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Publié par Bob Woodward

Somalie: entre Al Qaeda et Daech ?
L’attaque qui a fait 31 morts est la première menée par les Chabab dans la capitale somalienne depuis le 27 mai, début du ramadan.
 
Les Chabab, qui ont été chassés de Mogadiscio en août 2011, cherchent à renverser le gouvernement soutenu par les pays occidentaux et à imposer une vision salafiste djihadiste de l’islam.
Au moins 31 personnes ont été tuées dans l’attaque de deux restaurants de la capitale somalienne Mogadiscio par un commando des islamistes radicaux Chabab (« jeunesse », en arabe), a annoncé jeudi 15 juin, un porte-parole du gouvernement somalien.
 
L’attaque a débuté mercredi soir par l’explosion d’un véhicule suicide et a visé deux restaurants : le restaurant-club Posh Treats, populaire chez les jeunes de la capitale et les Somaliens de la diaspora et le restaurant Pizza House voisin.
 
Les opérations ont duré plusieurs heures, avant que les forces de sécurité parviennent finalement à neutraliser tous les assaillants retranchés dans le restaurant Pizza House, où se trouvaient la plupart des victimes de l’attaque. Pizza House est un restaurant en plein air populaire pour l’iftar, le dîner de rupture du jeûne.
 
Cette attaque est la première menée par les Chabab à Mogadiscio depuis le 27 mai, début du ramadan, période généralement propice aux attaques des militants djihadistes.
 
Les Chabab, affiliés à Al-Qaida et en lutte depuis une décennie contre les fragiles autorités somaliennes, ont revendiqué l’attaque en affirmant avoir visé « un night-club » fréquenté par « des étrangers et des responsables du gouvernement et des services de renseignement ».
 
Les Chabab ont été chassés de Mogadiscio en août 2011 par la mission militaire de l’Union africaine (Amisom) – déployée en 2007 et qui compte 22 000 hommes aujourd’hui. Le groupe terroriste islamiste somalien multiplient les attentats-suicides, pour renverser le gouvernement soutenu par les pays occidentaux et imposer une vision salafiste djihadiste de l’islam.
 
Muhammad Abu Abdalla, bras droit de feu Ahmed Abdi «Godane », « émir » suprême des Shebab tué en septembre 2014, a menacé dès 2015 d'« égorger » les membres du mouvement qui seront tentés de s'allier avec l'État islamique (EI).
 
C’est Al-Qaïda ou rien ! Chez les Shebab, tout combattant qui voudrait rejoindre Daesh risque désormais d’être « égorger ».  En tout cas, c’est ce que leur promet Muhammad Abu Abdalla, l’un de leurs chefs. « Quiconque dit appartenir à un autre mouvement islamique, tuez-le immédiatement », a-il lancé sur les ondes d’une radio qui leur est proche.
 
« C’est une décision collective : quiconque veut adhérer à un autre groupe islamique doit quitter le pays et les rejoindre là où ils se trouvent », a poursuivi ce chef shebab. « Je jure, au nom de Dieu, que nous ne tolérerons pas les actes de saboteurs ». Entendez ceux qui veulent prêter allégeance au groupe État islamique.
 
Muhammad Abu Abdalla est un proche de feu Ahmed Abdi « Godane », « émir » suprême des Shebab tué en septembre 2014, qui avait fait allégeance dès 2009 à Oussama Ben Laden. Le numéro un d’Al-Qaïda et successeur de Ben Laden, Ayman Al-Zawahiri, avait promu Godane chef des « moujahidines » d’Afrique de l’Est, après la mort le 8 juin 2011 à Mogadiscio du Comorien Fazul Abdullah Muhammad, chef d’Al-Qaïda dans la région.
 
Des divisions sont apparues au sein des Shebab à la faveur de la montée en puissance de Daesh, qui attire de plus en plus de jihadistes étrangers et de groupes islamistes.
 
Si la direction actuelle reste fidèle à Al-Qaïda, des figures-clés du mouvement militent pour un rapprochement avec l’État islamique (EI). Un chef local des Shebab, Abdul Qadir Mumin, a fait allégeance fin octobre à l’EI, mais il semble qu’il ait été peu suivi au sein de ses troupes.
 
Selon des observateurs, seule une poignée de groupes shebab ont récemment fait défection vers l’EI. Ils ont été châtiés et leurs chefs tués par les fidèles d’Ahmed Diriye, le successeur de « Godane », qui cherche à raffermir son autorité.

Une vidéo diffusée par Daech annonce l’installation d’un camp d’entrainement au Puntland, dénommé « Commandant cheikh Abou Nouman », du nom d’un ancien officier des Shabaab, assassiné par eux après qu’il ait fait défection en faveur de Daesh.

Somalie: entre Al Qaeda et Daech ?
Sans prétendre être un État à part entière, le Puntland est une province de Somalie qui a fait sécession et dispose d’un gouvernement indépendant. Il s’agit en fait d’un État-pirate que les États-Unis avaient encouragés pour empêcher le passage des navires chinois et russes dans le détroit de Bab el-Mandeb, et qu’ils abandonnèrent lorsque la Chine et la Russie envoyèrent leur Marine de guerre escorter leurs cargos—la CIA est en train de reconstituer son équivalent avec l’Émirat islamique de Mukalla, situé sur l’autre rive, au Yémen—.
 
Il n’est pour le moment pas possible de savoir si Daesh est soutenu par le Puntland ou s’il s’est installé sur ce territoire désorganisé. Cependant, cette hypothèse reste probable, les Shabaab étant soutenus par l’Érythrée et le Somaliland contre la Somalie et le Puntland.
 
En outre à la faveur de la guerre entreprise par la « Force commune arabe » à l’initiative de l’Arabie saoudite au Yémen contre les partisans de l’ancien président Saleh et les Houthis, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) a reconstitué l’ancien sultanat de Qu’aiti.
 
Le sultanat, qui a disparu en 1966, était constitué autour des ports de Mukalla et de Shihr. Aujourd’hui, l’Émirat islamique de Mukalla est riche d’un trésor de guerre d’au moins 1,4 milliards de dollars et perçoit au moins 2 millions de dollars de taxes quotidiennes. Selon Reuters, Al-Qaïda disposerait d’au moins un millier de combattants à Mukalla.
 
Al-Qaïda contrôle donc désormais 600 kilomètres de côtes à la sortie du Golfe d’Aden par lequel transite un tiers du pétrole mondial. Identiquement, Al-Qaïda contrôle aujourd’hui la ligne de démarcation séparant la Syrie d’Israël, en remplacement des Forces des Nations unies.
Somalie: entre Al Qaeda et Daech ?

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