Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Trump ou la diplomatie de la guerre ?
Le largage d’une bombe sur un ensemble de tunnels de l’organisation Etat islamique (EI) a eu lieu une semaine après les bombardements en Syrie et alors que le président Trump menace de régler le problème nord-coréen.
 
L’armée américaine a annoncé, jeudi 13 avril, avoir largué une bombe GBU-43/B, connue sous l’acronyme MOAB (Massive Ordnance Air Blast, mais aussi « mère de toutes les bombes »), sur un ensemble de tunnels de l’organisation djihadiste Etat islamique (EI) dans l’est de l’Afghanistan. Cet engin de 9,8 tonnes est la plus puissante bombe non-nucléaire de l’arsenal américain, qualifiée par le site internet spécialisé dans la défense GlobalSecurity.org de bombe «énorme, puissante, et larguée avec précision».  C’est un engin contenant 8,48 tonnes d’explosif H6, détaille le site, soit une puissance explosive comparable à 11 tonnes de TNT. 
 
Longue de neuf mètres, et faisant un mètre de diamètre, selon GlobalSecurity.org, c’est la plus grossse arme guidée par satellite et larguée par avion jamais conçue. Popular Mechanics souligne qu’elle pèse aussi lourd qu’un avion de combat F-16.
 
Guidée par GPS, elle est larguée par la rampe arrière d’un avion de transport type C-130. Elle est équipée d’un parachute pour ralentir sa descente, afin de pouvoir être larguée d’une hauteur importante laissant aux pilotes le temps de se mettre à l’abri. Conçue pour exploser juste avant de heurter le sol, elle a une fine coque en aluminium afin que l’onde de choc, qui peut atteindre 150 mètres selon le magazine américain Wired.com, soit la plus large possible.
 
Hans Kristensen, expert de la Fédération des scientifiques américains spécialisés dans la surveillance de l’arsenal militaire américain, estime que la MOAB a une puissance égale à environ 1/30ème de celle de la plus petite bombe nucléaire américaine actuelle, la B61-12.Elle a été développée en 2002-2003 par la compagnie de défense américaine Dynetics, basée dans l’Alabama, en partenariat avec le laboratoire de recherche de l’armée de l’air américaine (AFRL), selon le site de la compagnie. Elle a été testée pour la première fois en 2003 dans les confins de la Eglin Air Force Base, l’une des plus grandes bases de l’United States Air Force située dans le nord de la Floride.
 
Elle a été produite en quelques mois dans la perspective d’être utilisée dans les premiers temps de la guerre en Irak. Selon l’US Air Force, le dernier test de la bombe GBU-43 avait provoqué un panache de poussière et de fumées visible à plus de 32 kilomètres.
 
L’armée de l’air américaine a indiqué que la cible était un complexe de tunnels sous-terrains et de grottes dans le district d’Achin dans la province de Nangarhar, un fief de l’organisation jihadiste EI à la frontière avec le Pakistan.  Les Etats-unis estiment que la zone est si isolée qu’aucun civil ne s’y trouvait. C’est une zone montagneuse, inaccessible pour les forces afghanes, au nord des grottes de Tora Bora où le chef d’Al-Qaïda Oussama ben Laden s’était réfugié pour échapper aux Américains au début des années 2000.
 
Le général John Nicholson, commandant les forces américaines en Afghanistan, a estimé que cette bombe était «la bonne munition» pour venir à bout des bunkers et tunnels de plus en plus utilisés par les jihadistes. Pour Wired.com, une bombe à effet de souffle comme la MOAB présente un avantage dans ce type de terrain: «son onde de choc peut se faufiler dans les dédales jusqu’aux derniers recoins des grottes.»
 
«C’est la plus forte explosion que j’ai jamais vue. L’endroit a été envahi par des flammes très hautes», a déclaré à l’AFP Esmail Shinwari, gouverneur du district d’Achin où la munition a été larguée. De son côté, Shahhussain Murtazawi, un porte-parole de la présidence afghane, a estimé sur Facebook que «de lourdes pertes ont été infligées à l’ennemi».
 
A un moment où Donald Trump fait volte-face en matière de politique internationale, rompant avec son discours isolationniste de la campagne − frappe contre le régime d’Al-Assad en Syrie, envoi d’un porte-avions au large de la péninsule coréenne, avertissements à l’encontre de Pyongyang − ce bombardement a conduit la presse américaine à s’interroger tout à la fois sur la stratégie que veut poursuivre le président des Etats-Unis contre l’EI et sur l’éventuel message qu’il aurait pu vouloir « faire passer » à certains Etats (Corée du Nord, Iran) à cette occasion.
 
