Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Kim Jong-nam: à qui profite le crime ?
Le demi-frère du leader nord-coréen Kim Jong-un aurait reçu la somme après avoir rencontré un agent américain. Pyongyang affirme qu'un complot était en cours pour tuer son «grand successeur».
Affaissé dans le dispensaire de l’aéroport de Kuala Lumpur, son tee-shirt relevé laissant voir son large ventre, les yeux clos… Sur sa dernière photo, prise quelques minutes avant sa mort, le 13 février, Kim Jong-nam, le demi-frère du leader nord-coréen Kim Jong-un, n’avait plus rien du flambeur globe-trotter qui posait dans un palace parisien en janvier, une coupe de champagne à la main. Fils aîné de Kim Jong-il, petit-fils du fondateur de la république populaire de Corée du Nord Kim Il-sung, il aura mené une vie marquée par le luxe et le rejet, l’adoration et l’exil. Né de l’idylle de Kim Jong-il avec l’actrice Song Hye-rim (l’«Adjani nord-coréenne», comme la surnomme l’historien Pascal Dayez-Burgeon, spécialiste des deux Corées), il est le chouchou de son père et programmé pour lui succéder à la tête du pays : «L’aîné perpétue le culte des ancêtres.» Sa mère est issue d’une famille de propriétaires terriens du Sud, ennemis désignés du régime. Sa naissance n’est donc pas reconnue par le patriarche Kim Il-sung. Tenu à l’écart de la famille officielle, élevé dans des palaces, il étudie en Suisse et au lycée français de Moscou. Mais Kim Jong-il désespère de ce fils plus fasciné par la bonne viande, l’alcool et les femmes que par les arcanes du pouvoir.
 
En 2001, c’est sous le nom de Pang Xiong, «Gros Ours» en chinois, que le fils indigne est arrêté à Tokyo avec un faux passeport dominicain, en route pour le Disneyland local. Kim Jong-il se saisit de ce prétexte et l’écarte au profit de son troisième fils, Kim Jong-un. Depuis, Kim Jong-nam vivait en exil entre Singapour, Macao et Pékin, père de trois enfants issus d’une double vie. Il aurait déjà échappé au moins à deux tentatives d’assassinat, en 2009 et 2012. Le jour de sa mort, il voyageait pourtant sans garde du corps, avec un passeport nord-coréen au nom de «Kim Chol».
 
Un riche homme d’affaires, une vodka-martini à la table de poker d’un casino. La scène n’est pas tirée d’un James Bond à Macao : c’était le quotidien de Kim Jong-nam. Il avait fait de l’île chinoise, capitale mondiale du jeu, son lieu de villégiature favori. Le playboy bedonnant était un habitué du Grand Lisboa Hotel, propriété du magnat du jeu Stanley Ho, proche du pouvoir nord-coréen et le seul à avoir été autorisé à ouvrir un casino dans le pays. Kim Jong-nam était-il un agent à la solde de son demi-frère ? Juliette Morillot, auteure de la Corée du Nord en 100 questions, l’assure : «Il avait pas mal fricoté à Macao.» Et aurait pu aider à renflouer les caisses de Pyongyang, toujours en quête de devises étrangères. «Jong-nam était un mafieux vivant avec l’argent du régime. Il était rentré plusieurs fois en Corée du Nord et avait continué à faire affaire avec son père», jusqu’à sa mort en 2011, confirme Pascal Dayez-Burgeon. En 2005, les Etats-Unis avaient gelé 24 millions de dollars d’avoirs nord-coréens de la Banco Delta Asia, banque macanéenne accusée de blanchiment d’argent et de crimes financiers au profit de Pyongyang.
 
