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Publié par Bob Woodward

Trump, nouveau héros de la gauche ?
Les Etats-Unis ont bombardé, jeudi 6 avril, une base de l'armée syrienne après l'attaque chimique sur Khan Cheikhoun. Cette réaction américaine permet à Donald Trump de sortir d'une mauvaise passe.
 
L’attaque au gaz chimique imputée aux forces syriennes contre la ville de Khan Cheikhoun, jeudi 6 avril, vient d’offrir à l’administration américaine l’occasion inespérée de sortir d’une mauvaise passe et de reprendre l’avantage de façon décisive.
 
En bombardant la base aérienne de l’armée syrienne d’al-Chaayrate, d’où seraient parties les attaques qui ont fait des dizaines de victimes civiles, Donald Trump réalise plusieurs objectifs majeurs.
 
Le locataire de la Maison Blanche se taille enfin un costume de président déterminé derrière lequel le peuple américain a toujours aimé se ranger.
 
Ce n’est pas un avantage anodin quand on pense aux nombreuses manifestations qui ont émaillé son investiture et l’opposition persistante des modérés au virage à droite opéré par la nouvelle équipe dirigeante.
 
En s’en prenant aux intérêts russes, le Président des Etats-Unis montre qu’il n’est pas sous l’influence du Kremlin comme les médias américains l’ont souvent dépeint. Pour mémoire, Vladimir Poutine, le président russe, soutient le régime syrien en place.
 
Cette suspicion a jeté le trouble dans l’opinion, publique, comme au sein de ses élus, et fragilisé la position du Président. D’un seul coup, le président américain prouve qu’il est bien indépendant. Et c’est même lui qui dicte les règles du jeu. De nature « punitive », ces frappes sont en fait celles que le président Hollande avait réclamées à l’été 2013, au lendemain de l’attaque chimique de la Ghouta. Le recours à l’unilatéralisme découle à fois de la paralysie du Conseil de sécurité de l’ONU, avec le veto systématique de la Russie aux résolutions, et de la volonté de Trump de montrer au monde que, dès le début de sa présidence, il prend ses responsabilités.
 
Ces frappes doivent être en effet comprises comme une volonté de démonstration de force, sous forme d’un double avertissement, au régime Assad et à ses soutiens (Russie, Iran) d’une part, et aux autres puissances qui souhaiteraient tester les Etats-Unis, notamment la Corée du Nord, qui a intensifié son programme de missiles balistiques, mais aussi à la Chine, au moment où Trump reçoit son président.
 
En interne, ces frappes signalent un rééquilibrage des rapports de force à la Maison Blanche, avec la mise à l’écart de plusieurs conseillers connus pour leurs positions prorusses (Michael Flynn, Stephen Bannon) au profit de républicains aux positions plus classiques, le général McMaster notamment.
 
Curieusement, ce n’est pas pour autant que Trump a rassuré les dirigeants occidentaux. Certes, ceux-ci ont approuvé cette réaction mais, vérifiant la parole biblique « on voit mieux la paille dans l’œil du voisin que la poutre dans son œil », ils ont quand même tempéré leur enthousiasme en insistant, dans une déclaration commune Merkel-Hollande (ce qui est assez notable pour être signalé) sur la nécessité de donner la priorité à la solution politique en Syrie. Si l’horreur des images de victimes et la détestation partagée d’Assad poussent à approuver cet acte punitif, les conditions du jugement, et le sens stratégique de la sentence soulèvent de sérieuses questions.
 
Tout d’abord, voici un président, certes décrit comme imprévisible, mais qui avait cependant fait du dialogue avec Moscou et de l’économie de l’emploi de la force un axe politique qui paraissait sûr. En quelques heures, il s’affranchit de l’aval des institutions internationales et de l’appui de ses principaux alliés pour lancer un acte de guerre contre un Etat, honni mais souverain. Ajoutons que depuis vendredi, une flotte américaine converge vers la Méditerranée orientale et une autre vers la mer de Chine. Cependant que la Russie renforce ses défenses antiaériennes en Syrie.
 
