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Publié par Bob Woodward

Corée du Nord: un régime aux abois ?
La Corée du Nord a tiré lundi 6 mars quatre missiles en mer du Japon, dont trois dans sa zone économique exclusive, pour « s'entraîner à frapper les bases américaines dans l'archipel ». Ces tirs surviennent au moment même où, non loin de ses côtes, les États-Unis et la Corée du Sud mènent conjointement des manœuvres militaires. Des tirs jugés comme une provocation par tous. Les résolutions de l'ONU interdisent à Pyongyang toute utilisation de la technologie des missiles balistiques, et cette démonstration de force oblige l'administration américaine à apporter une réponse diplomatique à la montée des tensions qui menace également la Chine et la Corée du Sud. L'équilibre nucléaire est-il désormais menacé?
 
Si l’on en croit les spécialistes, la guerre pourrait se déclencher à tout moment entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Mais quelles sont les origines de ce déploiement militaire ?
 
Il y a d’abord la question de la pérennité même du gouvernement de Pyongyang vis à vis de son actuel dirigeant qui est mise en jeux. La population nord-coréenne a de plus en plus de doute sur son chef. Ce dernier, nommé à la hâte, n’avait pas les faveurs du parti : il n’a pas participé à la guerre de Corée, et n’a pas eu de carrière militaire comme son père et son grand père. Il a été élevé en Suisse et n’a pas grandi avec les armes. Contraste absolu d’un pays dont le premier employeur est l’armée.
 
Mais à sa nomination, Kim Jong Un, a mis un point d’honneur à « nettoyer les doutes », ce qui pourrait expliquer la crise actuelle et ces démonstrations de force outrancières.
 
Car dans la foulée du « nettoyage », il y a eu des impairs : dans la vision confucéenne des pays d’Extrême-Orient, le respect dû à la famille a son importance. Il faut se rappeler que Kim Jong Un a fait assassiner plusieurs membres de son clan comme son frère Kim Jong Nam en 2017 et son oncle Jang Song-Taek en 2013. Cela a laissé dubitatif plusieurs membres du parti qui l’avaient à la bonne.  Mais à l’instar du chef d’état-major Ri Yong-il le 21 février dernier, ils ont aussi été assassinés.
 
Les assassinats n’ont rien de nouveau dans le régime. Mais ceux ordonnés par le père et le grand père se faisaient autrefois dans la discrétion d’un accident de voiture ou d’une « crise cardiaque ».  Cette manière de procéder, à savoir les procès suivi d’exécutions spectaculaires, est une façon de prouver à sa population, que le leader veille au grand jour. Mais cela aussi est un impair : il est très mal vu de montrer sa colère dans la tradition coréenne, même si la société est communiste. Et les procès en trahison ne font que faire planer le doute au sein du parti et de la population.
 
Tous ces facteurs conduisent Kim Jong Un à une fuite en avant pour prouver qu’il est digne du pouvoir. Mais la crise a aussi d’autres origines.
Le régime de Pyongyang est-il voué à s'effondrer ? C'est ce que pense un ancien haut diplomate nord-coréen passé au Sud en août dernier.
 
"Je suis convaincu que les jours de Kim Jong-un sont comptés", a déclaré ce mercredi lors de sa première conférence de presse devant les médias étrangers l'ancien numéro deux de l'ambassade de Corée du Nord à Londres, Thae Yong-Ho.
 
Le diplomate est convaincu que nombre de ses compatriotes vont suivre son exemple car le régime nord-coréen est "sur une pente descendante". Pour preuve, de plus en plus de membres de l'élite nord-coréenne "tournent leur dos" à Kim Jong-un :
 
La Corée du Nord est dirigée depuis sa fondation en 1948 par la dynastie des Kim. Elle est l'objet de multiples résolutions de sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU décrétées pour la contraindre à renoncer à ses programmes nucléaire et balistique interdits.
 
Thae Yong-Ho, l'un des plus hauts diplomates à être passé au Sud ces dernières années, a expliqué que l'accès aux informations étrangères dans le cadre de ses fonctions avait contribué à faire vaciller sa foi dans le régime.
 
Ses doutes sont devenus des convictions quand Kim Jong-un, arrivé à la tête du pays après le décès de son père il y a cinq ans, s'est mis à se débarrasser de hauts responsables du régime dans d'impitoyables purges.
 
