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Publié par Bob Woodward

Libye: la guerre sans fin ?
Le gouvernement libyen d'union (GNA) a dénoncé dimanche dans un communiqué l'annonce cette semaine à Tripoli de la formation d'une coalition de groupes armés baptisée "Garde nationale", y voyant une tentative de créer "un organe de sécurité parallèle".
 
Jeudi, des groupes armés venus essentiellement de la ville de Misrata (ouest) ont annoncé la création d'une "Garde nationale libyenne" qui aurait pour mission selon eux, de combattre le groupe Etat islamique, de sécuriser les institutions de l'Etat, les missions diplomatiques, et les ressortissants étrangers.
 
Ces groupes n'avaient pas précisé si cette "Garde nationale" appuyait ou pas le GNA, seul exécutif reconnu et soutenu par l'ONU et les pays occidentaux. 
 
Mais selon des sources locales, plusieurs des milices qui la composent seraient loyales à Khalifa Ghweil, un ancien dirigeant qui avait autoproclamé en 2014 à Tripoli un "gouvernement de salut national" et n'avait ensuite pas voulu reconnaître le GNA quand ce dernier s'était installé dans la capitale en 2016.
 
Les États-Unis avaient exprimé vendredi leur "inquiétude" après l'entrée de ces groupes à Tripoli, y voyant un "risque de déstabiliser davantage la sécurité déjà fragile" dans la capitale, selon un communiqué du département d'Etat.
 
"Nous soulignons que ce groupe et ceux qui l'appuient sont considérés comme hors-la-loi et n'ont aucun statut. Et ils vont être traités de la sorte par les organes sécuritaires et judiciaires", a prévenu le GNA dans son communiqué. 
 
Le gouvernement voit dans l'annonce de la nouvelle coalition une "tentative de former un corps parallèle à la garde présidentielle".
 
Il y voit aussi une tentative "de faire entrer la capitale dans un conflit armé sanguinaire".
 
Si elle est confirmée, la formation d'une telle coalition de groupes armés hostiles au GNA pourrait affaiblir encore plus cet exécutif qui n'arrive toujours pas à asseoir son autorité dans l'ensemble du pays ni même dans la capitale. Il fait face notamment à l'hostilité d'une autorité rivale basée dans l'est du pays et qui refuse de le reconnaître.
 
Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye et en particulier la capitale Tripoli sont sous la coupe de dizaines de milices dont les allégeances et les zones de contrôle sont mouvantes.Le maréchal Haftar a renforcé dernièrement ses positions sur l’échiquier politique libyen, en reprenant d’un tour de main, le 15 mars, l’emprise sur le Croissant pétrolier, dont il avait perdu le contrôle, deux semaines plus tôt. Haftar a montré qu’il est le plus fort à l’Est et qu’il domine sans partage la région.
 
En plus, une délégation du Parlement britannique vient de le rencontrer et de rédiger un rapport dans lequel elle demande au gouvernement de sa Majesté de lâcher le gouvernement d’El Sarraj, qui n’a aucun pouvoir sur le terrain, et de soutenir le maréchal Haftar, qui dispose d’un noyau d’armée régulière et lutte contre le terrorisme.
 
Il ne faut pas, non plus, oublier la manifestation qui est descendue, le 17 mars à Tripoli, pour soutenir Haftar et demander la sortie des milices de la capitale libyenne.
 
Par ailleurs, la position de l’Egypte conforte davantage le maréchal Haftar dans sa position. Dans l’entretien téléphonique, tenu jeudi dernier, entre le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Chokri, et son homologue français, Jean-Marc Ayrault, l’Egyptien a insisté sur le fait que l’unique autorité en charge de la sécurité en Libye, c’est bien l’ANL et, à sa tête, le maréchal Haftar.
 
Cette position vient en réponse à des appels du gouvernement d’El Sarraj à la communauté internationale pour mettre sous son autorité la sécurité des ports pétroliers.
 
Les paramètres du tableau de bord de la situation libyenne, présentés plus haut, indiquent que la phase politique de la réconciliation entre les belligérants libyens est encore loin. Ils continuent à renforcer leurs positions respectives sur le terrain. Pour être plus précis, ajoute le politologue Rouayef, c’est le maréchal qui continue à renforcer ses positions et c’est Fayez El Sarraj qui cherche encore une place sur l’échiquier, autre que celle obtenue grâce à la communauté internationale.
 
