Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

The Mooch, "le connard de New York" ?
Par où commencer ? Par son surnom, «The Mooch»? Par ses saillies sans filtre ? Par sa gouaille de gamin du Queens, mâtinée de prosodie italienne ? Par son côté showman, sanguin, son bronzage et ses lunettes de soleil aviateur aux verres miroir ? Voici Anthony Scaramucci, nouveau personnage pittoresque de l’aréopage présidentiel trumpiste, propulsé directeur de la communication de la Maison Blanche. En une semaine à ce poste, ce financier de 53 ans, semble-t-il tout droit sorti du Loup de Wall Street, s’est déjà fait remarquer par des déclarations fracassantes, menaces, insultes, contradictions… Sa nomination a surtout entraîné deux défenestrations notables: celle du porte-parole de la Maison Blanche Sean Spicer, démissionné le 21 juillet, et celle du chef de cabinet, Reince Priebus, ce vendredi. Donald Trump a annoncé par un tweet son remplacement par le ministre de la Sécurité intérieure, John Kelly.
 
Quand l’ambition politique d’un homme provoque son divorce. Anthony Scaramucci, le nouveau chef de la communication de la Maison Blanche nommé par Donald Trump pour donner un nouvel élan à sa présidence, a perdu le soutien de son épouse qui a quitté le domicile conjugal. Selon «Page Six», Deidre Ball aurait envoyé les papiers du divorce après avoir appris le tout nouveau travail de son époux. «Elle aimait la belle vie de Wall Street et leur maison à Long Island, pas le monde fou de D.C. Elle est fatiguée de ses ambitions égoïstes», a fait savoir un proche au journal américain. «Elle le quitte même s’ils ont deux enfants ensemble», a ajouté l’indiscret. Un autre a précisé que la jeune femme de 38 ans n’était pas «vraiment fan de Trump» et n’avait jamais soutenu l’envie de son mari de travailler à la Maison Blanche.
 
Le couple était ensemble depuis 2011. Les deux se sont mariés en 2014. La seconde union de ce financier de 53 ans. S’il n’a pas confirmé ces informations, Anthony Scaramucci a écrit sur Twitter : «Je peux prendre les coups, mais je vous demanderais de mettre ma famille dans vos pensées et vos prières et rien de plus». Il a poursuivi : «La famille n’a pas besoin d’être impliquée dans tout cela. Bientôt, nous saurons dans les médias qui a de la classe et qui n’en n’a pas. Je ne fais pas plus de commentaire».
 
Anthony Scaramucci a fait la Une des médias cette semaine pour avoir dérapé en traitant le secrétaire général de la Maison Blanche Reince Priebus de «putain de paranoïaque» et en insultant avec des grossièretés à caractère sexuel le conseiller Steve Bannon. C’est une enquête explosive du «New Yorker» qui a provoqué le scandale. Usant d'un vocabulaire à caractère sexuel extrêmement grossier, Anthony Scaramucci vise ensuite Steve Bannon, le très controversé stratège en chef de Donald Trump, affilié à l'extrême droite: «Je ne suis pas Steve Bannon, je n'essaie pas de sucer ma propre bite».
 
Né à Long Island dans l'Etat de New York, dans une famille d'immigrés italiens de la classe moyenne, diplômé d'Harvard, passé par Goldman Sachs, patron de fonds d'investissement pour clients richissimes, Anthony Scaramucci est un gros donateur du parti républicain. Il a été le trésorier de la campagne présidentielle de Mitt Romney en 2012, levé des fonds lors des primaires républicaines de 2016 avant de rejoindre le camp de Donald Trump. Il a été nommé le 21 juillet par ce dernier à la tête de la communication de la présidence.
 
Après seulement une semaine en poste dans la West Wing, Anthony Scaramucci aurait eu sa peau, persuadé que Priebus est à l’origine de nombreuses fuites sur les faits et gestes de l’administration dans la presse. Les deux hommes ne se sont jamais entendus : Priebus aurait tout fait pour bloquer la nomination de Scaramucci depuis l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump. Celle-ci était dans les tuyaux depuis l’investiture : le financier a vendu son fonds d’investissement SkyBridge Capital début 2017 pour pouvoir prendre un rôle dans l’administration.
 
