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Publié par Bob Woodward

Mais qui est vraiment Alex Jones ?
Sa spécialité, c'est le bobard, la fausse information, la théorie du complot. Et plus c'est délirant, mieux c'est. Alex Jones, par le biais de son émission de radio et de son site Infowars, diffuse chaque jour une suite ininterrompue de déclarations farfelues, sans l'ombre d'une preuve, qui circulent ensuite sur Internet. C'est « le théoricien du complot le plus prolifique de l'Amérique contemporaine », estime le Southern Poverty Law Center, une organisation de défense des droits civiques. Il a propagé par exemple que le massacre de l'école primaire de Sandy Hook à Newtown était une pure invention, fabriquée par le gouvernement avec des acteurs, pour imposer un contrôle du port d'arme. Selon les statistiques du FBI, affirme-t-il sur son site, « personne n'est mort en 2012 à Sandy Hook. Elles ne montrent aucun homicide dans cette ville. »
 
Ce type rondouillard à la voix rauque, sans doute à force de s'égosiller sur un ton enragé, a une vision du monde orwellienne. Son obsession depuis des années, c'est que les élites mondiales veulent s'emparer du contrôle de la planète et créer « un nouvel ordre mondial ». Pour cela, elles ont mis en place un appareil de surveillance sophistiqué, provoquent des crises économiques, climatiques, travaillent à empoisonner l'eau et la nourriture dans le but de se saisir du pouvoir. Lorsqu'elles auront éradiqué une partie de la population par des virus, elles enfermeront les survivants et les soumettront à l'esclavage.
 
C’est l’un des chefs de file de la désinformation aux Etats-Unis. Alex Jones, Texan de 43 ans, qui se revendique d’extrême droite, anime une émission de radio diffusée sur le réseau Genesis Communications – connu pour sa programmation conspirationniste – et possède un site web, InfoWars, épinglé comme étant l’un des bastions de la fake news. S’il occupe la scène médiatique depuis quelques jours, c’est parce qu’il s’affiche de plus en plus proche de Donald Trump, incarnant le type de média auquel le président fait confiance et accorde du crédit.
 
Le président des Etats-Unis tweetait en effet, le 18 février dernier, que les entités médiatiques telles qu’ABS, CNN ou encore le New York Times – qualifiées de fake –  étaient non pas ses ennemies, mais bien celles du peuple américain tout entier. Ce qui encouragera le New York Times à répondre dans un article : “Et vous savez qui n’est pas un ennemi, selon Donald Trump ? Alex Jones“. L’homme qui nie la tuerie de Sandy Hook du 14 décembre 2012, lors de laquelle 20 enfants ont été abattus, est donc l’ami du 45e président américain. Pour l’anecdote, Alex Jones affirme que les parents en deuil sont des acteurs et que la fusillade a été orchestrée et simulée par un Barack Obama désireux de mettre en place un strict contrôle des armes…
 
Les affaires d’Alex Jones se portent à merveille depuis l’élection de son champion. Son site internet n’a jamais connu un tel trafic ; les revenus qu’il en tire s’en retrouvent dopés, révèle le New York Times. L’homme qui se targue d’avoir le président en ligne direct, occuperait ainsi le rôle d’informateur privilégié auprès de la Maison-Blanche. Il est chargé de valider les infos que Trump reçoit ainsi que certains communiqués que son administrations publie. Pour résumer : le fact checker du président américain est un conspirateur diffuseur de fake news. Voilà.
 
Son influence n’est pas à sous-estimer. Sur InfoWars, il avait publié, avant les élections présidentielles, une news expliquant qu’une pizzeria, à Washington, abritait dans son arrière-boutique un réseau de pédophilie, dirigé par Hillary Clinton et son conseiller. Un père de famille, originaire de Caroline du Nord, a débarqué dans le restaurant en question armé d’un fusil d’assaut pour délivrer les pauvres enfants. Heureusement, la police est intervenue avant que le drame ne survienne.
 
Mais qui est vraiment Alex Jones ?
Donald Trump lui-même semble devenir le porte-parole des fausses informations que diffuse le conspirationniste texan. Lorsque le président déclare que des musulmans ont célébré les attentats du 11 Septembre dans le New Jersey, que Barack Obama soutient secrètement Daech, il reprend tout bonnement les théories fumeuses propagées par InfoWars. Lorsqu’il était candidat, durant les primaires républicaines, Trump avait fait les gros titres lorsqu’il avait participé à l’émission de radio d’Alex Jones durant plus d’une heure et demie. Les deux hommes se connaissent, se soutiennent et s’entraident donc depuis déjà un petit moment.
 
Celui qui compare Hillary Clinton à un “monstre psychopathe abject sorti des enfers”, s’est fait connaître du public en 1995, lors de l’attentat à la bombe contre le bâtiment fédéral à Oklahoma City. Il affirmait que le drame n’était qu’un coup monté par la gouvernement.  En plus de son job d’animateur de radio, Alex Jones a écrit et produit plusieurs films, dont Une histoire du terrorisme sponsorisé par le gouvernement ; 9/11, la route vers la tyrannie ; La déception Obama : Quand le masque tombe, ou encore La Chute de la République, voi. 1 : la présidence de Barack Obama.
 