Les diplomates nord-coréens sont généralement contraints quand ils sont nommés à l'étranger de laisser un de leurs enfants au pays, comme "garantie" de leur fidélité au régime. Mais Thae Yong-Ho, 55 ans, a eu la chance de pouvoir partir en Grande-Bretagne avec ses deux fils aujourd'hui âgés de 19 et 26 ans.
"Le régime de Kim Jong-un prend en otage l'amour entre parents et enfants pour contrôler les diplomates nord-coréens."
 
L'ex-diplomate, passé au Sud avec femme et enfants, avait été qualifié de "pourriture humaine" par Pyongyang qui l'accuse d'avoir détourné une importante somme d'argent, violé un mineur ou encore espionné pour le compte de Séoul.
 
La Corée du Nord, qui a réalisé en 2016 deux essais nucléaires et plus d'une vingtaine de tirs de missiles, a pour ambition de se doter d'un missile intercontinental (ICBM) susceptible de porter le feu nucléaire sur le territoire américain.
Corée du Nord: un régime aux abois ?
Thae Yong-Ho affirme que Pyongyang espère "achever" son développement nucléaire d'ici la fin de l'année, en profitant notamment des alternances politiques aux Etats-Unis et en Corée du Sud. L'ancien diplomate estime :
"La seule façon de régler le problème des menaces nucléaires nord-coréennes est d'éliminer le régime de Kim Jong-un."
 
Il défend les sanctions internationales contre Pyongyang, et plaide pour que des campagnes soient organisées pour propager à l'intérieur de la Corée du Nord des informations étrangères afin d'inciter la population à "la révolte".
 
Des réformes économiques timides ont été lancées en Corée du Nord, concède-t-il, "mais les moins privilégiés trouvent la vie encore plus dure."
 
En effet, 40% de l’économie nord-coréenne est tournée vers la vente d’armes : principalement des missiles à l’Iran, comme les anti-aériens HT-16PGJ. Mais avec la levée des sanctions, le pays des ayatollahs a décidé de suspendre ses achats pour redorer son image auprès de la communauté internationale et préfère dorénavant traiter avec les Russes pour son armement. Les leurs sont plus perfectionnés et moins onéreux.
 
Autre aspect, l’agriculture. L’objectif de la Corée du Nord en la matière est l’autosuffisance. Mais cette dernière reste encore fortement soumise aux aléas climatiques. Dans un rapport de 2005, à la suite d’inondations torrentielles ayant causé de nombreux dommages, la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a souligné que «les catastrophes naturelles constituent une menace sérieuse pour la Corée du Nord. Les dommages causés par les inondations, qui s’ajoutent à ceux de la sécheresse et de l’érosion peuvent causer des pertes économiques évaluées entre 1 et 15 milliards de dollars chaque année »
 
De plus, le pays affiche un déficit commercial important depuis 1990. Conséquence directe : la dépendance à la Chine, seul allié du régime nord coréen. Le taux de dépendance du commerce nord-coréen vis-à-vis de l’empire du Milieu, premier partenaire commercial est en constante augmentation : 78,5 % de son commerce extérieur en 2009. Cette dépendance se fait surtout sentir sur les ressources minières du pays qui profitent à l’industrie chinoise des nouvelles technologies.
 
Mais avec un gouvernement chinois qui commence à regarder ailleurs, à savoir en Afrique où elle trouve les mêmes ressources dans des pays moins sulfureux, et une Russie qui n’est plus communiste, la panique de Pyongyang de se retrouver seule se fait sentir.
 
Tout l’enjeux de cette démonstration de force serait, selon certains experts comme Paik Hak-Sun, directeur de l’institut Séjong, une manière de négocier une sortie de l’embargo économique imposé par les Etats-Unis.
 
La guerre serait trop dangereuse pour la stabilité de la région : personne ne voudra des millions de réfugiés du régime nord-coréen, pas plus que d’une escalade militaire pouvant déboucher sur l’utilisation d’armes nucléaires, la contamination des poids lourds de l’économie de la région (le Japon et sa pêche) ou la déstabilisation du régime sud-coréen.
Corée du Nord: un régime aux abois ?

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