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Publié par Bob Woodward

"La Mère de Satan", l'explosif de Daech ?
Dans les milieux jihadistes, on la surnomme "La Mère de Satan". Quel est cet explosif utilisé lors des attentats de Bruxelles, ainsi qu’à Paris en novembre dernier ?
 
C’est une poudre blanche, discrète, facile à fabriquer, mortelle. A Bruxelles mardi, comme au Bataclan à Paris ou sur les champs de bataille syriens, le TATP, surnommé dans les milieux jihadistes "la mère de Satan", s’avère être un explosif de choix pour le groupe Etat islamique.
 
C’est de TATP qu’étaient constituées les ceintures explosives des kamikazes du 13 novembre à Paris, comme, selon les premières présomptions, les gilets et bombes que les jihadistes ont fait sauter mardi dans l’aéroport et le métro de Bruxelles, faisant au moins 31 morts et 270 blessés, dont beaucoup souffrent de graves brûlures. Le TATP, la substance découverte mardi à Marseille dans le sud de la France dans l'appartement de deux suspects, est une poudre blanche au redoutable pouvoir détonant devenue, parce qu'elle se fabrique avec des ingrédients du commerce, l'explosif de prédilection des jihadistes.
 
La perquisition de l'appartement de deux hommes soupçonnés de préparer un attentat jihadiste "imminent" en France a notamment permis de découvrir "des explosifs, en l'occurrence trois kilos de TATP, du péroxyde de triacétone, en train de sécher dans un placard sur trois étagères à trois stades d'élaboration différente dont l'un était d'ores et déjà prêt à l'usage", a révélé le procureur de Paris François Molins. Quinze kilos d'explosif de type TATP, 150 litres d'acétone, 30 litres d'eau oxygénée, des détonateurs, une valise remplie de clous et de vis » ont été trouvés dans un appartement des kamikazes de Bruxelles, a révélé mercredi le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw. Découvert à la fin du XIXème siècle par un chimiste allemand, le peroxyde d'acétone est un explosif artisanal obtenu en mélangeant, dans des proportions précises, de l'acétone, de l'eau oxygénée et un acide (sulfurique, chlorhydrique ou nitrique). L'acide sulfurique se trouve, par exemple, dans les produits pour déboucher les canalisations. En somme, des produits en vente libre, très faciles à trouver dans le commerce, explique le Washington Post.
 
Après mélange, on obtient une poudre constituée de cristaux blancs, ressemblant à du sucre grossier, et il suffit d'un simple détonateur pour le faire exploser, dans une déflagration produisant un terrible dégagement de gaz brûlants.
 
Ces dernières années, en Irak et en Syrie, les laboratoires, d'abord sommaires puis quasi-industriels, de TATP et d'autres matières explosives artisanales se sont multipliés. La partie la plus délicate est l'ajout d'acide au mélange d'acétone et d'eau oxygénée, qui dégage de la chaleur, de fortes émanations et peut s'enflammer, mais une personne soigneuse et attentive, protégée par un simple masque, peut y parvenir sans peine. Pour provoquer l'explosion du TATP, un détonateur est nécessaire. Il peut être fabriqué, à l'aide d'un fin tube métallique rempli de pâte et relié à deux fils électriques qui, mis en contact, vont provoquer un arc électrique puis une flamme. Plus simplement, ils peuvent être achetés dans le commerce. C'est ce qu'a fait Salah Abdelslam, l'un des djihadistes du 13 novembre, arrêté le 18 mars à Bruxelles : après avoir vu photocopier son permis de conduire, il avait acheté une dizaine de détonateurs pyrotechniques chez un vendeur de matériel pour feux d'artifice de la région parisienne, sans éveiller le moindre soupçon. Dans un rapport publié en février, l'ONG Conflict Armament Research avait également mis en évidence que Daesh réussissait à se fournir aisément en acétone, eau oxygénée et acide via notamment des pays européens. L'organisation a mis à jour, après une enquête de vingt mois, un réseau de 51 sociétés, basées dans vingt pays, dont la Turquie, la Russie mais aussi la Belgique et les Etats-Unis, fournissant au groupe terroriste les composants nécessaires à la fabrication semi-industrielle d'explosifs artisanaux.
 
