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Publié par Bob Woodward

Israël-Corée du Nord: un lourd contentieux ?
Le régime, via l'agence de presse nord-coréenne, a menacé l'Etat hébreu après les propos du ministre de la Défense. Un incident sur fond de lourd contentieux entre les deux pays depuis des années.
 
La tension monte entre Israël et la Corée du Nord. Tout a commencé vendredi lorsque, interviewé par le site d’information en ligne Walla, basé à Tel-Aviv, le ministre de la Défense de l’Etat hébreu, Avigdor Liberman, a déclaré que le dictateur nord-coréen, Kim Jong-un, est un «dingue à la tête d’une bande de fous extrémistes», que son régime «menace la paix du monde» et qu’il a «franchi la ligne rouge avec ses essais nucléaires».
 
Toujours susceptible lorsque l’on chatouille l’amour-propre du «Grand leader», l’agence de presse nord-coréenne KCNA a aussitôt dénoncé les «propos impudents et calomnieux de Lieberman». Mais elle a également menacé Israël, comme «tous ceux qui osent atteindre à la dignité du leader suprême», de subir une «punition mille fois plus grande». Ainsi que des «représailles sans pitié». Accusant l’Etat hébreu de «crimes contre l’humanité», la KCNA a par ailleurs dénoncé l’occupation des territoires palestiniens et pointé ce pays comme «le seul possesseur d’armes nucléaires illégales» de la région.
 
La virulence de la réaction nord-coréenne a surpris en Israël, où l’entourage de Benyamin Nétanyahou a fait savoir à Liberman qu’il aurait mieux fait de se taire. A contrario, à Gaza, le porte-parole du Hamas, Samy Abou Zoukhi, a remercié Pyongyang pour «son soutien à la cause palestinienne contre l’occupation».
 
Fin de l’incident ? Nul ne le sait. Car en coulisses, un lourd contentieux se développe depuis longtemps entre l’Etat hébreu et la dictature nord-coréenne. Parce que cette dernière forme des techniciens nucléaires iraniens et qu’elle vend des technologies militaires ainsi que des missiles à Téhéran, au Hezbollah et à la Syrie. Du matériel qu’Israël considère comme une «menace stratégique».
 
L’inquiétude des dirigeants de l’Etat hébreu ne date pas d’hier. Au début des années 90, le Premier ministre Yitzhak Rabin avait déjà autorisé le numéro 2 du Mossad Ephraïm Halevy et un haut responsable du ministère des Affaires étrangères à négocier avec Pyongyang un accord prévoyant l’arrêt des fournitures nord-coréennes aux ennemis de son pays en échange de compensations financières. Ces discussions étaient couvertes par l’administration de Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, mais elles n’ont pas eu le résultat escompté puisque la Corée du Nord a poursuivi son commerce clandestin.
 
Quelques années plus tard, Hafez al-Assad, le père du dictateur syrien actuel, a d’ailleurs sollicité Pyongyang pour démarrer un programme nucléaire censé déboucher sur la fabrication d’armes atomiques censées concurrencer celles de l'«ennemi sioniste».

Au début des années 2000, le Mossad s’est procuré des photos prises à l’intérieur du site d’Al-Kibar, dans le désert syrien, secrètement construit à cette fin par des ingénieurs nord-coréens. A peu près à la même époque, l’Unité 8200, une branche des Renseignements militaires israéliens (Amans), spécialisée dans les écoutes et les interceptions électroniques, a de son côté enregistré un officiel du régime de Bachar al-Assad évoquant l’existence du projet. Elle surveillait également le flux inhabituel de communications téléphoniques entre Damas et Pyongyang. Quant à la CIA, elle disposait de photos montrant Chon Chibu, le chef du programme nucléaire nord-coréen, en visite à Damas pour y rencontrer son homologue Ibrahim Othman. En 2001, le Mossad, ou "Service de renseignement extérieur" israélien, établit le profilage de Bashar al-Asad, le nouveau président de la Syrie qui a succédé à son père, Afez al-Asad, l'année précédente. A cette occasion, les services secrets israéliens découvrent que des dignitaires nord-coréens se sont rendus à Damas, très probablement pour négocier des ventes d'armes. L'Aman, le "Département du Renseignement Militaire" israélien, soupçonne que des pourparlers sont en cours pour la livraisons de technologies et/ou d'armes nucléaires au régime allaouite. Mais le Mossad ne croit pas trop à cette théorie.

Israël-Corée du Nord: un lourd contentieux ?

Au printemps 2004, les Services de renseignement américains rapportent de multiples communications entre la Syrie et la Corée du Nord, et parviennent à tracer l'origine des appels dans une zone désertique appelée "Al-Kibar". Le 19 mars 2009, Hans Rühle, l'ancien responsable du comité d'état-major pour la Planification, au sein du Ministère allemand de la Défense, écrit dans le quotidien suisse Neue Zürcher Zeitung que l'Iran finançait la construction d'un réacteur nucléaire syrien. Rühle ne précise par la sources de ses informations. Il indique que les services de renseignement américain avaient détecté la livraison par navires de matériel et d'équipement nucléaire nord-coréen à la Syrie, dès 2002, et que la construction du réacteur d'Al-Kiber avait été détecté par les satellites américains en 2003. Il conclut que "le réacteur était de type nord-coréen, d'un modèle "Uranium naturel graphite gaz" (UNGG) et qu'"Israel estime que l'Iran a payé la Corée du Nord un montant entre 1 et 2 milliards de dollars pour ce projet". Il précise également que juste avant l'attaque aérienne, un navire cargo nord-coréen avait été intercepté et arraisonné par la marine israélienne en Méditerranée, avec à son bord du combustible nucléaire (uranium, plutonium).

 
Avec l’assentiment de Washington, le Premier ministre israélien de l’époque, Ehud Olmert, a donc autorisé la destruction de la carcasse bétonnée du futur centre dans lequel devait être installé un réacteur nord-coréen de type Yogbyon, ainsi que de ses annexes. Baptisée «Opération verger», la frappe aérienne s’est déroulée dans la nuit du 6 septembre 2007. L’attaque  d’un  site  où  auraient  été  stockés  des  «  composants  »  nucléaires  provenant  de  Corée  du  Nord.  Selon  différentes  sources,  un  cargo  nord-coréen  aurait,  quelques  jours  avant  le  raid,  le  3  septembre,  débarqué  sa  cargaison,  apparemment  des  sacs  de  ciment,  au  port  de  Tartous.  Ce  bâtiment,  le  Al-Hamad,  aurait  arboré  un  pavillon  nord-coréen.  Selon  des  sources  israéliennes,  plusieurs  autres  cargos  en  provenance de Corée du Nord avaient été déjà repérés en escale à Tartous.
Fait pour le moins troublant, quelques jours après le 6 septembre, la Corée du  Nord  a  élevé  une  protestation  ferme  contre  l’action  israélienne,  la qualifiant de « pure provocation ».  Dix ingénieurs nord-coréens avaient été tués.
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