Donald Trump revient donc à la politique de ses prédécesseurs et donne tout son sens au slogan « America First ». L’Amérique prioritaire… et seule. Ce faisant, il s’éloigne de la solution politique qui exigerait que tous les belligérants (à l’exclusion de l’Etat islamique et des multiples avatars d’Al-Qaïda) soient prêts à négocier. Or, certains groupes soutenus par l’Occident n’ont pas voulu rejoindre le double cycle de négociations – à Astana sous impulsion russe, à Genève avec l’ONU.
 
Cette frappe américaine relance les ambitions des belligérants: les groupes rebelles y trouvent une excuse supplémentaire pour refuser les pourparlers; la Turquie une raison de faire resurgir ses projets de démembrement de la Syrie et d’écrasement du peuple kurde; l’Etat islamique et les clones d’Al-Qaïda une justification à leur combat contre l’axe du mal (qui leur vaut le ralliement des combattants venus de l’étranger). Bref, la tension entre Etats-Unis et Russie reprend des airs de guerre froide et la chute d’Assad redevient une fin en soi et non plus un moyen.
 
Mais l’Amérique des faucons et l’Europe de l’émotion sont euphoriques autour du “commandant en chef”. Les morts sont chichement et surtout médiatiquement vengés. Pour la paix, les peuples orientaux sont priés d’attendre. À l’Ouest, rien de nouveau.
Trump, nouveau héros de la gauche ?
Les dommages causés aux infrastructures militaires syriennes sont « négligeables ». La base al-Chaayrate « abritait un centre pour la fabrication de barils explosifs et un site pour équiper les missiles en substances chimiques », a précisé le 7 avril l’opposant Ahmad Ramadan. De plus, la Russie a été prévenue par avance des frappes de sorte qu’elle a pu mettre à l’abri ses forces sur place.
 
En fait, l’intervention américaine pourrait arranger Poutine. En levant les suspicions qui pèsent sur lui, le président américain va pouvoir négocier plus librement avec son homologue russe. Et il le fera en donnant le sentiment qu’il le fait dans l’intérêt des Etats-Unis et non pour satisfaire le Kremlin.
 
A toutes fins utiles, l’administration américaine rappelle aux Iraniens et à leurs alliés que l’arme chimique doit sortir de l’équation. Pas question d’y recourir, par exemple dans une attaque contre Israël, quels qu’en soient les motifs. Les Etats-Unis réagiront sans qu’il puisse y avoir le moindre doute.
 
Et la justification sera évidemment d’ordre humanitaire, avec pour seul souci celui de protéger les populations civiles. L’opinion mondiale n’aura pas de raison d’en douter comme elle le fait souvent.
 
Alors qu’il reçoit Xi Jinping, le président chinois, dans sa luxueuse résidence privée de Floride, Donald Trump a choisi de ne pas embarrasser son homologue comme il l’a fait de façon routinière pendant sa campagne électorale.
 
Cela ne veut pas dire qu’il a choisi de s’en accommoder. Au contraire, les frappes contre un régime que les Chinois cherchent à protéger montrent que le président américain utilise désormais moins le verbe et plus l’action pour faire passer son message.
 
Si ces explications sont les bonnes, alors on peut parier que la position américaine n’a pas changé. En d’autres termes, il n’y aura pas d’escalade militaire en Syrie. Certains candidats à la prochaine élection présidentielle pourront se rassurer ! Les relations avec la Russie ne vont pas se tendre. Elles devraient au contraire se renforcer.

Pour ce qui est de la Chine, la priorité reste à la réduction du déficit commercial américain et à la liberté de navigation en mer de Chine. Les Etats-Unis ont envoyé un signal que les diplomates chinois n’auront aucun mal à déchiffrer.

Trump, nouveau héros de la gauche ?

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