Il est 9 heures du matin. Kim Jong-nam, veste claire et sac à l’épaule, cherche sur le tableau d’affichage de l’aéroport international de Kuala Lumpur le vol de 10 h 50 pour Macao. Il marche tranquillement dans le hall, quand deux femmes arrivent de directions opposées et lui appliquent un produit sur le visage. Pourquoi en Malaisie ? Peut-être parce que le pays était, jusqu’au 2 mars, l’un des rares où les Nord-Coréens pouvaient encore se rendre sans visa. Quatre d’entre eux auraient assisté à l’attaque avant de s’envoler pour Pyongyang via Jakarta, Dubaï et Vladivostok. La notice rouge d’Interpol lancée par la police malaisienne est arrivée trop tard pour les cueillir en vol. Les enquêteurs demandent à entendre trois autres Nord-Coréens, dont une huile de l’ambassade à Kuala Lumpur. Entre les deux anciens pays amis, les relations se détériorent à grande vitesse. Kuala Lumpur a donc annulé l’exemption de visas bilatérale. Malgré ses demandes, Pyongyang n’est pas autorisé à participer à l’enquête, et qualifie d’«illégale» l’autopsie, et d’«absurde» la thèse de l’empoisonnement. La Corée du Nord n’a toujours pas donné de nom au «citoyen» dont elle réclame la dépouille et le fils aîné de Kim Jong-nam, qui devait venir reconnaître le corps de son père, n’est jamais arrivé.
 
Il n’a fallu que vingt minutes à l’agent VX pour abattre ce gaillard de 45 ans. Le mode opératoire rappelle celui du parapluie à capsule de ricine dont a été victime en 1978 le dissident bulgare Georgi Markov, ou des sushis au polonium fatals en 2006 à Alexandre Litvinenko, ex-agent des services secrets russes réfugié à Londres. Le VX, cet agent neurotoxique dix fois plus puissant que le gaz sarin, est d’ailleurs une invention britannique de 1952, développée dans la foulée par les Américains. Indolore, incolore et à la texture huileuse, le VX s’attaque au système nerveux et entraîne deux arrêts : cardiaque d’abord, puis respiratoire. Sur la peau, 5 milligrammes de cet agent, classifié arme de destruction massive par l’ONU, suffisent à tuer un adulte de 70 kilos. La Convention internationale sur l’interdiction des armes chimiques (Ciac) avait prévu la destruction des stocks. Mais la Corée du Nord n’en est pas signataire.

Sur les images des caméras de surveillance, une des deux femmes qui agressent Kim Jong-nam porte un sweat blanc portant trois lettres noires : «LOL». Doan Thi Huong savait-elle qu’elle commettait un meurtre ? Selon son frère, cette Vietnamienne de 28 ans avait quitté les rizières où trimait sa famille pour étudier la pharmacologie à Hanoï. Pour la fête du Têt, en janvier, elle avait tapé de l’argent à sa belle-mère mais n’avait pas mentionné ses poses photoshopées en bikini à un show de moto de Hanoï. Employée selon la police dans «un lieu de divertissement» en Malaisie, Doan Thi Huong prenait en photo ses chambres d’hôtel et de jolis plats au restaurant, qu’elle postait sur sa page Facebook sous le nom de «Ruby Ruby». Quatre jours avant le meurtre, elle a mis en ligne un selfie où elle minaude, babydoll en salopette en jean avec le fameux sweat «LOL». Sur sa page, on trouve aussi une photo de coupe de glace multicolore et celle d’un nounours posé sur l’oreiller d’une chambre anonyme. Un de ses posts, écrit dans un coréen approximatif, dit «je t’aime, tu me manques». Maladroitement décolorée en blonde, elle a été arrêtée le surlendemain, affirmant qu’elle avait cru participer à un vidéo gag contre «100 dollars en monnaie locale proposés par quatre hommes». L’autre suspecte, l’Indonésienne Siti Aisyah, arrêtée un jour plus tard, affirme qu’elle ne connaissait pas Doan Thi Huong. Sur une vidéo mise en ligne par CNN, on la voit fêter son anniversaire la veille de l’attaque, son grand sourire révélant un appareil dentaire. Cette jeune maman dit avoir été payée 90 dollars pour lancer de «l’huile pour bébé» pour une caméra cachée. Inculpées de meurtre, elles risquent la pendaison.

Kim Jong-nam: à qui profite le crime ?
A qui profite le crime ?
 