Priebus a été l’une des chevilles ouvrières de la victoire de Donald Trump en tant que président du Republican National Committee pendant la campagne de 2016, mais les deux hommes ne se sont jamais entendus. Pas grand-chose en commun, en effet, entre «le politique discret du Wisconsin à l’accent du Midwest», et le «tapageur et inconséquent milliardaire New Yorkais», écrit la NPR. En revanche, Anthony Scaramucci partage beaucoup de points communs avec Donald Trump. Entre autres, c’est un New Yorkais (de Long Island), il a beaucoup d’argent, a fait de la télé, et parle sans filets.
 
Mercredi soir, il a téléphoné à un journaliste du New Yorker pour tenter de lui arracher l’une de ses sources à la Maison Blanche, le menaçant de faire virer tout le staff de communication en représailles. Dans une diatribe hallucinante de vulgarité, «The Mooch» tire sur tout ce qui bouge. Priebus, bien sûr: «Reince est un putain de schizophrène paranoïaque». Et sur le conseiller stratégique du président et proche de l’extrême droite américaine, Steve Bannon: «Je ne suis pas Steve Bannon, je ne suis pas en train d’essayer de sucer ma propre bite. Je n’essaye pas de bâtir ma propre marque en utilisant la putain de puissance du Président. Je suis ici pour servir mon pays».
 
Pour le magazine New Republic, Scaramucci est l’archétype même du «connard de New York»(«New York douchebag»), tout à fait le genre de beauté de Donald Trump, à l’instar du gouverneur du New Jersey Chris Christie, ou de l’ancien maire de New York Rudy Giuliani. Le New Republic voit même en Anthony Scaramucci «une sorte de mini-Trump : impétueux, hypermasculin, fidèle en amitié, rustre avec les femmes, doté de l’intelligence de la rue, sans doute, mais pas vraiment intelligent.» Politico est plus mesuré, mais ne dit pas autre chose: «Avec son goût du spectacle, Scaramucci est peut-être le membre du staff de la Maison Blanche qui ressemble le plus à Trump lui-même.»
 
The Mooch, "le connard de New York" ?
De cet incessant ballet de nominations et de démissions à la Maison Blanche, une chose se dégage : la victoire nette des hommes de New York sur ceux de l’establishment de Washington. «La frange new-yorkaise, celle qui croit qu’il faut laisser Trump être Trump, progresse à la Maison Blanche», écrit la NPR. Le départ de Priebus, après celui de son bras droit Katie Walsh, et celui de Sean Spicer, marque l’affaiblissement des cadres du GOP à la Maison Blanche. Et la perte de précieux alliés, pour Trump, qui auraient pu servir d’intermédiaires avec une majorité républicaine au Congrès pas franchement en ordre de marche.
 
«The Mooch» n’a, d’ailleurs, jamais hésité à emprunter la rhétorique anti-élite de Washington DC de son nouveau patron, qui avait promis «d’assécher le marigot» pendant toute sa campagne. Définissant sa fonction au New York magazine en janvier dernier - il avait déjà un rôle officiel dans la communication de la Maison Blanche -, il évoquait ces «gens de Washington qui vous poignardent avec le sourire». «C’est comme si les scénaristes de Game of Thrones, et de Hunger Games s’étaient mis ensemble avec ceux de House of Cards et avaient écrit une histoire», insistait-il.
 
Pour le New York Times, «L’explosive première semaine de Scaramucci», «proche de l’auto-parodie», prouve que «Les New Yorkais ont pris le pouvoir à la Maison Blanche, et changent sa culture à vitesse grand V». Outre le nouveau dir’com, les New Yorkais Kellyanne Conway, Gary D. Cohn, Steven Mnuchin, Wilbur Ross, Jason D. Greenblatt ou bien sûr, Ivanka Trump et son mari Jared Kushner, entre autres, peuplent désormais la West Wing. «Plus "tri-state" [appellation de l’intersection entre les Etats de New York, du New Jersey, et du Connecticut, ndlr] que Manhattan», remarque l’article du Times. Comprendre : plus nouveaux riches de banlieue que hipsters des villes.
 
