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Publié par Bob Woodward

Mossoul, le défi de la sécurisation ?
Le Premier ministre irakien a proclamé, ce dimanche, la libération de la ville, après neuf mois de bataille. L'Etat islamique n'est pour autant pas mort en Irak.
 
La ville irakienne de Mossoul a été «libérée» des djihadistes de l'Etat islamique, selon le Premier ministre Haider al-Abadi. L'organisation terroriste a été chassée de la vieille ville, dont l'armée irakienne contrôle ce dimanche la quasi-totalité. Selon l'AFP, les combats se poursuivent toutefois toujours dans un petit périmètre le long du fleuve Tigre. Pour Daech, cette perte constitue un coup dur, mais pas fatal.
 
La force du symbole. La perte de Mossoul, deuxième ville du pays, est très symbolique. Depuis la prise de la ville par les djihadistes, en juin 2014, la ville constituait l'un des bastions de l'Etat islamique. C'est à Mossoul que le chef de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, s'est exprimé pour la première fois, dans la mosquée al-Nouri, en tant que leader de l'organisation, un mois après la prise de la ville. Cela reste sa seule apparition publique connue.
 
Mossoul était également la capitale administrative de l'Etat islamique et un symbole de puissance. Il y a trois ans, au moment de sa prise par les djihadistes, la ville comptait deux millions d'habitants. Les «soldats du califat» ont âprement défendu leurs positions, pendant neuf mois, face aux forces irakiennes soutenues par la coalition internationale. C'est une défaite militaire supplémentaire pour l'Etat islamique, qui ne cesse de perdre du terrain depuis quelques mois. Environ 200 djihadistes retranchés dans deux pâtés de maison ne tenaient plus qu'une ultime poche de 100 mètres sur 300 adossée au fleuve Tigre dans la deuxième ville d'Irak. Le Premier ministre « arrive dans la ville libérée et félicite les combattants héroïques et le peuple irakien pour cette victoire majeure », indique le communiqué.La bataille de Mossoul, déclenchée en novembre dernier, s'avère être la plus importante en milieu urbain depuis Stalingrad. La progression a été lente, quelques dizaines de mètres par jour, en raison de la présence de nombreux civils, de kamikazes, de snipers et d'engins piégés dans les maisons. La reprise totale de Mossoul signe la fin du projet politique de rétablissement du califat islamique, structure mythique disparue en 1924, censée exercer sa souveraineté sur tout ou partie des musulmans du monde entier. Le chef de Daech, Abou Bakr al Baghdadi - qui n'a plus été vu depuis trois ans et que Moscou affirme avoir éliminé récemment - l'avait proclamé ici même le 29 juin 2014. Ce proto-Etat tenant tête aux troupes coalisées des mécréants, constituait un outil de propagande précieux pour les sergents recruteurs de Daech.
 
Des centaines de civils ont été tués par les bombardements de la coalition occidentale qui soutient la « division d'or » de l'armée irakienne en première ligne. Près de 915 000 habitants ont fui les combats. Des djihadistes se sont glissés au milieu des réfugiés, que Bagdad essaye d'identifier. Ce dernier tient encore des poches en Irak et un territoire équivalent à un tiers de la Syrie, quoique largement désertique. Sa capitale syrienne, Raqqa, est encerclée par les forces arabo-kurdes soutenues par les pays occidentaux. Ces forces ont pénétré dans la vieille ville jeudi dernier mais piétinent face à des djihadistes au nombre sans doute de 2000. Les combats pourraient encore durer des semaines. Les forces kurdes pourraient être « distraites » par une offensive imminente de l'armée turque contre la poche kurde d'Afrin.
 
Daech n'est pas mort pour autant. Il a eu le temps de se préparer à une conversion dans l'action clandestine en Irak. Et ceux de ses combattants occidentaux qui n'ont pas été abattus par les snipers irakiens guidés par les forces spéciales occidentales, vont essayer de rentrer en Europe pour y commettre des attentats.
Mossoul, le défi de la sécurisation ?
Le plus dur reste à faire à Mossoul : sécuriser durablement la ville et permettre aux populations civiles déplacées hors de la ville de s'y réinstaller. Sur le plan militaire, Mossoul est libérée. Les djihadistes ont cessé de résister quasiment partout, ce qui marque la victoire des forces irakiennes. Mais durant les neuf mois qui ont précédé la reprise de la ville, les djihadistes ont appris à se mêler à la population et à se dissimuler, pour perpétrer des attentats-suicides très meurtriers.
 
L'EI toujours présent en Irak. Malgré la perte de Mossoul, l'EI détient toujours de nombreux territoires en Irak et en menace d'autres contrôlés par pouvoir irakien. En juin 2014, au moment de la prise de Mossoul, Daech s'était également emparé de vastes régions au nord du pays, à l'ouest et à l'est de Bagdad. Les djihadistes sont toujours solidement installées dans la ville de Tal Afar (dans la province de Ninive) et de Hawija (dans la province de Kirkouk). L'organisation terroriste est également présente dans la province occidentale d'Al-Anbar, où elle tient une large bande de terre.
 
«Le temps que les zones ouvertement tenues par l'EI soient libérées, il faudra recommencer des opérations ailleurs», explique Michael Knights, de l'Institut Washington sur la politique au Proche-Orient. Dans certaines zones, les djihadistes réapparaissent après que les autorités ont théoriquement repris le contrôle.
 
Changement de stratégie pour l'EI. En Irak, l'organisation terroriste amorce un changement de stratégie. L'EI cesse d'essayer de contrôler de grandes portions de territoire et revient progressivement au terrorisme. Les attaques à la bombe et les attentats-suicides se font de plus en plus cibles et rapprochées dans le temps. Pour continuer à faire exister le «califat», les djihadistes mettent en place des tactiques de guérillas et d'insurrection. «L'Irak sera probablement en proie à l'insécurité encore plusieurs années», selon David Witty, analyste et colonel à la retraite des forces spéciales américaines.
Mossoul, le défi de la sécurisation ?

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