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Publié par Bob Woodward

Le Rif, vecteur de déstabilisation au Maroc ?
Alors que les arrestations se poursuivent à Al Hoceima, la ville au cœur de la contestation dans la région du Rif au nord du Maroc, un collectif d’intellectuels et de militants demande une intervention du roi pour arrêter la politique répressive et libérer tous les manifestants incarcérés.
 
« Il faut absolument que les détenus du Rif soient libérés avant l’Aïd », implore le médecin Mohamed Nes Nash, porte-parole de « l’initiative civile pour le Rif », un collectif d’universitaires et de responsables d’organisations de défense des droits humains marocains créé il y a près de deux mois pour comprendre le « hirak » le mouvement de contestation qui secoue la région du Rif dans le nord du Maroc depuis près de huit mois. Et pour se faire une opinion à l’abri de l’idéologie véhiculée dans les médias marocains ou des excès de certains médias internationaux prompts selon eux à faire état d’une situation de quasi-guerre civile à Al Hoceima, la ville épicentre de la contestation.
 
« La fête de la fin du mois de Ramadan est une occasion traditionnelle de grâce royale, nous en appelons donc au roi pour que tous les manifestants qui ont été emprisonnés ou condamnés soient libérés », précise l’ancien président de l’organisation marocaine des droits humains (OMDH).
L’appel a été lancé vendredi 16 juin dans la soirée à l’issue d’une « conférence nationale » sur le « hirak » organisée à Tanger par le conseil de la région du Nord, en présence de plusieurs ministres, de représentants de partis politiques et de la société civile.
 
Après avoir mené une commission d’enquête à Al Hoceima, et avoir entendu les manifestants, les familles des détenus, les partis politiques, le wali (préfet), etc., les membres de l’initiative ont été convaincus du bien-fondé des revendications économiques et sociales des habitants de cette région déshéritée du Maroc et longtemps en délicatesse avec le pouvoir central.
« Certaines de ces revendications doivent être exécutées dans les plus brefs délais, telle la création d’une université ou l’achèvement d’un hôpital spécialisé dans les traitements du cancer, avant que d’autres ne fassent l’objet d’un plan stratégique à plus long terme. Mais avant toute chose, il convient de libérer les détenus », insiste le porte-parole.
 
En cela l’initiative converge avec les revendications des manifestants dont la libération de plus de cent d’entre eux, arrêtés et incarcérés à Al Hoceima et à Casablanca depuis fin mai est devenue la priorité absolue. Une série d’audiences – et de jugements – est programmée jusqu’au 12 juillet pour les 47 détenus transférés à Casablanca, ceux sur lesquels pèsent les menaces de sanctions les plus lourdes. 25 d’entre eux ont d’ores et déjà été condamnés à 18 mois de prison ferme, un 26e a été condamné à 15 mois, et sept autres à de la prison avec sursis.
 
Les manifestations se sont déroulées de manière pacifique sans discontinuer depuis l’automne dernier, depuis le décès fin octobre d’un petit vendeur de poisson à la sauvette. Sa mort atroce, broyé par une benne à ordures, a symbolisé la « hogra », (le mépris) dont les Rifains s’estiment victimes et jeté les habitants dans la rue. Les manifestations se sont longtemps déroulées dans la quasi-indifférence des autorités.
Le vent a tourné lorsque le leader du mouvement aujourd’hui incarcéré, Nasser Zefzafi, s’en est vertement pris à un imam pendant le prêche de la grande prière du vendredi, le 26 mai dernier.
 
Les forces de l’ordre sont depuis lors massivement déployées dans Al Hoceima et procèdent quotidiennement à des arrestations. Les figures du mouvement, les militants les plus engagés, les journalistes font partie des cibles prioritaires.

Les promesses du gouvernement qui multiplie depuis quelques semaines les annonces de financements accélérés de projets longtemps restés en rade demeurent inaudibles tant celui-ci pratique en parallèle une répression tous azimuts et une politique d’intimidation, voire de menaces, à l’encontre des personnalités les plus charismatiques restées en liberté.

Le Rif, vecteur de déstabilisation au Maroc ?
Jeudi 15 mai en toute fin de soirée, la manifestation de quelques centaines de personnes, des jeunes pour la plupart, a rapidement tourné à l’affrontement, avec force lancers de pierres et de gaz lacrymogènes faisant plusieurs blessés de part et d’autre. La journée de vendredi donna lieu à de nouvelles arrestations – cinq aux dires des activistes – dont le journaliste Mohamed Hilali du site Rif press.
Dès lors que la machine sécuritaire et judiciaire est en marche, rien ne peut l’arrêter sauf la volonté du roi, estiment les membres de l’initiative. La grâce des condamnés et la libération des manifestants en détention préventive mettront selon eux de facto un terme à la politique répressive dans la région et permettra d’entamer un dialogue.
 
Les déclarations du président Macron faisant état des « préoccupations » de Mohamed VI face aux événements du Rif, à l’issue de sa rencontre avec le roi mercredi 14 juin sont interprétées comme un signe de l’imminence d’une intervention royale pour dénouer la crise.
Le roi du Maroc Mohammed VI est « préoccupé » par la situation dans le Rif, a assuré Emmanuel Macron, mercredi 14 juin. La région du nord du royaume est en proie depuis des mois à un mouvement de contestation populaire.
 
« Nous avons évoqué [la situation dans le Rif] dès le début de la visite », a déclaré au cours d’une conférence de presse le président français, à Rabat pour une visite « d’amitié et de travail ».
 
« Il ne m’appartient pas de juger d’un sujet de politique intérieure, mais le roi considère comme légitime qu’il y ait des manifestations, qui sont prévues dans le droit constitutionnel », a-t-il poursuivi. « Il souhaite apaiser la situation en répondant aux prémices de ces mouvements et en apportant une considération à cette région », a ajouté M. Macron.
 
Pour répondre aux revendications de la province d’Al-Hoceïma, l’Etat marocain a relancé ou accéléré un vaste programme de projets d’infrastructures. Parallèlement, la police a procédé depuis le 26 mai à plus d’une centaine d’arrestations, dont les principaux meneurs du mouvement. Quelque 86 personnes ont à ce jour été présentées à la justice, dont une trentaine ont été emprisonnées, et sont accusées notamment d’« atteinte à la sécurité intérieure ».
Le Rif, vecteur de déstabilisation au Maroc ?
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