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Publié par Bob Woodward

L'Etat Islamique survivra-t-il à la perte de Mossoul ?
L’État Islamique (EI) n’a pas besoin d’un territoire pour survivre. La proclamation du califat et l’effacement de la frontière entre l’Irak et la Syrie, en 2014, ont été utiles pour frapper les esprits. Mais c’était « un coup de bluff » qui a permis dès le départ à Daech de se différencier des autres groupes terroristes. Les djihadistes n’ont pas réellement besoin de ce territoire pour subsister, et ils vont probablement nous le prouver. Beaucoup de mouvements terroristes ne sont pas territoriaux et persistent pour autant.
 
Malgré son recul territorial, l’EI reste tout de même très actif que ce soit en Afghanistan, dans la péninsule du Sinaï ou en Libye. Et tant qu’ils sont « performants », les djihadistes n’ont pas à s’inquiéter pour leurs ressources économiques. Daech a beau perdre le contrôle de certaines ressources sur le territoire du califat, l’argent afflue toujours. Les gens qui les financent trouveront toujours un moyen de le faire, peu importe où ils se trouvent.
 
Les terroristes ont fait un « investissement d’avenir » en Irak et en Syrie, où ils concentraient leurs efforts sur des jeunes entre 13 et 14 ans. L’EI s’était relativement bien organisé son califat en petites unités. La perte du territoire n’affecte pas, pour le moment l’EI, qui reste présent dans de nombreux pays.
 
Une reconquête des territoires perdus est-elle possible ? À mon sens, l’EI n’a plus d’avenir en Irak, où seulement une petite partie de la population est sunnite. Les chances d’une reconstitution sont faibles. En Syrie, l’avenir nous le dira mais il est hautement probable que les djihadistes se dispersent. Les terroristes de Daech perdent leur « État » et s’éparpillent ailleurs. Les positions de l’EI se sont renforcées dans trois, quatre régions d’Afghanistan depuis quelques années. Les Russes ont donc choisi de soutenir les talibans, pour faire face à l’EI. Contrairement à Daech, les talibans souhaitent maîtriser leur pays, pas au-delà. Les Américains devront sûrement faire un choix : continuer à affaiblir les talibans ou faire de l’EI leur priorité.
 
L’État Islamique recherche l’expansion mondiale et ne se limite pas seulement au contrôle d’un territoire. Les djihadistes frappent ailleurs, dans d’autres pays musulmans et occidentaux. Quand on perd du terrain, inquiéter ailleurs permet de prouver qu’on existe toujours.
 
Toutefois les djihadistes n’arrivent pas à être présents partout. Par exemple, les Gay Prides de dimanche auraient pu être des cibles pour l’EI, qui rejette les valeurs occidentales et condamne l’homosexualité. Or elles ont été épargnées par les attaques.
 
Plus qu'un kilomètre carré. C'est le dernier réduit de l'Etat islamique (EI) à Mossoul, en passe de tomber aux mains de l'armée irakienne, ce qui constituerait une défaite stratégique pour la plus célèbre organisation djihadiste de la planète. Les forces irakiennes, qui ont lancé l'assaut sur la vieille ville le 18 juin et qui affirmaient dimanche soir en avoir repris les deux tiers, grignotent de 50 à 100 mètres par jour le repère de l'EI dans la co-capitale du « califat islamique » proclamé ici même il y a trois ans par son leader, Abu Bark al Baghdadi, que Moscou prétend avoir éliminé il y a cinq jours.
 
A ce rythme, il faudrait toutefois encore deux semaines pour liquider la dernière poche de l'EI, qui conserve des capacités de contre-attaque surprise, telle celle lancée dimanche soir dans les quartiers de Tanak, Yarmouk et Bab al-Toub à l'ouest de la ville.
 
L'EI, qui disposerait désormais de moins de mille combattants à Mossoul, mène des combats acharnés avec mines, snipers et motos kamikazes dans le dédale médiéval où les véhicules des deux camps ne peuvent opérer. La configuration du terrain où en outre 100.000 civils seraient pris au piège, confère un avantage indéniable aux défenseurs, même si l'armée irakienne dispose d'une écrasante supériorité en effectifs.
 
En outre, le gros de l'effort offensif repose sur les épaules de la seule division anti-terroriste dite « Division d'or ». Elle est forte de 3 brigades, soit 10 à 15.000 hommes, mais a subi des pertes importantes car cette systématiquement engagée dans les combats urbains depuis trois ans, étant la seule adaptée à ce type de combats. Conçue à l'origine, en 2003, comme un unité de forces spéciales avec formation et assistance des Américains, elle est relativement peu dotée en canons et blindés. Elle est engagée à Mossoul depuis octobre dernier . Bagdad dispose en outre de deux divisions d'infanterie et d'une division blindée, mais peu entraînées au combat urbain. Des forces spéciales occidentales sont aussi en appui très près de la ligne de front.
L'Etat Islamique survivra-t-il à la perte de Mossoul ?
La perte de Mossoul serait un terrible revers pour la propagande de l'EI, mais cela ne signerait toutefois pas la fin de l'organisation djihadiste, estime Stéphane Mantoux, agrégé d'histoire et spécialiste de l'EI.
 
Cette dernière « a eu le temps de se préparer, elle a déménagé sa bureaucratie ailleurs », à Deir ez-Zor notamment. Elle dispose de sanctuaires à l'ouest de Mossoul, à Tal Afar (qui est encerclée) et à al Bukamal al Qaïm, ajoute-t-il. Le « califat » islamique de l'EI dispose aussi encore de sa capitale syrienne, Raqqa. Mais la chute de cette dernière semble aussi inéluctable , puisqu'elle est quasi encerclée aussi et que les forces arabo-kurdes assistées par la coalition occidentale des FDS ont pénétré dans la ville par l'est début juin.
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On peut toutefois envisager qu'à la fin de l'été l'EI ne contrôle quasiment plus aucun territoire de manière permanente en Irak et Syrie, alors qu'à son apogée en 2015 il disposait d'un territoire équivalent au quart de ces deux pays peuplé de 8 millions de personnes taxables à merci. La disparition physique du califat porterait un rude coup aux djihadistes, dont la propagande est centrée sur « Allah est avec nous », mais n'anéantirait pas son idéologie, qui nourrit les attentats quasi-quotidiens dans le reste du monde.
L'Etat Islamique survivra-t-il à la perte de Mossoul ?

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