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Publié par Bob Woodward

Marawi, épicentre islamiste aux Philippines ?
Fin de Ramadan sanglante dans le Sud philippin musulman. Jadis surnommée la « perle islamique de l’île de Mindanao », presque la moitié de la ville de Marawi a été détruite par les bombardements aériens et les combats de rue entre l’armée et les terroristes du groupe Maute, qui a prêté allégeance à Daech.
 
« Dans mon quartier, même les chiens errants sont morts de faim. L’odeur reste, se désole Cecile Cenas, jeune enseignante rescapée. Le jour de l’attaque, j’étais sur le point de partir à la cathédrale quand ont retenti des coups de feu dehors. C’était la panique. » Cecile Cenas a pu s’enfuir grâce à ses voisins musulmans qui l’ont prise à moto. Maire de la commune voisine de Saguiaran, Macmod Muti, lui, raconte être resté caché neuf jours durant à l’intérieur de son bureau avec ses collègues, à cause d’affrontements incessants. « Ramadan oblige, la journée on jeûnait. On doit notre survie aux sardines en conserve. »
 
Marawi a basculé sous le joug terroriste le 23 mai, quand l’armée philippine a échoué à capturer Isnilon Hapilon, le numéro un national de Daech, et s’est retrouvée face à des centaines d’assaillants. Alliés au groupe Maute, les hommes d’Isnilon Hapilon ont alors attaqué les hôpitaux, les écoles, le commissariat, libéré les détenus de la prison, puis incendié la cathédrale après avoir pris en otage un prêtre et des paroissiens. Plus d’un mois après, le bilan humain de la bataille de Marawi dépasse celui des dernières attaques de Daech.
 
Le conflit philippin rappelle que depuis les années 1970, la grande île méridionale de Mindanao n’a jamais connu de trêve. Terre ancestrale des musulmans qui ont payé un lourd tribut sous la colonisation espagnole puis la dictature de Ferdinand Marcos, Mindanao abrite également les bastions de multiples groupes armés, séparatistes ou milices privées, en nombre inégalé dans la région.
 
« Ces groupes rebelles sont nés de leur scission les uns des autres. Certains d’entre eux semblent épouser les thèses radicales venues de Daech, explique le géographe François-Xavier Bonnet, spécialiste de Mindanao, basé à Manille. Des politiciens puissants, tant chrétiens que musulmans, disposent de leur propre milice et vivent donc de cette violence. Enfin les clans musulmans pratiquent la vendetta ou “rido” pour venger leur honneur, et cette violence locale alimente les conflits idéologiques régionaux. »
 
Minoritaires à Marawi, la plus grande ville musulmane du principal pays catholique d’Asie, les chrétiens – et tous les musulmans qui les protègent – sont clairement devenus la cible des terroristes. « La cathédrale Notre-Dame-du-Secours est le seul édifice religieux catholique à Marawi. C’est pour cette raison qu’ils l’ont saccagée », atteste Cecile Cenas.
 
Elle connaît bien le prêtre otage, le P. Chito Suganob, artisan infatigable du dialogue interreligieux : « Le P. Chito n’a pas voulu accrocher de crucifix à l’extérieur de l’église, par respect pour nos frères musulmans. » L’évêque de Marawi, Mgr Edwin de la Peña, rappelle que la minorité chrétienne, par le passé, a déjà été victime de persécutions : « On a eu des prêtres assassinés ou pris en otage, tel le missionnaire français Michel de Gigord, enlevé deux fois (en 1986 et 1990, NDLR). »

“Plus de 40 jours de guérilla sont désormais passés et notre splendide ville de Marawi est réduite en cendres”, affirme le 5 juillet 2017 Mgr Edwin De la Pena, évêque catholique de Marawi, à l’agence d’information vaticane Fides.

Un groupe de militants islamistes du groupe Maute, affilié à Daech, a attaqué le 23 mai dernier la ville de 200’000 habitants à majorité musulmans, située sur l’île de Mindanao. Leur objectif était de s’emparer de la cité pour y créer un embryon de califat. L’armée philippine est cependant intervenue en force, le président Rodrigo Duterte décrétant la loi martiale sur toute l’île. Selon des estimations officielles, au 5 juillet, 351 djihadistes auraient été tués, ainsi que 39 civils, et 85 militaires philippins. L’armée bénéficie depuis quelques jours des conseils stratégiques et de moyens techniques fournis par l’armée américaine.

