Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Israël, nouveau belligérant en Syrie ?
La mobilisation autour du plateau du Golan, disputé avec la Syrie, a été renforcée du côté de l’Etat hébreu, où l’on se prépare à des attaques du Hezbollah, allié de Bachar al-Assad.
 
Al’instar de plusieurs autres dirigeants occidentaux, Benyamin Nétanyahou avait été prévenu de la frappe américaine sur la Syrie. Les troupes israéliennes stationnées sur la partie du plateau du Golan conquise durant la guerre des Six Jours en 1967 et annexée par l’Etat hébreu en 1981 ont alors été placées en état d’alerte maximale. Tout comme les services de renseignement et les nombreux postes d’observation installés le long du no man’s land séparant l’Etat hébreu de la Syrie, mais également les batteries de roquettes antiroquettes «Dôme d’acier» ainsi que le tout nouveau «Bouclier de David», un système censé abattre les missiles de courte et moyenne portée susceptibles d’être tirés à partir des pays voisins.
 
Mercredi, au lendemain du bombardement d’Idlib par l’aviation de Bachar al-Assad, l’état-major de l’armée israélienne avait déjà ordonné au Pikoud Haoref (la Défense passive) de se tenir prêt à toute éventualité. Des réservistes de cette force avaient été mobilisés en toute discrétion pour vérifier l’état des masques à gaz et la validité des médicaments susceptibles d’être distribués aux civils visés par des frappes chimiques. «L’idée générale est que la Syrie, ou plutôt le Hezbollah [son allié pro-iranien, ndlr], peut décider d’élargir le conflit en cours chez elle en tirant des missiles sur le Golan, voire sur le centre d’Israël, explique l’un de ses réservistes, médecin dans le civil. Ces précautions sont d’autant plus nécessaires que ces ennemis peuvent aussi décider de riposter aux frappes américaines de la nuit dernière en nous visant, puisque nous sommes le meilleur allié des Etats-Unis. Bien sûr, ce n’est pas écrit dans les astres, mais rien n’est prévisible au Proche-Orient et il vaut mieux se tenir prêt.»
 
L’hypothèse d’un embrasement régional est envisagée de longue date par les stratèges israéliens. Parce que le Hezbollah dispose d’un arsenal de plusieurs dizaines de milliers de vecteurs susceptibles de frapper l’Etat hébreu sur toute sa superficie ? Sans doute. Mais aussi parce que les chasseurs-bombardiers frappés de l’étoile de David interviennent de plus en plus souvent en Syrie. Ils ciblent les convois de missiles que la Russie, l’Iran ou la Corée du Nord livrent au Hezbollah, ainsi que les bases syriennes où ils sont stockés.
 
Jusqu’à ces derniers jours, le régime de Damas ne ripostait jamais. Mais le 16 mars, l’armée syrienne a tiré plusieurs missiles sol-air S-500 sur les quatre chasseurs bombardiers d’Israël qui venaient de pulvériser un convoi d’armement a priori destiné au Hezbollah. Les S-500 n’ont pas touché les avions israéliens, mais l’un de ces missiles a été intercepté au-dessus de la Cisjordanie et l’affaire a failli dégénérer.
La Syrie a accusé son voisin israélien d'avoir provoqué une énorme explosion en tirant des missiles sur une position militaire, près de l'aéroport international de Damas.
 
L’Etat hébreu, qui confirme rarement ses nombreuses attaques lancées en territoire syrien depuis le début de la guerre civile en 2011, a laissé entendre qu'il pourrait en être l'auteur.
 
Si son implication se confirmait, il s'agirait de la deuxième attaque menée en quatre jours par Israël contre des cibles en Syrie.
 
"Une position militaire au sud-ouest de l'aéroport international de Damas a été la cible à l'aube d'une agression israélienne avec plusieurs missiles (...)", qui a provoqué des dégâts matériels, a indiqué l'agence officielle Sana citant une source militaire. Elle n'a pas précisé s'il s'agissait d'une position syrienne.
 
L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) a lui indiqué qu'un dépôt d'armes, vraisemblablement appartenant au Hezbollah libanais, avait explosé près de l'aéroport sans fournir d'autres détails. La plus grande partie de l'entrepôt était vide, a dit l'ONG.
 
Bête noire d'Israël, le Hezbollah combat au côté du régime de Bachar al-Assad contre rebelles et jihadistes.
 
Selon la télévision Al-Manar du Hezbollah, l'explosion, "vraisemblablement due à un raid aérien israélien" s'est "produite dans des dépôts de fuel et un entrepôt".
 
En Israël, le ministre du Renseignement Israël Katz a déclaré que la frappe présumée était "cohérente" avec la politique israélienne, sans confirmer une responsabilité de son pays.
 
En soirée, l'armée israélienne a annoncé avoir abattu une "cible" au-dessus du plateau du Golan occupé, sans donner plus de détails comme l'origine de l'engin.
 
L'aéroport international de Damas est situé à environ 25 km au sud-est de Damas, un bastion du régime Assad.
 