Reconnaissons au choix des sujets explorés une cohérence parfaite avec le personnage. Suivi par près de 570 000 personnes sur Twitter, il dit “se battre pour la liberté d’expression, en première ligne du journalisme de la vérité“. Il consacre d’ailleurs un article à Marine Le Pen et la polémique sur le voile lors de son déplacement à Beyrouth. En ne manquant pas d’écrire que “sa position a provoqué des louanges sur les réseaux sociaux“, tweets à l’appui.
 
En matière de théorie conspirationniste, on ne présente plus l’Américain Alex Jones, fondateur du site d’extrême droite InfoWars et auteur d’une émission de radio, The Alex Jones Show. Il a nourri les plus grandes œuvres du genre. La théorie du complot sur le 11-Septembre et sur la tuerie de l’école Sandy Hook (des complots du gouvernement), et celle sur la pizzeria Comet Ping Pong de Washington (un coup des démocrates).
 
Dernière trouvaille en date, M. Jones a invité en plateau Robert David Steele, un homme présenté comme un ancien agent secret, pour commenter l’inculpation pour agressions sexuelles du cardinal australien George Pell, l’argentier du Vatican. Comme tout bon conspirationniste, M. Steele est persuadé que ces accusations sont un coup monté pour dissimuler des faits plus graves.
 
Il se met donc rapidement à évoquer un trafic de grande ampleur : on enverrait des enfants sur Mars qui, au terme d’un voyage de vingt ans, deviendraient esclaves d’une colonie installée sur cette planète. « Nous pensons qu’il existe une colonie sur Mars, peuplée d’enfants kidnappés et envoyés dans l’espace », explique Robert David Steele. « Une fois sur Mars, ils n’ont pas d’autre alternative que de devenir esclaves de la colonie. » M. Jones renchérit en affirmant que la NASA, l’agence spatiale américaine, ne « souhaite pas qu’on regarde de plus près » ce qui se passe sur Mars, preuve qu’il s’y passe des choses pas très nettes.
 
Il y a quelques années, cette théorie conspirationniste aurait sans doute été reléguée au rang des affabulations proférées par quelques hurluberlus dans des zones lointaines de l’Internet, là où elles n’auraient eu aucune chance d’avoir un impact sur le réel. Mais la NASA a démenti les propos de M. Steele sur la supposée colonie d’esclaves. Un porte-parole interrogé par le site Daily Beast a coupé court aux fantasmes en affirmant : « Il n’y a pas d’êtres humains sur Mars. »
 
Dans cette histoire, c’est moins le contenu farfelu de la théorie qui pose question que le fait que l’agence spatiale américaine ait pris le temps de répondre. Pourquoi une institution de cette ampleur se donne-t-elle la peine de réfuter de tels propos ?
 
Ce démenti semble montrer la place qu’occupent désormais M. Jones, son émission et son site Web dans le paysage médiatique américain. Bien sûr, les théories conspirationnistes existent depuis longtemps. Mais elles sont aujourd’hui considérées plus sérieusement dans un espace médiatique où les fausses informations se mélangent aux vraies, non plus seulement sur Internet mais jusque dans la communication présidentielle.
 
Par ailleurs, l’élection de Donald Trump a contribué à tirer InfoWars des rangs des sites conspirationnistes délirants pour en faire – presque – un véritable média. Ce site d’information d’extrême droite, répertorié comme un relais de « fake news » par de nombreux sites et organismes et dont la chaîne YouTube est suivie par 2 millions d’internautes, a activement soutenu la campagne de M. Trump.
 
Le président américain a été reçu dans l’émission de M. Jones à la fin de l’année 2015, où il a d’ailleurs complimenté le présentateur sur son « incroyable popularité ». Le 22 mai 2017, le site a obtenu des accréditations d’une journée (moins prestigieuses que les accréditations permanentes) à la Maison Blanche, ce que le correspondant d’InfoWars à Washington s’est empressé de préciser sur Twitter. En janvier, M. Jones s’était déjà vanté d’être accrédité. La Maison Blanche avait démenti.
 
Le site conspirationniste n’est pas seulement connu pour son soutien à l’occupant du bureau Ovale. C’est aussi devenu une « voix » influente d’Internet, dont les affabulations ont des conséquences bien réelles. Le « pizzagate », par exemple, a pris une forte ampleur à la fin de la campagne présidentielle.
 
Cette théorie, nourrie par InfoWars, voulait qu’un réseau pédophile mené par des proches de la candidate démocrate Hillary Clinton ait trouvé refuge dans les sous-sols de la pizzeria Comet Ping Pong, un restaurant de la capitale, Washington DC. Un homme s’y est finalement rendu avec une arme pour « mener sa propre enquête » et sans doute, imaginait-il, libérer des enfants retenus prisonniers… Pour cette affaire, M. Jones a été condamné à présenter des excuses après une plainte du restaurateur contre lui.
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