Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Trump à Paris, un choix stratégique ?
Serrer ou ne pas serrer la main de Donald Trump ? Interrogé lundi par RTL, Nicolas Hulot a semblé exclure un tel geste avec le chef d’Etat américain, hôte de la cérémonie du 14-Juillet : « On va déjà y aller, m’en demandez pas trop non plus. » Le ministre de la Transition écologique, s’il dit comprendre la démarche d’Emmanuel Macron de « tendre la main » au président des Etats-Unis en l’invitant au défilé, ne se voit pas aller jusqu’à l’accolade physique avec celui qui a décidé de sortir son pays de l’Accord de Paris sur le climat.
 
Pour Gérard Larcher, l’amitié entre les peuples importe plus que les divergences politiques. Evoquant l’entrée dans la Première Guerre mondiale des Etats-Unis en 1917, le président du Sénat a affirmé mardi, sur Europe 1, qu’il n’aurait aucune hésitation devant Donald Trump : « Moi, je n’aurais aucun mal à remercier les Etats-Unis au travers de son président même si, sans doute, je n’aurais jamais voté pour lui. »
 
En mars dernier, l’absence d’images de poignée de main lors d’une rencontre à Washington entre Donald Trump et Angela Merkel avait provoqué de nombreux commentaires choqués et suggéré que les négociations sur l’Otan avaient dues être âpres. Le porte-parole de Donald Trump, Sean Spicer, avait assuré que le président américain n’avait pas entendu la chancelière allemande lui proposer ce geste, ce que le quotidien allemand Bild a mis en doute. On avait ensuite appris que les deux dirigeants s’étaient bien exécutés, mais loin du parterre de photographes du bureau ovale.
 
Invitée à commenter cette séquence, l’historienne Isabelle Davion avait expliqué au site Slate que la poignée de main sert à véhiculer «les valeurs impériales de paix et de concorde» depuis au moins l’Antiquité, mais que l’usage n’a sûrement jamais été obligatoire : «Je ne suis même pas sûre que ce soit vraiment inscrit en tant que rite obligé dans un quelconque texte.»
 
Interrogé par Le Parisien sur la rencontre du 14-Juillet, Stephen Bunard, coach pour dirigeants, estime que Nicolas Hulot doit « choisir entre être militant ou ministre de la République ». « Il ferait mieux de serrer la main à Donald Trump et d’essayer de le convaincre. Il faut faire ami-ami, montrer qu’on est de la même trempe que lui », estime l’expert en communication non verbale.
 
Dans un monde d’images, la poignée de main permet de figer une rencontre au sommet quand les négociations en coulisses restent souvent secrètes. Les loupés sont scrutés, comme la poignée de main manquée de Trump et de la Première dame polonaise, jeudi dernier. Mais dans le cas du président américain, que ce soit avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe, son homologue canadien Justin Trudeau ou Emmanuel Macron, l’anodin rituel est surtout perçu comme un moyen d’installer un rapport de force et de prendre l’ascendant.
 
Stephen Bunard voit dans cette analyse un biais cognitif, en ce sens qu’elle permettrait aux détracteurs de Donald Trump de lui prêter un nouveau trait négatif. Selon le synergologue, les poignées de main vigoureuses consistant à tirer le bras de son interlocuteur (le fameux «pull and shake») seraient au contraire une marque de sympathie et de confiance : « Quand on fait venir quelqu’un dans son champ intime de cette manière, c’est qu’on a validé que l’autre était son partenaire. » Un argument de plus pour convaincre Nicolas Hulot de se prêter au «jeu» du serrage de main.
 
Ses années de lycée à l'Académie militaire de New York ont laissé à Donald Trump un goût prononcé pour l'uniforme et la marche au pas. En entrant à la Maison-Blanche, il s'est entouré d'une ribambelle de généraux dont il apprécie la loyauté et l'abnégation. Pour cet homme d'ordre, d'apparences et d'apparat, ulcéré par la contestation permanente dont il fait l'objet aux États-Unis, l'offre d'Emmanuel Macron de se rendre à Paris en tant qu'invité d'honneur des festivités du 14 Juillet était presque irrésistible.
 
