguments en faveur d’un repli pur et simple d’Afghanistan. 

Faisant fi des critiques quant aux résultats « mitigés » concernant l’efficacité de la présence américaine sur le terrain depuis 16 ans (2400 soldats américains tués, 20 000 blessés, 800 milliards de dollars dépensés dont 110 milliards dans des projets de reconstruction, fortement soumis à interrogation quant à leur portée), le Président américain a décidé de renforcer de 3900 soldats supplémentaires, l’actuel contingent de 8400 soldats - actuellement répartis dans plusieurs bases à travers le pays - Bagram, Kandahar, Jalalabad, Gardez, Laghman et à l'aéroport militaire de Kaboul.

 

Au-delà, ce dernier en indiquant quels seraient les contours de la nouvelle « Stratégie pour l’Asie du Sud », nous livre également quelques signaux intéressants sur un possible changement de paradigme quant à la nature et la philosophie de l'interventionnisme américain.

Plusieurs enseignements peuvent ainsi être tirés des propos du Président américain. Le premier élément frappant reste le « narratif » employé par Donald Trump. Volontiers sur le registre du pragmatisme stratégique, notamment quand ce dernier évoque la « recherche d’un résultat honorable et durable, au regard des efforts consentis », Donald Trump semble indiquer clairement qu’il entend que le fardeau de la lutte contre le terrorisme soit désormais partagé par les alliés des Etats-Unis. On se souvient, dès lors, qu'il n’avait pas dit autre chose, le 25 mai dernier, lors de l’inauguration du nouveau siège de l’Otan à Bruxelles.

De ce point de vue, au regard des 1037 Italiens, 980 Allemands, 872 Georgiens, 659 Turcs, 500 Britanniques et les 33 autres nations qui participent à l’opération « Resolute Support » et qui sont encore présents en Afghanistan, la position française quant à un éventuel retour des militaires français, depuis leur départ en 2014, est particulièrement attendue.

Le deuxième élément frappant réside sans doute dans un glissement sémantique quant à la désignation de l’ennemi. Alors que ses deux prédécesseurs étaient « obnubilés » par Al Qaida, eu égard à sa responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001, Donald Trump semble confirmer que l’ennemi principal des Américains en Afghanistan est désormais Daesh, laissant sous-jacente l’idée du soutien américain au processus de réconciliation nationale engagé par le président afghan, Ashraf Ghani. Raison, pour laquelle, du reste, les Américains se sont surtout focaliser sur l’éradication de Daesh sur le territoire afghan. C’est ce qui explique du reste, que tous les émirs de Daesh en Afghanistan, aient été abattus, dont le dernier en date, Abou Sayed, éliminé par une frappe américaine, le 11 juillet dernier dans la province de Kunar, QG de l’EI en Afghanistan.

Afghanistan: pourquoi le revirement américain ?

L’éventualité du recours à des « contractors » (ils furent jusqu’à 45 000 au plus fort de la présence occidentale, qui avoisina les 150 000 hommes entre 2011 et 2014, à travers la Force Internationale d’Assistance et de Stabilisation  - FIAS, de 2001 à 2014) révèle, quant à elle, la volonté américaine de limiter le nombre de soldats tués au combat, en jouant sur le caractère juridique souple et le flou du statut judiciaire des entreprises de services de sécurité et de défense. Le discours de Fort Myer contenait quelques envolées lyriques, dont les principales cibles étaient les pays du voisinage afghan. Ceux qui précisément, rendent la stabilité de l’Asie du Sud, pour l’heure, un vœu pieux. De ce point de vue, le Pakistan a été l’objet du plus de critiques. En invoquant une certaine forme de « conditionnalité» quant à l’aide américaine au Pakistan, au prorata de la sincérité d’Islamabad dans sa lutte contre les talibans, l’on se souvient que le Congrès américain avait, il y a quelques mois, bloqué un contrat de 300 millions en matière de défense. Ainsi, la chute du Premier ministre Nawaz Sharif en juillet dernier, est advenue dans un contexte de tension très vive entre Islamabad et Washington.

 

Le Pakistan n’était bien évidemment le seul pays visé. L’Inde fut, quant à elle, fortement incitée à agir davantage sur le plan économique, sans faire mention de la dimension sécuritaire pourtant évoquée par le PM indien Narendra Modi avec la Chancelière allemande, Angela Merkel, lors de leurs récentes rencontres en mai ou encore, lors de la dernière réunion du G20 à Hanovre, les 7 et 8 juillet derniers.

Enfin, sans doute faut-il voir une volonté de « containment » de la Russie et de l’Iran, accusés, à demi-mots, de soutenir les talibans. C’est notamment le cas quand le Président américain, évoque le nécessaire renforcement de la coopération régionale en matière de surveillance des frontières, alors que la plupart des pays limitrophes septentrionaux (Turkmenistan, Ouzbekistan, Tadjikistan) craignent une extension sur leurs propres territoires de l’insurrection armée et du terrorisme islamiste.

Afghanistan: pourquoi le revirement américain ?

Commenter cet article