L’initiative tripartite ne saurait survenir, selon le politologue, qu’une fois la situation devenue plus claire sur cet échiquier complexe. Khalifa Haftar pourrait alors venir à Tunis, avec des positions précises concernant le sort de son autorité militaire et l’identification de ses vis-à-vis de l’Ouest libyen.

Haftar ayant, jusque-là, refusé de reconnaître l’autorité d’El Sarraj, parce que le maréchal continue à croire qu’El Sarraj ne dispose d’aucune autorité sur le terrain. En attendant, les Libyens peinent à joindre les deux bouts.

Libye: la guerre sans fin ?
A Tripoli, Benghazi ou Ras Lanouf, des affrontements ont opposé les différentes factions qui s'opposent pour le contrôle du territoire libyen, sans faire de véritable gagnant.
 
En un mois, la Libye a connu trois flambées de violence: à l’Ouest, au centre et à l’Est. Le pays est déchiré entre villes, tribus, milices et gouvernements rivaux depuis bientôt trois ans, sans qu’aucun camp ne parvienne à prendre le dessus. Cette fois-ci, les armes ont fait bouger les lignes, laissant même craindre, un temps, un nouvel embrasement généralisé. Mais un nouvel équilibre des forces, forcément fragile, semble avoir été atteint. Retour, région par région, sur les points de tension.
 
Si «l’argent est le nerf de la guerre», le réseau pétrolier libyen est le système nerveux du pays. La zone côtière située entre Sidra et Ajdabiya est le principal débouché de la production de pétrole, qui représentait plus de 90% des recettes de l’Etat avant la chute de Mouammar al-Kadhafi. La plupart des pipelines du bassin de Syrte alimentent les terminaux situés dans ce fameux croissant, objet de toutes les convoitises.
 
Depuis l’automne, il était contrôlé par les troupes du maréchal Haftar, un militaire incontrôlable qui a juré d’écraser les islamistes dans toute la Libye et est désormais maître de la Cyrénaïque, la partie orientale du pays. Son autoproclamée «armée nationale libyenne» (LNA) s’était emparée du croissant à l’automne dernier.
 
En position de force, Haftar avait pu négocier avec le gouvernement d’union nationale de Faïez el-Serraj les conditions de la reprise d’activité de la NOC, la compagnie pétrolière nationale : l’argent de la vente du brut était versé à la Banque centrale, à Tripoli, sous contrôle du gouvernement d’union nationale. Une partie était ensuite «rétrocédée» au camp Haftar, pour payer les salaires et financer les subventions sur les produits de première nécessité.
 
Le 3 mars, une coalition de miliciens baptisée Brigades de défense de Benghazi (BDB) a mené un raid éclair sur les installations pétrolières du croissant. Composé d’anciens combattants du Conseil de la choura des révolutionnaires de Benghazi chassés de la ville par Haftar et de groupes islamistes, BDB dit se battre «contre le retour d’un pouvoir autoritaire» et «pour le retour des déplacés de Benghazi». L’organisation tente de gommer au maximum sa proximité avec les jihadistes de la deuxième ville de Libye (notamment Ansar al-Charia, proche d’Al-Qaeda) qui a valu au Conseil de la choura sa mauvaise réputation sur la scène internationale.
 
La LNA a été surprise par l’offensive, mais sa contre-attaque a été immédiate. Après onze jours de combats, qui ont fait plusieurs dizaines de morts, tous les terminaux pétroliers ont été repris et BDB s’est replié vers la zone de Jufra. Haftar a réussi à rallier à lui plusieurs tribus de la région.
 
Surtout, grâce au soutien plus ou moins discret de l’Egypte, des Emirats arabes unis et de la Russie, il disposait d’une supériorité évidente : sa force de frappe aérienne. Les installations pétrolières n’ont pas été endommagées par les affrontements, mais le deal sur la vente de brut est fragilisé. Haftar accuse le gouvernement d’union nationale d’avoir appuyé en sous-main BDB: le dialogue entre l’Est et l’Ouest, qui était déjà ténu, est maintenant au point mort.
 
