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Publié par Bob Woodward

L'Afghanistan, base de repli de Daech ?
Il n’y a plus beaucoup de sanctuaires en Afghanistan depuis l’émergence de Daech. Le groupe a lancé un assaut mercredi 8 mars contre le principal hôpital militaire de Kaboul avant d’ouvrir le feu sur les patients et le personnel. L’attaque, qui a pris fin après plusieurs heures de combats, a fait plus de trente morts et 66 blessés.
 
D’après des témoins, un kamikaze s’est d’abord fait exploser à l’entrée de l’établissement sécurisé. Profitant du chaos, trois hommes armés habillés en médecins ont ensuite pénétré à l’intérieur de cet hôpital de 400 lits situé dans le quartier des diplomates, près de l’ambassade des États-Unis.
 
L’attentat a rapidement été revendiqué par Daech qui multiplie les attaques à grande échelle depuis un an en Afghanistan. Le 23 juillet 2016, le groupe avait tué 80 personnes de l’ethnie Hazara lors d’une manifestation à Kaboul, avant de s’en prendre en novembre à une mosquée chiite de la capitale, massacrant 27 fidèles.
 
Leur dernière opération sanglante remonte au 8 février 2017, jour où huit employés du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont été assassinés dans l’Est du pays, obligeant l’organisation humanitaire à mettre entre parenthèses ses programmes.
 
Au contraire des talibans qui se sont souvent distanciés par le passé d’opérations susceptibles de provoquer un lourd bilan humain parmi la population, Daech frappe sans distinction civils et militaires en faisant le plus de victimes possible, avec l’intention de marquer les esprits selon une stratégie déjà utilisée au Moyen-Orient.
 
L’émergence de Daech en Afghanistan remonte à 2014, date à laquelle un taliban historique incarcéré à Guantanamo, le mollah Abdul Rauf, a fait allégeance au califat autoproclamé d’Aboubakr al-Baghdadi. Ce dernier qui a déjà séjourné dans le pays au début des années 1990 aspire à récupérer l’héritage d’Al-Qaida en Afghanistan, là, où la première génération de djihadistes arabes a combattu contre les Soviétiques.
 
Très vite, Abdul Rauf entraîne derrière lui des combattants talibans déboussolés par la mort du commandant historique le mollah Omar et les divisions qui surgissent lors de sa succession. Depuis l’Irak, Daech fait parvenir également de l’argent pour soutenir l’émergence de sa franchise locale.
 
Chassé du Helmand par les talibans, très vite privé de son chef de file Abdul Rauf tué par un drone américain, Daech est parvenu néanmoins à s’installer dans la province orientale du Nangarhar, se constituant un sanctuaire duquel il peut lancer ses attentats.
 
Contrôlant plusieurs passages vers le Pakistan, les djihadistes peuvent imposer des taxes sur le trafic de l’héroïne, première source de financement des guérillas afghanes, au risque de se heurter violemment avec les talibans.
 
Au-delà du leadership sur la rébellion et des différences idéologiques, – les talibans étant essentiellement un mouvement national tandis que Daech aspire à califat étendu –, les deux groupes djihadistes s’affrontent désormais pour le contrôle de l’argent de la drogue.Sous pression en Syrie et en Irak, Daech porte ses efforts vers l’Asie centrale ainsi que vers le Sud et le Sud-Est asiatique. Nikolaï Patrouchev, le secrétaire du Conseil de sécurité russe prévient que l’Afghanistan est déjà dans le collimateur des djihadistes.
 
À l'heure actuelle, les djihadistes du groupe terroriste État islamique et de certains autres groupes terroristes tentent de déployer et de maintenir de nouvelles têtes de pont sur le territoire de l'Afghanistan et d'autres pays d'Asie centrale, du Sud et du Sud-Est, a averti M. Patrouchev.
 
Il s'adressait à la 12e rencontre des secrétaires de Conseil de sécurité de l'Organisation de coopération de Shanghai qui s'est tenue à Astana, la capitale du Kazakhstan.
Il a ajouté qu'on observait depuis un certain temps un regain d'activité des terroristes liés à Daech dans les pays de la région.
 
« Nous constatons l'intention de Daech et de certains autres groupes terroristes de créer de nouvelles têtes de pont, y compris en Afghanistan, en Asie centrale, du Sud et du Sud-Est », a-t-il déclaré.
 