La vengeance du frère :
Kim Jong-nam aurait été éliminé par son demi-frère, qui le voyait toujours comme un rival. Grande connaisseuse du pays, Juliette Morillot n’est pas convaincue : «Il était en dehors de tout, la plupart des Nord-Coréens ne le connaissent même pas. Il n’était ni activiste ni engagé politiquement.» Et même si Jong-nam était très proche de son oncle Jang Song-taek, exécuté en 2013, et critiquait dans les médias le régime de son demi-frère, il bénéficiait toujours d’un passeport diplomatique.
 
La stratégie politique :
Kim Jong-un aurait éliminé son aîné car Pékin prévoyait de le mettre au pouvoir à sa place. Mais, pour Pascal Dayez-Burgeon, la Chine ne cherche pas à renverser le pouvoir actuel : «Au contraire, Kim Jong-un est une bonne chose pour Pékin. C’est lui l’épouvantail, le méchant d’Asie.»
 
L’avertissement :
Les services secrets sud-coréens laissent entendre que Kim Jong-nam cherchait à faire défection et rejoindre Séoul, six mois après la fuite du numéro 2 de l’ambassade nord-coréenne à Londres. L’élimination spectaculaire de Kim Jong-nam tiendrait alors de l’avertissement clair aux traîtres en puissance et d’une démonstration de force qui prouverait ainsi au monde que la Corée du Nord a des armes chimiques et qu’elle sait les manipuler.
 
Les triades chinoises :
Businessman sans charisme, Kim Jong-nam menait une vie bling-bling. «Il était perclus de dettes et trempait dans des affaires pas très claires avec des Nord-Coréens dans toute l’Asie», affirme Juliette Morillot. L’infortuné aurait-il froissé les triades chinoises ?
 
La fausse piste :
«Une seule chose est sûre, affirme Juliette Morillot. Le mode opératoire porte la signature de la Corée du Nord. Mais le timing, l’endroit et le modus operandi sont tellement maladroits, le crime est tellement signé, que ça en devient louche.» A qui profiterait alors cette mise en scène ? La journaliste remarque que les images de l’aéroport ont été diffusées par Fuji TV, une chaîne nationaliste japonaise : «Pour l’instant, cela permet surtout à la Corée du Sud et au Japon de diaboliser la Corée du Nord, au moment où Kim Jong-un pouvait prétendre à un autre dialogue avec Trump.» Par ailleurs, s’il était prouvé que le poison a été introduit en Malaisie via une valise diplomatique, la Corée du Nord pourrait se voir interdite de représentations à l’étranger, au moment où elle recherche justement la reconnaissance diplomatique. L’agence de presse officielle nord-coréenne a de son côté accusé la Malaisie d’être responsable du décès de «Kim Chol», et de comploter avec la Corée du Sud.
 
Le faux pas :
Le commanditaire pourrait venir de Corée du Nord mais ne pas être Kim Jong-un… «L’appareil politique est tellement cloisonné qu’il a pu y avoir un hiatus de commandement, ce qui dénoterait une certaine faiblesse à la tête du pouvoir. Mais le pays est tant miné par les querelles de clan, il y a eu tant de purges, de personnes écartées, qu’une vengeance personnelle est aussi possible. On est dans le flou total», soupire Juliette Morillot. Les enquêteurs malaisiens donnant des informations au compte-gouttes, les rumeurs les plus folles circulant sans cesse, le mystère ne sera peut-être jamais résolu. Mais il vient envenimer encore un peu plus les relations de la Corée du Nord avec ses voisins, à un moment où la stabilité de la région est particulièrement menacée.
 
La vérité sur l’exécution du demi-frère de Kim Jong-un est-elle en train d’émerger ? Quand Kim Jong-nam a été empoisonné le 13 février à l’aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie avec du VX, un agent neurotoxique très puissant, il était en possession de 120 000 dollars (environ 107 000 euros). Selon le quotidien japonais Asahi Shimbum qui cite des sources policières malaisiennes, les enquêteurs ont trouvé dans les effets personnels de Kim Jong-nam quatre paquets de 300 billets neufs de 100 dollars disposés dans un sac noir.
 