« Le principal problème que nous pose le TATP », confie un membre des services français antiterroristes, qui demande à rester anonyme, « c'est la disponibilité des ingrédients. On peut surveiller les ventes d'eau oxygénée, d'ailleurs on le fait bien sûr, mais si les gars sont assez malins pour faire vingt pharmacies et acheter de petites quantités, ça passe. Pareil pour l'acétone et l'acide... », explique-t-il dans Sud Ouest. « Lors d'un stage, on a passé l'après-midi à fabriquer des explosifs artisanaux, notamment du TATP, ensuite testés. C'est d'une facilité déconcertante. Uniquement avec des produits achetés dans des magasins de bricolage. En une demi-heure, on avait fabriqué l'explosif, une demi-heure après on le faisait péter. Et ça a pété fort », dit-il.
 
Découvert à la fin du XIXe siècle par un chimiste allemand, le peroxyde d'acétone (en anglais TATP: triacetone triperoxide) est un explosif artisanal obtenu en mélangeant, dans des proportions précises, de l'acétone, de l'eau oxygénée et un acide (sulfurique, chlorhydrique ou nitrique), produits que l'on achète sans problème en droguerie ou magasin de bricolage.

On obtient alors une poudre constituée de cristaux blancs, ressemblant à un sucre grossier, qu'un détonateur simple suffit à faire exploser, dans une déflagration produisant un terrible dégagement de gaz brûlants.

"La Mère de Satan", l'explosif de Daech ?
Depuis des années les groupes radicaux ont mis en ligne des manuels pratiques expliquant, photos, dessins ou films à l'appui, comment fabriquer "dans la cuisine de votre mère" qu'ils surnomment "la mère de Satan". Ces dernières années, en Irak et en Syrie, les laboratoires, d'abord sommaires puis quasi-industriels, de TATP et d'autres explosifs artisanaux se sont multipliés.
 
"Contrairement à ce qu'on dit parfois, regarder un tutoriel sur internet ne suffit pas", a toutefois assuré à l'AFP Éric, un ancien officier français spécialiste des explosifs, qui a demandé à ne pas être identifié.
 
"Il faut quand même que quelqu'un vous ait montré une fois. Mais des instructeurs, les gars de l'État islamique n'en manquent pas, en Syrie et en Irak. Puis ça se diffuse de cours pratique en cours pratique. Quand on vous a montré, vous pouvez effectivement le faire dans votre cuisine".
 
La partie la plus délicate est l'ajout d'acide au mélange d'acétone et d'eau oxygénée, qui dégage de la chaleur, de fortes émanations et peut s'enflammer, mais un opérateur soigneux, protégé par un simple masque, peut y parvenir sans peine.
 
Dans l'appartement de Marseille, les enquêteurs ont également découvert des tenues de chimistes, des seringues, des doseurs, des bouteilles d'acétone et des bidons d'eau oxygénée.
 
C'est de TATP qu'étaient constitués les gilets et bombes que des jihadistes ont fait détonner dans l'aéroport et le métro de Bruxelles en mars 2016, faisant au moins 32 morts et 340 blessés, dont beaucoup atteints de graves brûlures.
 
"Le principal problème que nous pose le TATP", a confié à l'AFP un membre des services français antiterroristes, qui souhaite rester anonyme, "c'est la disponibilité des ingrédients. On peut surveiller les ventes d'eau oxygénée, d'ailleurs on le fait bien sûr, mais si les gars sont assez malins pour faire vingt pharmacies et acheter de petites quantités, ça passe. Pareil pour l'acétone et l'acide ?"
"La Mère de Satan", l'explosif de Daech ?

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