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Publié par Bob Woodward

Balkanysation de la ceinture parisienne ?
Alors que les prix de l’immobilier crèvent les plafonds à Paris intra-muros, des élus locaux du 93 délivrent les permis de construire au compte-gouttes, par peur de bousculer les équilibres politiques. La situation change, mais lentement et non sans résistances locales, à gauche comme à droite. La classe moyenne, voilà l’ennemi.
 
Île-de-France, terre de contraste. Partir de Paris et franchir le périphérique en direction de l’est, vers la Seine-Saint-Denis, c’est changer de planète. Même le plus distrait des voyageurs le note, la densité de population semble chuter brusquement. Impression confirmée par les chiffres de l’Insee. De 21 000 habitants au kilomètre carré à Paris, on tombe à 13 000 dans les communes limitrophes, Pantin, Montreuil ou Aubervilliers, pour chuter à 7 500 à Romainville ou Bobigny. Moins qu’à Grenoble ! Situation déroutante. Paris est plein comme un œuf, le mètre carré frôle les 7 000 € dans les quartiers présumés populaires. À moins d’un quart d’heure de voiture, Bobigny collectionne les friches et les ateliers vides, sans oublier une ahurissante casse auto façon Max et les Ferrailleurs1, grande comme un terrain de foot. Idem le long du canal de l’Ourcq, idéalement relié à Paris par une piste cyclable : encore des friches, toujours des terrains vagues. De quoi loger, au bas mot, plusieurs centaines de milliers de personnes.
 
Héritage de l’histoire ? En partie. La Seine-Saint-Denis a fait office pendant un siècle d’arrière-cour de la capitale, vouée à accueillir les activités encombrantes et polluantes, grands moulins, cimenteries ou ateliers de la SNCF. La désindustrialisation l’a laissée exsangue au milieu des années 1980.
La peur de la balkanysation
 
Toutefois, un autre facteur, généralement passé sous silence, explique aussi la situation actuelle. Pendant des décennies, des élus locaux de la ceinture rouge ont délibérément organisé la paupérisation de leur commune, dans le but de préserver les équilibres politiques en place. « À quelques exceptions près, les maires communistes ont bloqué l’évolution naturelle de la Seine-Saint-Denis », résume Francis Dubrac, président du Medef 93 Ouest. Ce patron du BTP travaille en bonne entente avec des mairies de tout bord. Du moins quand elles le veulent bien. Or, reprend-il, « la pierre de taille en façade et l’accession à la propriété, certains n’en veulent pas ». Des villes ont gelé les plans locaux d’urbanisme, refusant de reclasser des parcelles industrielles en zone d’habitation.
 
Leur hantise : connaître le sort fatal de Levallois-Perret, la balkanysation ! Qui se souvient que le fief des époux Balkany était communiste jusqu’en 1983 ? Le basculement à droite a totalement modifié sa sociologie. Patrick Balkany a délivré des permis de construire à la chaîne. Aujourd’hui, Levallois-Perret la bourgeoise est la commune de France qui affiche la densité de population la plus haute : 25 000 habitants/km2. Quatre fois plus que Bobigny la populaire !
 
Hier fiefs communistes, aujourd'hui cités résidentielles ou de bureaux, les communes de la petite ceinture semblent vouées à devenir le prolongement de Paris. 24 communes ont voté Front populaire aux élections de 1936, pour en dresser des monographies. Beaucoup étaient de gros centres industriels. 
 
Paris s'est toujours développé de manière concentrique. Après la ceinture qui correspond aujourd'hui aux boulevards des Maréchaux, l'étape logique aurait été d'annexer les communes avoisinantes. Bizarrement, cela ne s'est pas fait. Mais cette couronne forme l'esquisse d'un premier "Grand Paris". Et de fait, les villes font partie de Paris. S'il n'y avait pas la barrière physique du périphérique... J'en veux pour preuves la prolongation des lignes de métro ou les stations Velib'. Lors de la circulation alternée, cette première couronne était soumise aux mêmes interdictions que Paris.
Les élections départementales ont montré que le vote de gauche parvenait à résister dans certains bastions communistes, malgré les bouleversements, comme à Ivry-sur-Seine...
 
Ivry a été un fief de Maurice Thorez et au premier tour des départementales, le Front de gauche a fait 41%. Mais Ivry est en pleine transformation, avec des ateliers d'artistes, le siège de Jet Tours, une partie de l'université Pierre et Marie Curie... La ZAC Confluences est en train de remplacer totalement les friches industrielles, avec un grand programme d'école d'ingénieurs et des logements en accession sociale à la propriété. Quand elle sera terminée, le bouleversement sera achevé.
 
Saint-Ouen est un autre exemple. La ville du Red Star, qui a accueilli sept congrès du Parti communiste, a profondément changé. Les célèbres Puces ne vivent plus par la fripe, elles sont l'un des principaux marchés d'antiquaires d'Europe.
 
Du côté ouest, presque rien, alors que certaines villes comme Puteaux ou Suresnes ont été très industrielles, car c'est en aval de la Seine qu'étaient installées les usines grosses consommatrices d'eau. Le cas de Boulogne-Billancourt est emblématique, puisqu'il ne reste rien des usines Renault, si ce n'est quelques noms d'allées dans le parc sur l'île Séguin.
Balkanysation de la ceinture parisienne ?
A l'est c'est plus complexe. Il reste des exemples de beaux gymnases, de belles mairies, une vie culturelle impulsée par les mairies, des usines réutilisées qui deviennent des sièges d'entreprises... A Saint Denis, la Plaine a été l'une des plus grosses zones industrielles d'Europe. Là aussi la transformation est énorme, avec le Stade de France en haut, et en bas la nouvelle station de métro Front populaire. Mais il reste au nord la basilique, le marché cosmopolite exotique et encore plus au nord les cités.
 
Il y a un axe de transformation du Grand Paris vers le nord-est tout à fait incontestable. Cela peut concerner une quinzaine des 24 communes, qui bordent la Seine ou a Marne ou le canal de l'Ourcq. Dans le prolongement du bassin de la Villette et de la Philharmonie, vous pouvez louer de petits bateaux à moteur et remonter vers les Grands Moulins qui sont devenus le siège de BNP Paribas, le bâtiment tout neuf de Chanel et puis encore plus haut des entrepôts des magasins généraux qui sont en train d'être remodelés. Ces quais qui étaient encombrés des matériaux les plus hétéroclites sont en train de devenir des résidences prisées.
 
On retrouve la même évolution à Ivry avec le projet "Confluences", à Saint-Ouen avec l'écoquartier des Docks le long de la Seine.
 
L'eau, les berges, sont un bon marqueur du passage du quai de déchargement à la résidence pieds dans l'eau.
Balkanysation de la ceinture parisienne ?
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