L’argent est omniprésent dans le discours de Scaramucci. Saluant le travail de Sean Spicer, lors de sa première conférence de presse, il lui a d’ailleurs souhaité de «gagner des tonnes d’argent»… C’est son cas, selon ce que révèlent ses déclarations financières. Selon Politico qui les publie, 85 millions de dollars d’actifs, et 50 millions estimés pour ses parts dans SkyBridge Capital, dont la vente sera finalisée au troisième trimestre cette année. Scaramucci a commencé sa carrière à Goldman Sachs, de 1989 à 1996, avant de fonder ce fonds d’investissement pour super-riches. 
 
L’argent est également un angle d’attaque de Scaramucci contre Washington : «L’autre chose que j’ai apprise sur ces gens de Washington, disait-il encore au New York Magazine, c’est qu’ils n’ont pas d’argent. Ce qu’il se passe quand ils n’ont pas d’argent, c’est qu’ils se battent pour leur siège et le titre qui va avec. Ces putains d’élus du Congrès agissent comme ça. Ce sont des putains d’abrutis.»
 
Le nouveau directeur de la communication de la Maison Blanche a également longtemps été un fervent défenseur de Wall Street dans les médias, notamment pendant la crise financière. Il a également co-présenté l’émission financière Wall Street Week sur la Fox. Pour l’anecdote, il apparaît même dans Wall Street, le film d’Oliver Stone.
 
Scaramucci a grandi à Long Island dans une famille italo-américaine. Son père travaillait dans le bâtiment. «Je suis un gosse de la classe moyenne de Long Island, et aucun de mes parents n’a été à l’université», expliquait, au New York Times en 2013, ce diplômé d’Harvard.
 
Le parcours politique d’Anthony Scaramucci peut paraître assez opportuniste - il a donné de l’argent à la campagne de Barack Obama en 2008 -, mais il est décrit comme un soutien républicain de longue date. Il a fait campagne pour Mitt Romney en 2012, affirmant que les Etats-Unis avaient besoin de gens «plus pragmatiques, moins partisans». Pendant une grande partie de la campagne de 2016, Scaramucci a vivement critiqué Donald Trump - un «politicien amateur», selon lui, aux politiques clivantes -, avant de devenir l’un de ses premiers soutiens à Wall Street.
 
Très opposé à Hillary Clinton, Scaramucci a eu un peu de mal à choisir son candidat dans le parti républicain. Il a d’abord soutenu Romney, puis Scott Walker, puis Jeb Bush. Selon le New York Times, Scaramucci aurait changé d’avis sur Trump après sa rencontre, lors d’une conférence à Las Vegas l’an dernier, avec Steven Mnuchin, ancien cadre à Goldman Scahs alors responsable des finances pour la campagne du magnat de l’immobilier, et aujourd’hui secrétaire du Trésor.
 
Son arrivée fracassante dans le feuilleton de la Maison Blanche de Donald Trump n’a laissé personne indifférent. A commencer par Stephen Colbert, qui lui a consacré jeudi son monologue d’introduction.
 
Après la tornade de réactions qui a suivi la publication de ses citations dans l’article du New Yorker, Anthony Scaramucci a tenté de faire amende honorable sur Twitter: «Je m’exprime parfois avec un langage fleuri. Je m’abstiendrai dans ce cadre mais je ne renoncerai pas à mon combat passionné pour le programme de @realDonaldTrump».
 
Sur CNN jeudi matin, il réaffirmait qu’il ferait tout pour arrêter «ces fuites malfaisantes et malvenues, ces coups de poignard dans le dos comme les intrigues de palais».
The Mooch, "le connard de New York" ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article