Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Pourquoi ont-ils détruit la "bossue" ?

Le minaret penché de Mossoul, surnommé "la bossue" par ses habitants, était l'un des monuments les plus emblématiques d'Irak, l'équivalent de la tour de Pise ou de la tour Eiffel. Mercredi soir, il a été anéanti.

 

La "hadba" --bossue en arabe-- datait du XIIe siècle et représentait le dernier vestige de la mosquée originale al-Nouri, dont la version moderne a également été détruite mercredi.

 

Le groupe Etat islamique (EI) est accusé d'avoir fait exploser les deux structures à l'approche des forces irakiennes, alors que les jihadistes assurent qu'ils ont été détruits par l'aviation américaine, à la tête d'une coalition engagée dans la lutte contre l'organisation ultraradicale.

 

La mosquée tenait son nom de Noureddine al-Zinki, l'unificateur de la Syrie qui régna également un temps sur Mossoul et ordonna sa construction en 1172. Ce prédécesseur de Saladin est une figure de la résistance aux Croisades, à laquelle il associa pour la première fois la notion de jihad.

 

La mosquée avait été détruite et reconstruite en 1942 dans le cadre d'un projet de rénovation. Le minaret était visible depuis de nombreux secteurs de la ville, notamment de la rive est, de l'autre côté du Tigre, le fleuve qui sépare la ville en deux.

 

L'avancée des forces de sécurité vers la mosquée al-Nouri s'inscrit dans le cadre d'un assaut lancé dimanche sur la vieille ville, considéré comme la bataille la plus difficile depuis le début de l'offensive pour reconquérir Mossoul.

 

Le secteur toujours contrôlé par les jihadistes est relativement petit mais les rues étroites et la présence de nombreux civils rendent l'avancée des forces irakiennes extrêmement délicate, alors que les combattants de l'EI opposent une farouche résistance.

 

Quelque 100.000 civils sont "retenus comme boucliers humains" dans la vieille ville, selon l'ONU.

 

Si les forces irakiennes ont progressé en direction de la mosquée al-Nouri, des commandants irakiens préviennent que la bataille du Vieux Mossoul est loin d'être finie.

 

Interrogé sur la destruction du minaret et de la mosquée mercredi, un habitant de la partie ouest de Mossoul a indiqué que les vies humaines étaient bien plus importantes qu'un monument historique.

 

"Même si c'était le symbole (...) de Mossoul, il y a des gens qui ont été tués. Ils sont bien plus précieux que le minaret", a déclaré Yasser Ali, 38 ans.

Berceau de la civilisation, l'Irak regorge de sites historiques remarquables. La "hadba" en fait partie, au même titre que le minaret en spirale de la grande mosquée de Samara ou l'arche de Ctésiphon, respectivement au nord et au sud de la capitale.

Pourquoi ont-ils détruit la "bossue" ?
Décoré de motifs géométriques en briques, ce minaret était surmonté d'un dôme blanc. D'une hauteur de 45 mètres, et doté d'une silhouette peu ordinaire, il a dominé la deuxième ville d'Irak durant des siècles, avant de s'effondrer mercredi vers 21H30.
 
Mossoul et ses habitants ont perdu un symbole: le monument était imprimé sur les billets de 10.000 dinars irakiens. Son nom, lui, apparaissait sur les devantures des restaurants, des entreprises et même des salles de sport.
 
Sa forme originale a nourri mille et une histoires populaires. L'une dit que le minaret s'est incliné sous les pas du prophète Mahomet. Une autre affirme qu'il a pris cette forme après avoir salué la Vierge Marie.
 
Cette admiration populaire était honnie par le groupe extrémiste. Les jihadistes avaient déjà, selon des témoins, menacé la "bossue" mais leur action avait été contrecarrée par des habitants qui avaient formé une chaîne humaine autour.
 
Jeudi, les Irakiens se sont réveillés abasourdis. C'est comme si la France perdait du jour au lendemain sa tour Eiffel, expliquaient des internautes irakiens sur les réseaux sociaux pour souligner l'ampleur de leur douleur. Les comparaisons avec la tour de Pise étaient aussi nombreuses.
 
"Cette nouvelle destruction creuse les blessures d'une société déjà affectée par une tragédie humanitaire sans précédent", a déploré la directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova.
 
Le président irakien Fouad Masoum a plaidé pour une reconstruction du minaret. Sans toutefois préciser si la "bossue" garderait sa silhouette si singulière.
Pourquoi ont-ils détruit la "bossue" ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article