Les autorités malaisiennes avancent également que le demi-frère du dirigeant nord-coréen a rencontré un homme américain ayant un lien avec les services de renseignement des Etats-Unis. Suspecté de transmettre des informations, il pourrait avoir été supprimé par le régime de Pyongyang en représailles.
 
Arrivé le 6 février en Malaisie, Kim Jong-nam, 45 ans, a passé cinq jours dans un hôtel de luxe de l’île touristique de Langkawi au nord de la Malaisie. Selon des officiels malaisiens, il s’est entretenu pendant deux heures le 9 février, avec un «homme étroitement associé à une agence de renseignement américaine». Les enquêteurs avancent qu’il est «probable que Kim ait transmis des informations utiles à son contact» et pourrait avoir été rétribué pour cela. Ils n’ont pas trouvé trace d’un quelconque retrait en espèces dans une banque en Malaisie.
Cash et casino
 
Kim Jong-nam, qui menait grand train dans les hôtels et les casinos de la région, n’avait pas déclaré la somme aux douanes alors qu’il repartait vers Macao où il passait l’essentiel de son temps en famille et en exil depuis le début des années 2000. Muni d’un passeport diplomatique de la Corée du Nord, il n’était pas tenu de le faire.
 
Par le passé, le nom de Kim Jong-nam a été évoqué pour des activités de blanchiment d’argent. Il a toujours gardé un œil sur les activités des sociétés nord-coréennes qui rapportent du cash au régime.
 
Le 13 février, deux femmes – la vietnamienne Doan Thi Huong et l’Indonésienne Siti Aisyah - avaient aspergé Kim Jong-nam avec du VX. Aux dires des Malaisiens, plusieurs agents nord-coréens étaient présents à l’aéroport de Kuala Lumpur pour s’assurer de la réussite de l’attaque. Au moins quatre d’entre eux auraient assisté à l’empoisonnement avant de s’envoler pour Pyongyang via Jakarta, Dubaï et Vladivostok.
 
Cette révélation intervient alors que de son côté, Pyongyang crie au complot contre son «Grand successeur». Depuis le mois de mai, pour faire diversion par rapport à sa probable responsabilité dans la mort de Kim Jong-nam ?, la Corée du Nord avance que les services de renseignement américain et sud-coréen ainsi qu’une ONG de transfuges nord-coréens au sud ont tenté de faire assassiner Kim Jong-un en avril.
 
Elle affirme qu’un certain Kim Song-il aurait été payé par la CIA, le NIS (services sud-coréens) et la coalition citoyenne pour les droits de l’homme des transfuges dirigée par Do Hui-yun pour coordonner l’assassinat de Kim 3. Le premier contact remonterait à juin 2014. «Le premier projet était de cacher la substance nano-toxique dans un climatiseur et de l’activer par un signal vocal au moment crucial», explique Kim Song-il dans une vidéo diffusée par les médias nord-coréens. L’autre idée consistait à injecter du polonium, une substance hautement radioactive avec laquelle l’ex-membre du FSB russe Alexander Litvinenko avait été tuée en 2006 à Londres.
 
Cependant, à la suite de recommandations de la Corée du Sud en novembre 2016, il a été décidé de placer la substance empoisonnée dans le fauteuil de Kim Jong-un, avance la presse du régime. Mais les services nord-coréens ont découvert la trace du complot et fait arrêter Kim Song-il. Sans que l’on sache si la mort de Kim Jong-nam a un quelconque rapport avec le projet supposé d’assassinat contre son demi-frère.
Kim Jong-nam: à qui profite le crime ?

Commenter cet article

Defranoux 23/06/2017 17:17

A tous ceux qui se font arnaquer par la promesse de "Promouvoir une information utile au contraire des média traditionnels", jetez juste un oeil sur ce copier-coller intégral de plusieurs articles de Libération (vendu au grand capital, pourtant),sans mentionner ni le journal ni les auteurs, sans payer les droits, et en les signant d'un autre nom (ça va plus vite que d'enquêter, en effet).