Dès les premiers jours de leur offensive, les terroristes ont incendié des lieux de culte non-musulmans, dont la cathédrale catholique de la ville. Ils ont également pris des dizaines d’otages, dont un prêtre catholique, le Père Teresito Suganob. Mgr De la Pena s’est dit particulièrement inquiet pour le sort des otages et du prêtre, alors que l’armée a annoncé le 5 juillet la décapitation de deux otages vietnamiens par le groupe djihadiste Abou Sayyaf, dans la même île de Mindanao.

Alors même que la bataille dure beaucoup plus longtemps que prévu, ce qui montre le haut degré de préparation de l’attaque terroriste, le président Duterte espère que la crise s’achèvera avant qu’il ait à prononcer son prochain discours sur l’Etat de la Nation, le 23 juillet.

Mgr de la Peña juge qu’il y a urgence à accélérer le processus de paix à Mindanao, car « les Philippines n’échappent pas à la globalisation de la menace islamiste qui a débuté au Moyen-Orient. » Mohagher Iqbal abonde dans le même sens. Il est le négociateur en chef du Front moro islamique de libération (MILF), principal parti politique musulman en pourparlers de paix avec le gouvernement : « Bien sûr, la situation nous inquiète profondément. Le président Rodrigo Duterte est de bonne volonté mais il faut agir vite, sinon cela sera un désastre pour tous. »
Marawi, épicentre islamiste aux Philippines ?
Rodrigo Duterte a réitéré sa promesse de passer au fédéralisme pour permettre aux musulmans de Mindanao d’accéder de fait à l’autonomie. « Le risque principal est l’accumulation de retards dans le processus de paix et donc l’impatience de certaines factions sur le terrain, qui pourraient être tentées de se rapprocher des mouvements ayant rallié Daech », prévient le chercheur François-Xavier Bonnet.
 
La loi martiale a été décrétée dans tout le sud des Philippines, pour éviter la propagation des violences. L’Indonésie et la Malaisie, pays frontaliers majoritairement musulmans, ont renforcé leur coopération face à la menace terroriste et la crainte d’une course au djihad à Mindanao.À Marawi, l'armée a fait une estimation plus prudente, expliquant que les forces philippines avaient repris 40 bâtiments samedi, et 57 dimanche. 
 
Environ 1.500 bâtiments et maisons de Marawi, dans le Sud des Philippines, sont toujours tenus par les djihadistes qui ont pris les armes fin mai, ont estimé lundi des responsables philippins.
 
Des combats maison par maison. Les combats ont fait des centaines de morts, poussé 400.000 personnes à fuir et entraîné la destruction de quartiers entiers. Épaulée par l'artillerie et l'aviation, appuyée par l'armée américaine, l'armée philippine doit lutter pour chaque maison pour reprendre le contrôle de la situation depuis que les combattants islamistes se sont soulevés le 23 mai, hissant le drapeau noir du groupe État islamique (EI) sur cette ville musulmane. 
 
Des soldats peu habitués au combat urbain. Le président philippin Rodrigo Duterte a promis d'écraser ce soulèvement, mais la résistance opposée par les combattants djihadistes est bien plus forte que prévue. Il s'est dit dans l'impossibilité de dire quand ses hommes serait en mesure de reprendre les 1.500 bâtiments et maisons tenus ou piégés par les insurgés. "Beaucoup de nos militaires ne sont pas formés au combat urbain", a-t-il dit. "On peut dire qu'ils apprennent en combattant", a-t-il ajouté en avançant que l'armée pouvait reprendre jusqu'à une centaine de bâtiments par jour.
 
Une résistance acharnée. À Marawi, l'armée a fait une estimation plus prudente, expliquant que les forces philippines avaient repris 40 bâtiments samedi, et 57 dimanche. "L'opération de nettoyage est difficile en raison de la présence de bombes artisanales, de dispositifs piégés laissés derrière eux par les terroristes", a déclaré le lieutenant-colonel Jo-ar Herrera, porte-parole de l'armée sur le terrain. Il a indiqué que 82 militaires et 39 civils avaient été tué en six semaines. Une centaine de combattants sont toujours retranchés dans Marawi, et 300 autres ont été tués, selon l'armée. 
 
Le chef des djihadistes toujours terré dans la ville. Rodrigo Duterte a imposé la loi martiale sur le Sud des Philippines dès le début des combats qui ont été provoqués par une tentative ratée de l'armée d'aller capturer Isnilon Hapilon dans une planque de Marawi. Ce chef djihadiste serait toujours en vie, terré dans une mosquée, a déclaré le secrétaire philippin à la Défense, Delfin Lorenzana, lors d'une conférence de presse à Manille. Isnilon Hapilon a reçu le soutien d'un autre groupe djihadiste, celui des frères Maute, qui a également prêté serment à l'EI, ainsi que celui de combattants étrangers.
Marawi, épicentre islamiste aux Philippines ?

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