Le gouvernement de Faïez el-Serraj, reconnu par la communauté internationale et installé dans la capitale depuis un an, n’a jamais réussi à asseoir son autorité à Tripoli (ni ailleurs en Libye). Il a dû nouer une alliance de circonstances avec plusieurs milices, qui le protègent et travaillent avec lui tout en conservant une totale autonomie. Mais certains quartiers de la ville sont contrôlés par des bandes rivales, plongeant la capitale dans un état d’instabilité permanente.
 
Cet automne, un gouvernement parallèle a même réussi à s’implanter, avec à sa tête l’ancien Premier ministre Khalifa Ghweil, soutenu par plusieurs groupes armés islamistes proches du grand mufti Al-Ghariani. Entre les milices pro-Ghweil et les pro-Serraj, une bataille a éclaté à la mi-mars, déclenchée par des affrontements pour le contrôle d’une banque. Les combats ont gagné plusieurs quartiers de Tripoli et duré quatre jours. Les milices favorables au gouvernement d’union nationale ont fini par donner l’assaut, à l’arme lourde, sur le quartier général de Khalifa Ghweil, surnommé «l’hôtel Rixos», un luxueux complexe administratif.
 
Les troupes de Ghweil ont fui le secteur – leur chef aurait même été légèrement blessé. Un cessez-le-feu, qui prévoit le départ des milices de la capitale dans un délai de trente jours et des échanges de prisonniers, a été signé le 16 mars. Il a permis un apaisement momentané des tensions, mais a peu de chances d’être respecté sur le long terme: certains groupes armés, pourtant pro-gouvernementaux, ont désavoué la trêve le soir même de sa signature. Avec le soutien des grandes brigades de Tripoli, Faïez el-Serraj a tout de même réussi, pour la première fois, à s’imposer sur le terrain.
 
Cette «victoire» arrive à un moment opportun pour le chef du Conseil présidentiel, toujours soutenu officiellement par les chancelleries étrangères mais sous le feu des critiques, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. De plus en plus d’observateurs, notamment parmi les analystes néo-conservateurs, pointent «l’échec» de son gouvernement – jamais reconnu par la Chambre des représentants, alliée à Khalifa Haftar – et suggèrent de «tourner la page» de l’accord de Skhirat (signé en décembre 2015) qui avait permis son installation.
 
Après deux mois de siège, l’armée nationale libyenne (LNA) de Khalifa Haftar a annoncé avoir conquis l’un des derniers réduits tenus par le Conseil de la choura des révolutionnaires de Benghazi, le 18 mars. Selon la LNA, au moins 40 «adversaires» ont été tués dans l’assaut final de ce complexe résidentiel de douze immeubles, dans le quartier de Ganfouda. Cette prise a surtout été marquée par les exactions qui auraient été commises par les soldats d’Haftar, selon Human Rights Watch, qui évoque des «crimes de guerre» et de possibles «actes de tortures contre des civils et des exécutions sommaires».
 
«HRW a examiné des vidéos et des photos remises par des membres des familles des victimes, des journalistes locaux et des activistes, qui semblent montrer les corps de combattants profanés et mutilés par les combattants de la LNA pendant ou après l’évacuation des habitants de Ganfouda», écrit l’organisation.
 
Des vidéos d’assassinat de prisonniers – non vérifiées de source indépendante – circulent également sur les réseaux sociaux. Une plainte a été déposée le 22 mars auprès de la Cour pénale internationale. Après plusieurs démentis, le commandement de la LNA a finalement ordonné une enquête et promis de punir les responsables.
 
Trois ans après avoir lancé son opération «Dignité» pour chasser les islamistes des villes de la Cyrénaïque, le maréchal Haftar peine à en finir avec ses opposants à Benghazi, désormais regroupés dans les quartiers de Sabri et Souk al-Hout, en plein centre-ville. Un avion de chasse Mig-21 de la LNA a été abattu à la mi-mars alors qu’il survolait Sabri.
 
Quelque 250 kilomètres plus à l’est, la cité de Derna, aux mains du Conseil de la choura des moudjahidin de Derna, échappe également à Haftar. Sa popularité régionale, incontestable, et ses alliances avec les tribus locales comme avec le grand voisin égyptien, le rende pourtant incontournable dans l’optique d’une reprise des négociations de paix interlibyennes.
Libye: la guerre sans fin ?

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