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Publié par Bob Woodward

Le Hirak: mouvement de contestation au Maroc ?
Les autorités marocaines ont annoncé ce vendredi 26 mai l’arrestation du leader de la contestation populaire dans la région du Rif, Nasser Zefzafi, mais ses proches ont affirmé qu’il avait réussi à échapper aux policiers. Selon l’AFP, qui a interrogé le ministre des Affaires islamiques, Ahmed Toufiq, Zefzafi aurait été interpellé dans une mosquée de la ville d’Al Hoceïma « après avoir interrompu le prêche de l’imam lors de la prière du vendredi, un délit grave ». Un proche de Zefzafi qui a souhaité garder l’anonymat a pour sa part affirmé que celui-ci avait réussi à échapper aux autorités. Des profils Facebook partisans du mouvement de Zefzafi (« hirak ») ont fait état de leur côté d’une « tentative d’arrestation », indique toujours l’AFP.
 
Dans une vidéo qu’il a postée sur sa page Facebook ce vendredi, celui qui dit parler « au nom des pauvres » et « des laissés pour compte » s’en est pris à un imam dans une mosquée de la ville. Il lui reproche d’avoir demandé aux fidèles d’éviter la fitna (la division parmi les musulmans). Ses accusations sont violentes :  » Il est à la solde du makhzen. Il nous accuse d’encourager la fitna, alors que nos jeunes n’ont pas de quoi se nourrir !  » Dans un arabe classique, il l’accuse d’avoir failli à sa mission de prédication. En contre-exemple, il cite un ancien calife de l’islam, Omar Ibn El Khattab, qui était « tellement juste » qu’il avait demandé à ses sujets de le prévenir si jamais « il déviait du droit chemin ». Il finit ses paroles en martyr : « Je n’ai peur de personne, sauf Allah. Arrêtez-moi, je continuerai de dénoncer l’injustice ! ».
 
« Nasser Zefzafi a perturbé gravement la prière, il a insulté le prédicateur. Ce qu’il a fait ce matin est un acte sans précédent », a déclaré le ministre Ahmed Toufiq à l’AFP. Depuis le début de la contestation dans la province d’Al Hoceïma en octobre dernier, ce trublion à la langue bien pendue harangue les foules et tire à boulets rouges sur le « makhzen » (mot utilisé au Maroc pour désigner le régime de manière péjorative, ndlr). Réseaux sociaux aidant, il est devenu l’icône d’un soulèvement qui n’a cessé de prendre de l’ampleur dans cette région historiquement frondeuse. Fougueux, imprévisible, il défie les officiels qui débarquent en nombre dans cette ville pour tenter de calmer la population.
 
Âgé de 39 ans, celui qui donne des sueurs froids à Rabat a été projeté sur le devant de la scène au moment du drame qui a frappé Mouhcine Fikri, un marchand de poisson écrasé par une benne à ordures alors qu’il voulait empêcher la destruction de sa marchandise par les autorités. Sans emploi fixe – il a accumulé les petits métiers dans le commerce et les sociétés de gardiennage -, il se greffe à la contestation populaire et prend les devants avec un discours moraliste, ponctué de références religieuses. Grâce à Facebook, il est très vite devenu une figure médiatique et s’est auto-proclamé leader d’un mouvement qui se fait appeler « Al Hirak chaâbi » (mouvance populaire).
 
Sur sa page Facebook, il n’hésite pas à menacer les officiels  : « Je vous préviens. Nous sommes à la veille de Ramadan. Et comme vous savez, la sardine, est très consommée en ce mois sacré. Si son prix dépasse les 7 dirhams, on fera des marches jusqu’au port », tonne-t-il avec en arrière plan, un portrait du leader historique du rif, Abdelkrim Khattabi.
Le leader de la contestation populaire qui secoue depuis six mois le nord du Maroc était officiellement recherché, samedi 27 mai, pour avoir interrompu le prêche d’un imam dans une mosquée à Al-Hoceïma. Dans un communiqué, le procureur du roi a ordonné vendredi soir « l’ouverture d’une enquête et l’arrestation de Nasser Zefzafi ».
 
Au lendemain de cette annonce, on ignorait où se trouvait le leader du hirak (« la mouvance »), alors que la situation était calme dans la ville, où les forces de l’ordre étaient néanmoins présentes en nombre.
 
L’incident dans la mosquée a été filmé par téléphone portable et diffusé sur Facebook. Sur ces images, on voit M. Zefzafi s’en prendre avec véhémence à l’imam, qu’il traite de « menteur ». « Est-ce que les mosquées sont faites pour Dieu ou le makhzen [“pouvoir”] ? », questionne-t-il, avant de dénoncer « ceux qui veulent faire capituler le Rif », la région frondeuse et conservatrice où est située Al-Hoceïma, et « les étrangers qui viennent violer nos femmes ». Il est accusé d’avoir « insulté le prédicateur », « prononcé un discours provocateur » et « semé le trouble », selon le procureur local.

Le ministre des affaires islamiques, Ahmed Toufik, qui avait annoncé à tort son arrestation vendredi, a dénoncé un délit « grave ». Interrogé par l’Agence France-Presse, un proche de M. Zefzafi a expliqué qu’il avait réussi à échapper aux policiers venus l’interpeller à la sortie de la mosquée.

Le Hirak: mouvement de contestation au Maroc ?
M. Zefzafi est intervenu peu après en direct sur les réseaux sociaux depuis le toit de sa maison à Al-Hoceïma, entouré d’une foule de ses partisans. « Je n’ai pas peur. S’ils veulent m’arrêter, qu’ils viennent ! », a-t-il lancé, appelant à des manifestations pacifiques.
 
Samedi soir, des « heurts » entre manifestants soutenant Nasser Zefzafi et policiers ont fait plusieurs blessés, dont « trois graves », du côté des forces de sécurité, a annoncé l’agence de presse officielle MAP. Un journaliste marocain travaillant pour le site d’informations en ligne Hespress a par ailleurs été pris à partie et molesté par des manifestants, selon ce même site.
 
Les incidents ont duré près d’une heure, et ont cessé vers minuit, heure à laquelle les rues sont devenues quasi-désertes, à l’exception des forces anti-émeutes. Des heurts similaires ont été signalés dans la ville voisine d’Imzouren, où les forces de l’ordre sont là aussi intervenues pour disperser les rassemblements, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
 
Vingt personnes, dont plusieurs militants connus du « hirak », ont été arrêtées ces dernières 48 heures, a annoncé le procureur de la ville. Elles sont accusées notamment « d’atteinte à la sécurité intérieure », d’avoir « reçu des transferts d’argent et un appui logistique de l’étranger » pour « porter atteinte à l’intégrité du royaume », ou encore d’alimenter « l’humiliation et l’hostilité à l’égard des symboles du pays ».
 
Dans la région du Rif, la province d’Al-Hoceïma est le théâtre de manifestations récurrentes depuis la mort à la fin d’octobre 2016 d’un vendeur de poisson, broyé accidentellement dans une benne à ordures.
 
Le hirak a de nombreuses revendications pour le développement du Rif, qu’il estime marginalisé. Son leader, M. Zefzafi, multiplie sur les réseaux sociaux les harangues enflammées contre l’exécutif et en faveur du Rif, sur fond de discours identitaire teinté de conservatisme et de références islamiques.
 
L’Etat marocain a depuis annoncé la mise en œuvre d’une liste de projets de développement de la région, désormais une « priorité stratégique ».
Le Hirak: mouvement de contestation au Maroc ?

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