Un témoin habitant dans le quartier de Dawwar al-Baytara à Damas, a raconté à l'AFP avoir entendu une puissante déflagration. "Vers 04H00 du matin, j'ai entendu une énorme explosion, j'ai accouru au balcon et en regardant du côté de l'aéroport, j'ai vu une énorme boule de feu", a dit Maytham, 47 ans.
 
Israël, nouveau belligérant en Syrie ?
La Russie, autre allié de poids du régime syrien, a appelé "tous les pays" à la "retenue" et a mis en garde contre une "montée des tensions" en Syrie, selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.
 
Israël s'alarme de la présence en Syrie du Hezbollah et de forces envoyées par l'Iran, son autre ennemi juré, pour prêter main forte au régime.
 
Mi-mars, Israël et la Syrie ont connu leur plus sérieux incident depuis le début du conflit syrien. Un raid israélien près de Palmyre (centre) sur des cibles présentées par Israël comme liées au Hezbollah a provoqué une riposte de l'armée de l'air syrienne et un tir de missile en direction d'Israël a été intercepté. Israël avait reconnu ce raid contre le Hezbollah, soutenu par Téhéran.
 
Israël Katz avait alors rappelé ce qu'Israël considère comme des "lignes rouges": empêcher le transfert d'armements sophistiqués au Hezbollah et l'ouverture d'un front près du territoire israélien.
 
La dernière frappe israélienne en Syrie remonte à dimanche. Trois miliciens loyaux au régime ont été tués dans un bombardement israélien contre leur camp Qouneitra sur le plateau du Golan, selon la milice. Israël s'était refusé à tout commentaire.
 
En janvier dernier, le régime syrien a accusé l'Etat hébreu d'avoir bombardé son aéroport militaire de Mazzé, dans la banlieue ouest de la capitale, qui abrite les services de renseignements de l'armée de l'air.
 
En 2016, plusieurs missiles israéliens avaient frappé les environs de cette base militaire. La même année, M. Netanyahu avait admis qu'Israël avait attaqué des dizaines de convois d'armes destinés au Hezbollah en Syrie. Israël et la Syrie sont techniquement en état de guerre.
 
Selon une interview accordée mercredi à la chaîne vénézuélienne Telesur et publiée jeudi par l'agence officielle Sana, le président Assad a affirmé être en négociation avec Moscou pour acquérir la dernière génération d'un système anti-missiles afin de faire face aux attaques, notamment israéliennes.
 
Déclenchée en mars 2011 par la répression de manifestations antirégime, la guerre en Syrie s'est progressivement complexifiée avec l'implication de groupes jihadistes, de forces régionales et de puissances internationales, sur un territoire très morcelé. Elle a fait plus de 320.000 morts.Et si le front israélo-syrien était en train de se réchauffer brutalement ? En l’espace de quelques jours, l’aviation israélienne a mené au moins deux raids transfrontaliers – le premier tôt vendredi à Palmyre, le second dimanche dans les montagnes du Qalamoun, aux portes du Liban – alors que les tensions bilatérales s’accentuent.
 
Aux dires des hiérarques israéliens, ces attaques auraient visé des cibles liées à la milice chiite du Hezbollah, ennemi intime de l’Etat hébreu et soutien du régime alaouite de Damas dans son combat contre les insurgés. Fidèle à son image d’homme inflexible, le ministre de la défense israélien, Avigdor Lieberman, a prévenu dimanche que les systèmes de défense aérienne syriens seraient détruits « sans la moindre hésitation » si l’armée loyaliste était de nouveau tentée de les utiliser, comme cela a été le cas la semaine dernière. L’accrochage de vendredi entre les deux pays – toujours techniquement en conflit depuis 1967 et la conquête du plateau du Golan par Tsahal (son annexion, elle, eut lieu en 1981) – est le plus sérieux depuis que la guerre civile a éclaté sur le sol syrien, au printemps de 2011, souligne Al-Jazira. Il a d’ailleurs valu à Gary Koren, l’ambassadeur d’Israël à Moscou, d’être convoqué pour entretien par les autorités russes, qui appuient Bachar Al-Assad.« Chaque fois que nous repérerons des transferts d’armes de la Syrie vers le Liban, nous agirons pour les empêcher. Sur ce sujet, il n’y aura aucun compromis », a assuré M. Lieberman. L’Etat hébreu nourrit une défiance d’autant plus vive à l’égard du Hezbollah d’Hassan Nasrallah qu’il est financé et soutenu par son autre grand ennemi : la République islamique d’Iran. Un affrontement généralisé entre la Syrie et Israël est-il dans les limbes ?
 
Tout en «soutenant totalement» le bombardement ordonné par Trump, Nétanyahou et les autres dirigeants israéliens ont multiplié les mises en garde à la Syrie, au Hezbollah et à l’Iran. «Le boucher de Damas et ses alliés savent très bien ce qui les attend s’ils osent s’en prendre à nous pour riposter aux frappes américaines. Je ne leur conseille pas de tenter quoi que ce soit», a déclaré Arié Dery, leader du parti orthodoxe séfarade Shas et ministre de l’Intérieur. Et d’ajouter : «Israël n’a besoin de personne pour se défendre. S’il faut faire le travail, nous le ferons.»
Israël, nouveau belligérant en Syrie ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article