The Hill rappelle les propos du général Nicholson, commandant des forces américaines en Afghanistan, qui font écho à ceux du président : « Le président Trump avait déclaré que lorsqu’il serait élu, il allait “défoncer” l’Etat islamique. C’était sa promesse et c’est ce que nous sommes en train de faire. »
 
Le site d’information Axios mentionne toutefois qu’à l’approche du centième jour de sa présidence, M. Trump n’a toujours pas réalisé une de ses promesses : à la fin de janvier, il avait donné jusqu’à la fin de février à ses responsables militaires pour lui présenter un plan « pour vaincre » l’EI.
 
Le site Airwars qui évalue l’impact des bombardements de la coalition contre l’EI en Irak, en Syrie et en Libye constate une intensification des bombardements contre le groupe djihadiste depuis le début de l’année. « Le nombre de munitions larguées au cours du premier trimestre 2017 est en augmentation de 59 % par rapport au 1er trimestre 2016 », écrit-il. Ceci est d’autant plus vrai que les responsables militaires américains sur le terrain peuvent recourir plus facilement à des frappes aériennes que sous l’administration Obama, souligne le New York Times.
Trump ou la diplomatie de la guerre ?
Le NYT relève la concomitance entre ce raid en Afghanistan et l’augmentation des pertes alliées dues aux bombardements de l’armée américaine : jeudi, le commandement des forces américaines au Moyen-Orient a annoncé que la coalition contre l’EI avait tué par erreur, deux jours auparavant, 18 combattants alliés des Forces démocratiques syriennes dans un bombardement près de la ville de Tabqa.
 
En tout cas, Donald Trump s’est félicité d’un « nouveau succès » [en Afghanistan], sans préciser s’il avait personnellement approuvé ce bombardement ni s’il était un message envoyé en direction de tel ou tel pays.
 
Le Washington Post évoque le contexte de l’utilisation de cette bombe : depuis le mois de mars, les forces afghanes et américaines butaient sur cette position de l’EI dans l’est de l’Afghanistan. Un militaire américain y a été tué au début d’avril.
 
Reste à savoir quelle est la stratégie de l’administration Trump en Afghanistan, poursuit le Washington Post : pendant la campagne de 2016, les candidats ont à peine parlé de la guerre qui s’y déroule. Et le président Trump ne semble pas avoir de plan, même si 8 500 soldats américains y combattent aux côtés des forces afghanes et si le conseiller à la sécurité nationale, le lieutenant général H. R. McMaster, doit s’y rendre prochainement.
 
Il s’agit d’un bombardement presque comme un autre, affirme le site d’information Vox. Il ne faut pas chercher à le surinterpréter : « La MOAB a été utilisée parce que cela avait un sens contre cette cible. »
 
Rob Farley, un chercheur de l’université du Kentucky, qui étudie l’US Air Force, estime également qu’il n’y a pas de message adressé à la Corée du Nord ou à l’Iran derrière cette frappe.
 
« Il s’agit d’une arme larguée depuis un C-130, un appareil non furtif, qu’on ne peut considérer comme un avion de combat [c’est un avion de transport]. Ce n’est pas une bombe que l’on peut larguer sur quelqu’un qui dispose d’une défense antiaérienne [comme la Corée du Nord ou l’Iran] ».
 
Politico s’inquiète néanmoins du message qu’envoie l’administration Trump. Les actes du nouveau président – frapper en Syrie, en Afghanistan ou au Yémen – semblent indiquer que Washington met davantage l’accent sur l’action militaire que sur la diplomatie.
 
« Donald Trump a nommé deux militaires à des postes politiques importants : le secrétaire à la défense, James Mattis, est un général des marines (en retraite) et le conseiller à la sécurité nationale, Herbert Raymond McMaster, est un général d’active », relève le site d’information.
 
Adam Smith, élu démocrate à la Chambre, représentant le 9e district congressionnel de l’Etat de Washington, et membre de la Commission des forces armées explique à Politico que le manque de connaissance de Donald Trump en matière de sécurité nationale et son entourage militaire permettent d’expliquer ce recours accru à la force.
Trump ou la diplomatie de la guerre ?
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article