M. Patrouchev a signalé en outre qu'une « grave menace pour nos pays émanait du terrorisme international. »
 
Rappelons qu'en 2016, l'affaiblissement du contrôle du pouvoir central sur les régions reculées d'Afghanistan a permis aux terroristes de Daech de s'infiltrer en territoire afghan et d'y installer plusieurs bases dans la province de Nangarhar (Est du pays). Selon Kaboul, les terroristes pénètrent en Afghanistan depuis le Pakistan.
 
La pénétration de combattants et de recruteurs de Daech sur leur territoire préoccupe également l'Inde, l'Indonésie et les Philippines, où opère le groupe terroriste Abou Sayyaf, proche de Daech.Délaisser l’Afghanistan politiquement et militairement, et ne plus parler que de la Syrie et de l’Irak, risque de le faire replonger dans la situation tragique du début des années 2000, selon plusieurs experts afghans.
 
Le groupe Etat Islamique est apparu pour la première fois en Afghanistan en 2015. Trois ans après la naissance de la mouvance djihadiste la plus radicale du monde en Irak et en Syrie, une partie des déserteurs des Talibans a fait allégeance à Aboubakr al-Baghdâdi , le calife ( le chef) de Daech. Ils se présentent comme des combattants de la région du Khorasan de l’État Islamique. Ces djihadistes ne cessent de harceler le gouvernement afghan, les civils, et même, leurs anciens « frères » Talibans. Le massacre des employés de la Croix Rouge le 8 février au nord du pays était leur dernière opération sanglante en Afghanistan.
 
Pourquoi un autre mouvement djihadiste s’est-il implanté dans le fief des Talibans et d’Al-Qaïda ? Aziz Hakimi, journaliste et spécialiste de l’Afghanistan, a répondu à euronews : « Ils se ressemblent beaucoup, cependant ils sont deux forces entièrement à part. Les Talibans forment un mouvement local qui se limite aux frontières de l’Afghanistan, mais Daech rêve d’un grand Califat musulman. Le groupe État Islamique en Afghanistan est en effet une partie de cette nouvelle aventure djihadiste mondiale.»
 
L'Afghanistan, base de repli de Daech ?
Après l’annonce officielle de la mort du Mollah Mohammad Omar, leader des Talibans, ce mouvement a été affaibli par la division, y compris au sein des dirigeants. Tandis qu’une partie de la direction n’était pas tout à fait hostile aux négociations de paix avec le gouvernement, la majorité refusait toute forme de dialogue avec les autorités soutenues par l’Occident. Alors que le « djihad » se poursuit sans victoire décisive, les Talibans perdent de leur attraction face à l’émergence du nouveau mouvement armé salafiste (Etat Islamique) qui contrôle désormais une bonne partie des territoires de l’Irak et de la Syrie et qui a pour objectif l’instauration du grand Califat dans les frontières historiques de l’âge d’or de l’Islam (de l’ouest de la Chine jusqu’à l’Espagne).
En janvier 2015, Mollah Abdul Raouf, ancien membre des Talibans et ex-prisonnier de Guantanamo, annonce la formation de Daech dans la province Nangarhar dans l’est de l’Afghanistan. Selon Najibullah Mani, le chef de la section antiterroriste du ministère afghan de l’Intérieur, Daech est désormais actif dans au moins 11 provinces du pays.
 
Tandis que les Talibans ciblent les forces militaires afghanes et internationales, ainsi que les fonctionnaires d’État, Daech vise aussi les civils, surtout les membres de la minorité hazâra (majoritairement chiite). Plusieurs attentats ont ensanglanté des rassemblements politiques et religieux des Hazâras dans la capitale, Kaboul, depuis l’été dernier, faisant plusieurs centaines de morts et de blessés. Ces attentats ont été condamnés par les Talibans.
 
La menace de Daech est grandissante pour l’Iran et la Russie. Dans le projet du groupe État Islamique, l’Iran et le Caucase font partie du Califat musulman. Puisque l’armée afghane et les forces internationales ne parviennent pas à contrôler l’avancée de Daech, alors selon certains experts internationaux, la République islamique d’Iran, pourtant ancienne ennemie jurée des Talibans, les soutient désormais face aux djihadistes de Daech. La même tendance existe pour la Russie. Quoique Moscou nie son soutien direct aux Talibans, l’ambassadeur de Russie à Kaboul, Alexander Mantytskiy, a garanti aux sénateurs afghans, le 29 février 2016, que les liens avec les Talibans visaient à “assurer la sécurité en Asie centrale”, arguant du fait que les Talibans combattent le groupe l‘État Islamique.
L'Afghanistan, base de repli de Daech ?

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