Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

L'Albanie va-t-elle mettre sous tutelle le Kosovo ?
Après le Kosovo le 11 juin, c'est au tour de l'Albanie d'avoir été convoquée à des élections législatives ce dimanche. Avec, en toile de fond, une «question nationale albanaise» irrésolue.
Les Albanais votaient dans le calme dimanche, lors de législatives qu'ils espèrent sans incident ni contestation pour convaincre l'Union européenne d'ouvrir rapidement les négociations d'adhésion de leur pays, l'un des plus pauvres d'Europe.
 
Le parti socialiste du Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis 2013, aborde en léger favori ce scrutin devant le Parti démocratique de Lulzim Basha (droite).
 
Le Premier ministre sortant Edi Rama, a appelé les sympathisants de son parti à redoubler d'efforts "pour recueillir la moindre voix".
 
"Notre but pourrait être réalisé même grâce à une seule voix", a-t-il dit.
 
"J'ai pleine confiance que nous allons avoir une très belle journée pour l'Albanie", a-t-il déclaré après avoir voté à Surrel, à quelque 15 km à l'est de Tirana.
 
Le leader de l'opposition Lulzim Basha a, de son côté, appelé les Albanais à "voter nombreux pour changer l'Albanie". "Notre vote est très important pour changer le pays", a-t-il déclaré aux médias à la sortie de son bureau de vote, dans le centre de Tirana.
 
A 08h00 GMT, le taux de participation était de 12,16%, selon des chiffres de la Commission élecrorale se basant sur un quart des 5.362 bureaux de vote.
 
Depuis la chute du communisme dans les années 1990, les scrutins ont été marqués par les violences, les contestations, les insultes et les fraudes. Pour la première fois, la campagne a semblé apaisée.
 
"La campagne a été paisible et je souhaite que cela continue jusqu'à la fin" du vote, confie Valentina Muzeqari, 67 ans, venue voter tôt pour, ensuite "continuer sa vie" et se rendre à la plage.
 
Selon le chef du gouvernement, les deux camps "demanderont, ensemble et après les élections, l'ouverture des négociations avec l'UE" à laquelle l'Albanie est candidate depuis 2014. "Une chose est certaine", a déclaré cette semaine Edi Rama, 52 ans: "le traitement du cancer qui a pris en otage l'Albanie a déjà commencé".
 
Une allusion à la réforme d'un système judiciaire profondément corrompu, qui était exigée par l'Europe et a finalement été votée par les deux grands partis albanais après des atermoiements. Mais la route reste longue, et la Commission européenne relève dans son dernier rapport que "la corruption continue (d'y) prévaloir".
 
Après les avoir toujours réfutées, M. Rama refuse désormais de répondre aux accusations de son rival Lulzim Basha, 43 ans, qui lui reproche, sans preuves, des liens présumés avec le crime organisé et d'avoir transformé le pays en "dépôt de drogue". Le cannabis reste un fléau dans le pays: l'herbe albanaise inonde l'Europe.
 
Après avoir abandonné le mois dernier sous pression occidentale sa menace d'un boycott du scrutin, le responsable de la droite a baissé d'un cran la violence de ses accusations.
 
Il a insisté sur son projet de "Nouvelle République" et sur "un programme centré sur l'économie (...), sur des baisses d'impôt, sur des bourses pour les jeunes et des subventions pour les agriculteurs", souvent poussés par la misère vers la culture du cannabis.
 
Pour les analystes, une "grande coalition" entre deux camps qui se distinguent surtout par les inimitiés personnelles mutuelles, n'est pas à exclure.
 
"Il y a un accord entre les partis politiques (...) pour une campagne plus calme que par le passé", dit le politologue Ardian Civici.
 
Il y a beaucoup moins d'affiches ou de bannières électorales que par le passé dans les rues des villes, dont les habitants n'ont qu'une chose en tête en allant voter: l'économie.
 
"De nombreux jeunes veulent quitter le pays, moi compris. Parce que nous devons travailler et que c'est très difficile de trouver un boulot", dit une étudiante en informatique de 23 ans, Ardiola Karalli.
 
Un tiers des jeunes sont au chômage. En un quart de siècle, la moyenne d'âge du pays est passée de 28 à 37 ans. Pour 2,9 millions d'Albanais restés au pays, 1,2 million sont partis, un record mondial.

Avec un salaire moyen de 340 euros, la population tente de survivre. Au chômage, Shqipe Berberi, 43 ans, qui vit à Kavaje, une banlieue à l'ouest de Tirana, dit qu'elle peine à nourrir ses enfants: "J'espère que le nouveau chef de gouvernement nous permettra de mieux vivre, car ceux qui ont été au pouvoir n'ont rien fait".