Elle justifie en tout cas que Donald Trump, qui n'aime guère les voyages au long cours, ait accepté de retraverser l'Atlantique trois jours à peine après son retour du G20 à Hambourg. Un accueil aux Invalides, un tour du Musée de l'armée, une photo devant le tombeau de Napoléon, un défilé militaire précédé d'un dîner raffiné à la tour Eiffel, homard bleu et caviar façon Alain Ducasse… «Il est enthousiaste, la première dame est enthousiaste. Rendre visite à un couple comme les Macron dans la Ville Lumière, c'est assez formidable», s'extasie un conseiller à la Maison-Blanche. On ignore si le conseiller stratégique Steve Bannon est du voyage, malgré ses connexions insoupçonnées avec la France: outre la lecture admirative de Charles Maurras, il possède un portrait de lui en Napoléon peint dans le style de David, offert par le nationaliste britannique Nigel Farage…
 
La symbolique du 14 Juillet colle parfaitement à ce que cherchent à faire Emmanuel Macron et Donald Trump: repartir du bon pied, après les tensions initiales, et établir une relation de travail productive, sinon une alchimie personnelle. Sur ce point, l'entourage du président américain assure que la poignée de mains musclée du G7 et les rodomontades qui l'ont suivie sont dépassées, comme Emmanuel Macron s'est attaché à le montrer au G20. «J'étais présent dans le Bureau ovale lors de plusieurs de leurs conversations téléphoniques et je vois une dynamique très positive», assure le conseiller, qui se fend d'un éloge du Français: «Le président Macron est un innovateur charismatique qui essaie de faire des choses autrement en France. Malgré leurs nombreuses et évidentes différences, (les deux hommes) ont des choses en commun dans leurs expériences.»
Trump à Paris, un choix stratégique ?
Selon la Maison-Blanche, l'Élysée a assuré au président américain qu'il ne serait pas confronté à Paris à des manifestations d'hostilité massives. Un récent sondage de l'institut américain Pew établit à 14 % la cote de confiance de Trump en France. Pour son homologue américain, l'un des atouts du président français est sa popularité actuelle, qui lui permet de s'afficher à ses côtés. Cet avantage sur Theresa May, fragilisée en Grande-Bretagne, et même sur Angela Merkel, en campagne électorale en Allemagne, est exploité par Emmanuel Macron pour «tendre la main» à Trump et le sortir d'un «isolement» international qu'il juge dangereux. Soucieuse de ne pas laisser les désaccords gâcher l'ambiance, la France a suggéré que les discussions prévues ce jeudi après-midi, avant une conférence de presse commune, se concentrent sur la Syrie et la lutte antiterroriste.
 
Les sujets de dissensions ne manquent certes pas, du retrait de l'Accord de Paris sur le climat à la menace de guerres commerciales sur l'acier ou le gaz. Mais Macron estime que s'il parvient à s'immiscer dans la conversation, il peut exercer une influence positive sur Trump. La Maison-Blanche semble bien disposée envers la France, qui est «en bonne voie» de consacrer 2 % de son PIB à la défense et assume seule une opération antiterroriste d'envergure au Sahel, «une zone vaste comme la moitié des États-Unis», souligne le conseiller du président. La commémoration du 100e anniversaire de l'entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale donne aux deux nouveaux dirigeants «l'occasion d'élever mutuellement leur stature internationale», estime Jeffrey Rathke, directeur de l'Europe au Centre d'études internationales et stratégiques.
 
Depuis qu'il est au pouvoir, Donald Trump a modulé son slogan de campagne en précisant que «l'Amérique d'abord» ne signifiait pas «l'Amérique seule». Emmanuel Macron lui propose un partenaire coopératif, malgré leurs profondes divergences de vues. Cela peut être tentant pour celui dont les ennuis domestiques se font de plus en plus pressants, avec l'enquête fédérale sur les liens entre sa campagne et le Kremlin. Accessoirement, Macron aura marqué un point si son hôte repart convaincu que «la France est toujours la France», contrairement à ce qu'il martelait durant la campagne.
Trump à Paris, un choix stratégique ?

Commenter cet article