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Publié par Bob Woodward

La Libye, pays de mercenaires ?
Un rapport du panel des experts des Nations Unies sur la Libye confirme que les Emirats Arabes Unis ont offert un soutien logistique et technique au général Haftar, le grand maître de l'Est libyen, qui refuse toujours de reconnaître le gouvernement d'union nationale basé à Tripoli et soutenu par la communauté internationale. Ce rapport met dans l'embarras les autorités émiraties accusées de participer au chaos libyen.
 
Ce transfert d'armement est une violation de l'embargo sur les armes sous lequel se trouve placée la Libye depuis la chute du général Kadhafi en 2011. Les experts onusiens ont réussi à prouver que les Emirats Arabes Unis avaient fourni des hélicoptères, des drones, des avions militaires et des véhicules blindés aux forces loyales au général Haftar et contribué à l'extension de la base aérienne d'Al Khadim entre 2014 et 2017. Des moyens aériens qui auraient permis au général Haftar d'assoir son emprise sur l'est et le sud libyen au détriment du pouvoir de Tripoli.
 
Le soutien des Emirats n'est pas nouveau mais c'est la première fois que des preuves formelles sont apportées : les experts onusiens ont en effet remonté les numéros de série des appareils, achetés en Biélorussie pour le compte des Emirats Arabes Unis pour être finalement livrés en Libye.
 
Les autorités d'Abu d'Dhabi ont refusé de s'expliquer. Mais ce rapport tombe on ne peut plus mal alors que les Emirats Arabes Unis et l'Arabie saoudite ont rompu les liens diplomatiques avec le Qatar accusé de financer le terrorisme, notamment en Libye. Ce rapport prouve que les Emirats jouent eux aussi un rôle déstabilisateur dans le pays.
 
Selon de même rapport des Nations unies, les camps rivaux en Libye utilisent comme supplétifs des combattants étrangers, originaires notamment du Darfour et du Tchad.
 
Des membres de la brigade Salah Bou-Haliqa brigade, loyale à l’homme fort de l’est libyen Khalifa Haftar, célèbrent le 5 juin à Benghazi une bataille victorieuse. Haftar s’appuie aussi sur des mercenaires soudanais du Darfour.
L’engagement de « mercenaires » étrangers en Libye est une vieille histoire. Lors de l’insurrection de 2011, Mouammar Kadhafi, champion du panafricanisme et hôte traditionnel d’insurgés venus de tout le continent, en avait enrôlé de nombreux au service de la répression. Il semble que les habitudes perdurent. Des groupes rebelles originaires du Darfour (Soudan) et du Tchad sont aujourd’hui impliqués dans la guerre civile en Libye, relève un rapport du panel des experts des Nations unies sur la Libye rendu public vendredi 9 juin.
 
Ces mercenaires sont engagés au service des deux blocs militaires qui s’affrontent sur le théâtre libyen. D’un côté, le camp du maréchal Khalifa Haftar, chef en titre de l’Armée nationale libyenne (ANL), homme fort de la Cyrénaïque (Libye orientale) et progressant ces derniers mois au cœur de la région méridionale du Fezzan. Et de l’autre, la galaxie de groupes armés gravitant autour de la puissante cité marchande de Misrata (Ouest) -, liée d’une manière lâche au gouvernement d’« union nationale » de Faïez Sarraj, soutenu par l’ONU et les capitales occidentales.
 
Dans cette quête de supplétifs étrangers, le maréchal Haftar a bénéficié des affinités passées entre l’ancien régime et les groupes darfouris. La présence d’ex-proches de Kadhafi aux côtés de Haftar a facilité la réactivation de ces liens à partir de la fin 2014. Ainsi l’Armée de libération du Soudan de Minni Minawi (SLA-MM), une des factions darfouris, s’est-elle déployée d’abord dans le Fezzan aux côtés des milices toubous – pro-Haftar – avant de remonter progressivement vers le Nord-Est, soutenant les efforts du chef de l’ANL visant à prendre le contrôle de certains sites du Croissant pétrolier.
 
Des chefs de la SLA-MM ont même été reçus en octobre 2016 à El-Marj, le quartier général de Haftar. Toutefois, les experts des Nations unies se font l’écho dans leur rapport de récentes difficultés, liées à des querelles au sein du groupe autour des rémunérations. Des hommes du rang et certains cadres, en conflit avec leurs chefs, chercheraient à retourner au Soudan.
 
Une autre faction, la SLA-al Nur, qui disposerait d’environ 1500 hommes en Libye, aurait également prêté son concours au maréchal Haftar, selon le rapport. Quant au Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), groupe darfouri d’obédience islamiste et qui fut un temps soutenu par le Tchad quand celui-ci était en conflit avec Khartoum, il aurait été sollicité à la fois par les islamistes libyens et l’ANL de Haftar pour finalement se ranger aux côtés de ce dernier. Là encore, des connexions avec des éléments de l’ancien régime Kadhafi auraient facilité ce choix.
 
Du côté des forces de Misrata, l’autre bloc politico-militaire en Libye, les connivences se nouent plutôt avec des groupes rebelles tchadiens. Le plus important est le Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT), crée en avril 2016 à partir d’une scission de l’Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), l’un des groupes qui en février 2008 était parti du Soudan pour buter sur les portes du présidentiel à N’Djamena. Le FACT, opposé au président tchadien Idriss Deby, opère à partir du Fezzan libyen. Il a été hébergé à Sabha, principale ville du Fezzan, par la Troisième Force, milice de Misrata déployée dans le sud libyen. Selon le rapport des Nations unies, l’implication du FACT aux côtés des forces de Misrata s’est approfondie à mesure que ces dernières se trouvaient engagées dans des combats contre l’organisation Etat islamique (EI) à Sirte ou contre l’ANL de Haftar à Juffrah, dans le nord du Fezzan.
La Libye, pays de mercenaires ?
Selon le rapport, le FACT aurait même prêté main forte en mars 2017 à la Brigade de Defense de Benghazi (BDB), un groupe anti-Haftar proche de Misrata, lors d’une éphémère prise de contrôle du Croissant pétrolier. Les effectifs du groupe tchadien oscille, selon les sources, entre 700 et 1500 combattants. La décision de N’Djamena de fermer sa frontière avec la Libye en janvier 2017 était à l’évidence liée à l’activisme du FACT en Libye. Après un raid aérien lancé en décembre par l’aviation de Haftar contre des positions du groupe à Juffrah, le gouvernement tchadien avait quelques raisons de craindre des tentatives d’infiltration des rebelles à ses frontières.
 
Aux yeux des auteurs du rapport, l’intervention sur le théâtre libyen de toutes ces factions armées étrangères, qui pénètrent aussi les réseaux criminels de contrebande et de traite d’êtres humains, accroît la déstabilisation de la Libye. Elle s’ajoute aux implications d’Etats de la région livrant du matériel militaire aux belligérants en violation de l’embargo sur les armes votée par le Conseil de sécurité des Nations unies. Sur ce sujet, le panel des experts, confirmant un phénomène déjà pointé dans son rapport précédent (mars 2016), révèle la fourniture à l’ANL du maréchal Haftar par les Emirats arabes unies (EAU) d’hélicoptères de combat Mi-24p.
La Libye, pays de mercenaires ?
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