L'Albanie va-t-elle mettre sous tutelle le Kosovo ?
Dimanche 25 juin, les Albanais ont été appelés aux urnes pour solder la crise politique qui paralyse Tirana depuis des mois. Sous la pression de l’Union européenne et des Etats-Unis, le premier ministre social-démocrate, Edi Rama (PS) et le chef du Parti démocratique (PD), Lulzim Basha, se sont entendus pour organiser des législatives que l’opposition a longtemps menacé de boycotter. Si l’Albanie est, malgré tout, considérée comme un «pays stable» dans les Balkans, la «question nationale albanaise» a fait son retour dans les agendas régionaux.
 
Mi-avril, Edi Rama a provoqué une petite tempête en expliquant que si l’intégration européenne de son pays tardait à se concrétiser, la question de l’unification de l’Albanie et du Kosovo «ne pourrait plus être exclue». Placé sous le protectorat des Nations unies en 1999, Pristina a proclamé son indépendance en 2008. Les Occidentaux ont exclu la perspective d’une fusion des deux Etats, mais celle-ci est toujours revendiquée par le principal parti d’opposition du Kosovo, Vetëvendosje. Une formation qui a obtenu 27% des suffrages lors des élections du 11 juin et talonne la coalition des anciens commandants de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK), qui ne devrait pas être en mesure de dégager une majorité.
 
La formation d’un gouvernement kosovar conditionne la reprise du «dialogue» mené entre Pristina et Belgrade sous l’égide de l’UE, «dialogue» qui représente la clé de la «stabilité régionale» selon les Occidentaux. Or, durant la campagne électorale, Vetëvendosje a relativement peu parlé de «l’unification nationale», se concentrant sur les questions économiques et sociales, mais il n’entend pas renoncer au droit à «l’autodétermination». Les militants du parti rejettent le drapeau du Kosovo – choisi par les «parrains» occidentaux du pays – et ne brandissent que la bannière rouge frappée de l’aigle noir de l’Albanie.
 
La question de «l’unification nationale» est d’autant plus explosive que d’importantes minorités albanaises vivent également dans les Etats voisins, notamment en Macédoine, dangereusement fragilisée ces dernières années. Les sociaux-démocrates (SDMS) macédoniens ont fait le choix, après les élections du 11 décembre dernier, d’une alliance avec les partis albanais du pays, et sont parvenus à former une coalition d’alternance. Mais les nationalistes du VMRO-DPMNE dénoncent la «plateforme» commune adoptée fin décembre à Tirana par tous les partis albanais de Macédoine, y voyant une preuve flagrante de l’ingérence de l’Albanie voisine dans les affaires intérieures du pays.
 
L’accord prévoit seulement le respect des droits culturels et linguistiques de la communauté albanaise, mais l’outrance verbale du VMRO-DPMNE et les violents incidents qui se sont produits le 27 avril, quand les nationalistes ont investi le parlement, avaient pour objectif de raviver les tensions intercommunautaires, au risque de faire basculer le pays dans la guerre civile. Le brûlot a cette fois fait long feu, et la population, tant albanaise que macédonienne, n’a pas succombé aux appels à la haine.
 
Les déclarations d’Edi Rama représentent-elles pourtant une menace? Si Belgrade a aussitôt crié au loup, dénonçant les «complaisances» occidentales envers «les discours va-t’en guerre de Tirana», le journaliste serbe Dejan Anastasijevic dresse une analyse bien différente. Pour lui, le véritable drame est que «dix-huit ans après les derniers combats, le seul argument que la région soit capable d’avancer pour défendre son entrée dans l’UE soit la menace d’une nouvelle guerre». Et il ajoute aussitôt que c’est «probablement parce qu’il s’agit du seul argument que Bruxelles soit capable d’entendre».
En finir avec les promesses dilatoires
 
Les Balkans occidentaux ont, depuis le Sommet de Thessalonique de 2003, une «vocation» reconnue à rejoindre l’UE, et l’on a longtemps pensé que le projet européen parviendrait à «dépasser» les tensions nationales de la région. Mais la perspective de l’intégration ne cesse de s’éloigner et les frustrations s’accumulent. Une nouvelle réunion doit rassembler les Européens et les pays candidats en juillet en Italie. Au-delà des belles paroles, l’Union en arrivera peut-être à la conclusion qu’elle ne peut plus se contenter de promesses dilatoires. Son avenir se joue aussi, très largement, à ses frontières sud-est.
L'Albanie va-t-elle mettre sous tutelle le Kosovo ?

Commenter cet article