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Publié par Bob Woodward

Le virage diplomatique de Macron ?
Dans un entretien accordé à huit journaux européens, Emmanuel Macron expose les grandes lignes de ce que sera sa diplomatie : rapprochement avec la Russie, lutte contre l'Etat islamique comme objectif principal, nécessité de "la stabilité de la Syrie". Autant de positions qui détonnent avec les hésitations d'un François Hollande.
 
C'est bien plus qu'un entretien, c'est une véritable feuille de route qui fait table rase du passé. Emmanuel Macron, tout juste installé dans son fauteuil de président de la République, a décidé de ne pas perdre de temps sur le dossier syrien. Dans un entretien donné à huit quotidiens européens dont Le Figaro et Le Temps, publié ce jeudi 22 juin, le chef de l'Etat s'exprime longuement sur ses aspirations européennes, la diplomatie française et la place de la France dans un monde redevenu multipolaire. Et d'y assumer un véritable tournant diplomatique sous le signe de la "realpolitik" en ce qui concerne la crise politique et militaire qui secoue le Moyen-Orient.
 
Sur l'analyse d'abord, Emmanuel Macron pose un constat clair et précis (et nécessaire) sur les raisons qui ont vu la Russie devenir incontournable en Syrie. "Les Etats-Unis ont fixé des lignes rouges mais ont fait le choix in fine de ne pas intervenir. Qu’est-ce qui a affaibli la France ? De définir politiquement une ligne rouge et de ne pas en tirer les conséquences. Et qu’est-ce qui a du coup libéré Vladimir Poutine sur d’autres théâtres d’opérations ? Le fait d’avoir constaté qu’il avait face à lui des gens qui avaient des lignes rouges mais ne les faisaient pas respecter", explique le chef de l'Etat. Ce qui le conduit, une fois ce constat posé, à penser une stratégie diplomatique et politique dégagée des erreurs du passé pour être la plus utile aux intérêts français.
 
"Je respecte Vladimir Poutine. J’ai eu avec lui un échange constructif. Nous avons de vrais désaccords, sur l’Ukraine en particulier, mais il a vu aussi ma position", poursuit le président, rappelant ainsi que la Russie est un partenaire de la France tout en actant les désaccords existants. De quoi faire rougir un François Hollande ou un Jean-Marc Ayrault qui en appelaient en permanence à des "sanctions" contre le géant Russe. Puis, Emmanuel Macron lâche : "Il y a la Syrie. Sur ce sujet, ma conviction profonde, c’est qu’il faut une feuille de route diplomatique et politique. On ne réglera pas la question uniquement avec un dispositif militaire. C’est l’erreur que nous avons collectivement commise. Le vrai aggiornamento que j’ai fait à ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m’a présenté son successeur légitime !" Une déclaration qui tranche radicalement avec la position qui a longtemps servi de boussole au ministère des Affaires étrangères. Pour rappel, en 2012, Laurent Fabius, alors le patron du Quai d'Orsay, tonnait contre un "M. Bachar el-Assad (qui) ne mériterait pas d'être sur la Terre", estimant que "le régime syrien devait être abattu et rapidement".
 
"Le vrai aggiornamento que j’ai fait à ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout", rappelle Emmanuel Macron.

Interrogé fin 2012 sur TV5 Monde sur la position de la France par rapport au groupe djihadiste Front Al Nosra (aujourd'hui rebaptisé Front Fatah al-Cham), Laurent Fabius répétait le "souhait" de la France de voir "Monsieur Bachar" tomber. Une ligne de conduite que Jean-Marc Ayrault, son successeur, poursuivra à son tour avant que François Hollande, après les attentats du 13 novembre, décide d'amorcer un rapprochement avec la Russie et le régime de Bachar el-Assad pour lutter efficacement contre l'EI.

Le virage diplomatique de Macron ?
Mais revenons à l'entretien, Emmanuel Macron, affirme ainsi les objectifs de la France en Syrie. "Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. C’est dans cette région qu’ont été fomentés des attentats terroristes et que se nourrit l’un des foyers du terrorisme islamiste. Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiquer, en particulier de la Russie", rappelant ainsi un certain… Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle.
 
Puis, le chef des armées défend la nécessité de "la stabilité de la Syrie, car je ne veux pas d’un Etat failli. Avec moi, ce sera la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fut le résultat de ces interventions ? Des Etats faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie." Une position qui pourrait être inspiré par l'ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine selon le chercheur Frédéric Pichon et le grand reporter Georges Malbrunot.
 
Et qui rapproche de facto les objectifs de la France de ceux de Vladimir Poutine : empêcher que l'Etat syrien de s'effondre. D'ailleurs plus loin, Emmanuel Macron analyse très justement les raisons du soutien de la Russie à Bachar el-Assad : "Je ne crois pas que [Vladimir Poutine] ait une amitié indéfectible à l’égard de Bachar el-Assad. Il a deux obsessions : combattre le terrorisme et éviter l’Etat failli. C’est pour cela que sur la Syrie des convergences apparaissent. Longtemps nous avons été bloqués sur la personne de Bachar el-Assad. Mais Bachar, ce n’est pas notre ennemi, c’est l’ennemi du peuple syrien (…) Que peut-on faire ? Réussir à travailler ensemble sur la Syrie pour lutter contre le terrorisme et déboucher sur une vraie sortie de crise."
 
Un entretien étonnant et détonnant qui a le mérite de tirer les leçons des errances diplomatiques françaises sur le dossier syrien. Et qui laisse entrevoir la possibilité pour la France de revenir sur le devant de la scène internationale. Affaire à suivre.
Le virage diplomatique de Macron ?
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