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Publié par Bob Woodward

Changement de programme en Turquie ?
Le ministère de l'Education turc a annoncé que la tentative de coup d'Etat de juillet 2016 serait désormais enseignée aux élèves, au même titre que le djihad conçu comme «l'amour de la nation». La théorie de Darwin en sera en revanche absente. La théorie de l’évolution ? « C’est un sujet discutable, controversé et trop compliqué pour les étudiants », selon le président du conseil d’éducation turc. Elle ne sera donc plus enseignée. Adieu, Darwin.
 
« Nous pensons que ces sujets dépassent la compréhension des élèves ». Ainsi s’exprime Alpaslan Durmuş, un des responsables de l’enseignement supérieur en Turquie, dans une vidéo publiée sur le site Web du ministère de l’éducation. Ce qu'il remet en cause ? La théorie de l’évolution, tout simplement. Le darwinisme, si vous préférez.
 
Alpaslan Durmuş, qui préside le conseil d’éducation, a notamment déclaré que l’évolution est « un sujet discutable, controversé et trop compliqué pour les étudiants ».
 
Et pour cause : l’évolution en tant que concept est refusée par nombre de responsables musulmans traditionnels au Moyen-Orient, qui croient qu’il contredit l’histoire de la création dans les Écritures, dans laquelle Dieu a fait de la vie le premier homme, Adam, après l’avoir façonné avec de l’argile.
 
Quoi qu’il en soit, le chapitre sur l’évolution a été carrément supprimé des livres de cours de biologie de la neuvième année d’étude.
 
De quoi donner raison à l’opposition laïque qui, en Turquie, soutient que le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan poursuit un programme islamiste dissimulé contraire aux valeurs fondatrices de la République.
 
L’éducation est évidemment au cœur des débats : c’est elle qui façonne les générations futures. Et jusqu’ici, les protestations à petite échelle des parents dans les écoles locales n’ont guère rencontré d’écho.
 
Pourtant, le sujet de l’évolution a déjà animé les débats politiques en début d’année, lorsque Numan Kurtulmuş, premier vice-Premier ministre, a décrit cette théorie comme « archaïque et dépourvue de preuves ». Et quand le ministère de l’Éducation a indiqué qu'il allait augmenter le nombre d’heures consacrées à l’étude de la religion.
 
Ce nouveau débat entre tenants de l’islamisme et défenseurs de la laïcité intervient dans un pays qui, voici deux mois, a approuvé - de justesse - un référendum accordant au président Erdoğan de nouveaux pouvoirs. Et où les idéaux néo-ottomans, qui considèrent la Turquie comme l’avant-garde d’une grande nation islamique, gagnent du terrain au détriment d’une opposition laïque muselée.
 
Le ministère de l'Education turc vient d'annoncer une vaste réforme des programmes scolaires, qui devrait entrer en vigueur dans certaines classes dès la rentrée 2017, avant d'être étendue à l'ensemble des niveaux dès l'année scolaire 2018-2019. Le 18 juillet, le quotidien Hurriyet rapporte notamment l'introduction de l'apprentissage de «la véritable signification du djihad» et la disparition de toute référence à la théorie de l'évolution des espèces de Charles Darwin.
 
«Le djihad est un élément de notre religion : il en fait partie, et il est donc du devoir du ministère de l'Education d'enseigner ce concept de manière appropriée», a déclaré le ministre Ismet Yilmaz, cité par le quotidien turc. «Il nous appartient de corriger ce qui est mal perçu, mal vu ou mal enseigné», a-t-il poursuivi, faisant référence au rapprochement, jugé fallacieux par de nombreux universitaires, du terme «djihad» avec l'idée de terrorisme islamique — le terme arabe «jihad» signifiant initialement «combat intérieur», notamment contre la tentation.
 
Mais l'interprétation que souhaite livrer le ministère de l'Education est-elle pour autant plus conforme aux exégèses coraniques ? «Le véritable sens du djihad, c'est l'amour de sa nation», a estimé Ismet Yilmaz. «Il s'agit de se rendre utile à la société, d'améliorer le bien commun, d'assurer la paix, de combler les besoins de la société», a-t-il continué.
 
Autre nouveauté qui attend les écoliers turcs : l'introduction dans leur enseignement de l'histoire du coup d'Etat raté contre le président Recep Tayyip Erdogan le 15 juillet 2016. Le jour est d'ailleurs devenu officiellement la «Journée de la démocratie et de l'unité nationale» et fait la part belle aux commémorations. «Lorsque la question de la démocratie sera abordée en classe, le 15 Juillet sera également abordé», explique Ismet Yilmaz.
Changement de programme en Turquie ?
Les ennemis de la démocratie selon l'Etat turc seront aussi nommés explicitement en classe : l'Etat islamique figure sur la liste au même titre que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), réputé très à gauche et entretenant des vues séparatistes qui l'opposent violemment à Ankara depuis plusieurs décennies.
 
Après plusieurs annonces évoquant le retrait de la théorie de l'évolution de Charles Darwin des programmes, Ismet Yilmaz a confirmé que celle-ci ne serait plus enseignée, mais se défend de toute motivation idéologique ou religieuse. Elle serait tout simplement «hors de portée des élèves et pas pertinente à ce stade».
 
Mehhmet Balik, président de l'Union des enseignants et des chercheurs (Egitim-Us), a vivement condamné ces nouveaux programmes, dont il estime que le but consiste à «élever des générations d'élèves qui ne poseront pas de question». Selon des propos rapportés par Reuters, Mehhmet Balik s'inquiète d'une politique qui «détruit le principe de laïcité», alors qu'une loi contraint toutes les écoles à disposer d'une salle de prière.
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