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Publié par Bob Woodward

Centrafrique: un pays sans gouvernement ?
Au Tchad, plus de mille Centrafricains sont arrivés sur le territoire la semaine dernière. Un afflux qui complète la longue liste de réfugiés qui affluent vers le Tchad depuis plus de quinze ans.
 
Ce sont plus de 1 100 Centrafricains qui ont traversé la frontière en direction du Tchad. Ils se sont arrêtés à Sourou, village tchadien situé aux confins de la Centrafrique, du Tchad et du Cameroun.
 
Selon les témoignages, les nouveaux réfugiés ont quitté leur village pour échapper à d’éventuelles expéditions punitives des membres de l’ex-Seleka, le conglomérat de mouvements rebelles qui a brièvement gouverné la Centrafrique à partir de 2013. Des anciens Seleka sont venus s’installer dans les villages de Bang, Ngouandaye, Bilé et Bolele. « C’est ce qui nous a fait peur », ont expliqué les nouveaux réfugiés.
 
A leur arrivée, de nombreux enfants et femmes enceintes ont été dénombrés. L’une d’entre elles a même accouché en arrivant sur le territoire tchadien. Dans la plupart des cas, les nouveaux venus sont démunis et attendent des appuis en nourriture ou pour se loger.
 
Dans le sud du Tchad, il y a maintenant plus de 6.000 réfugiés enregistrés par le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui ont fui les violents affrontements dans le nord de la République centrafricaine depuis le 12 juin 2016, annonce le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) au Tchad dans son bulletin publié en milieu de semaine.
 
“En ligne avec la politique d’alternative au camp du HCR, leur réinstallation volontaire dans le village de Diba 1 situé plus loin de la frontière (à 45 km) a commencé le 15 juillet. Au 18 juillet, quelque 229 personnes avaient été transférées à Diba 1 dans quatre convois”, précise l’OCHA Tchad.
 
Après des séances d’information, plus de 800 réfugiés s’étaient volontairement inscrits pour être relocalisés. Cependant le processus s’est heurté au refus de dernière minute de la majorité des réfugiés qui ne souhaitaient pas s’éloigner de la frontière et de leur zone d’origine alors que les autorités avaient favorisé l’accès aux terres arables à ces personnes.
 
Plus de 91.000 réfugiés centrafricains ont été accueillis ces dernières années dans des camps au sud du Tchad. On y dénombre également des dizaines de milliers de personnes d’origine tchadienne ayant fui les violences en Centrafrique en 2013 et 2014.
 
Ce nouvel afflux porte à plus de 70 000 le nombre de réfugiés centrafricains qui ont fait du Tchad leur pays de refuge depuis 2003, date du début de la crise en République centrafricaine.Malgré l'opération de la Minusca, le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) poursuit lentement sa progression vers Bambari. Le FPRC et le Mouvement patriotique centrafricain (MPC) ont promis de prendre Bambari pour en déloger Ali Darass, le chef de l'Union pour la paix en Centrafrique (UPC) qui y a établi son quartier général il y a quelques années. La guerre entre la coalition et l'UPC fait rage depuis plusieurs mois dans cette province de la Ouaka.
 
L'opération de la Minusca samedi 11 février ne semble pas avoir complètement stoppé l'avancée des troupes de la coalition FPRC-MPC vers le sud, en direction de Bambari.
 
Si plusieurs pickups ont été détruits à Ngawa 1 par l'hélicoptère des Nations unies, les éléments de la coalition ont semble-t-il poursuivi à pied, empruntant les sentiers pour entrer discrètement dans Ippy, à une douzaine de kilomètres plus au sud. En douceur, sans combattre, les hommes du FPRC ont donc franchi la fameuse ligne rouge établie par l'ONU.
 
A Ippy se trouve une base temporaire de la Minusca et des casques bleus mauritaniens et bangladais. De nombreux déplacés y avaient trouvé refuge, mais certains ont repris la route. Plusieurs centaines de familles seraient arrivées à Bambari, selon une source humanitaire qui explique que leur décompte est toujours en cours.
 
Par ailleurs le FPRC serait en train de renforcer ses positions à l'autre bout de la ligne de front. « [Dimanche] soir, nous avons vu une trentaine de motos sur lesquelles il y avait des combattants armés arriver du Nord », confie une source à Kaga Bandoro.
 
Des combattants rejoints par d'autres dans la nuit et qui seraient tous partis au petit matin vers Mbrès en contournant le check-point de la Minusca censé empêcher la traversée de Kaga Bandoro. Une fois à Mbrès, les combattants sont à peine à une journée de Bakala où commence la ligne de front.
 
Pour un groupe armé, Bambari constitue un carrefour stratégique à plusieurs égards. L'homme fort de la ville, Ali Darass, y a mis en place un système de prélèvement de taxes sur les commerçants qui y vivent ou qui y transitent. Moyennant finance, l'UPC accorde sa protection aux transhumants qui convoient les troupeaux de bovins.
 
Par ailleurs, en 2015, un rapport de l'ONG Global Witness démontrait que les compagnies internationales qui exploitent le bois dans la région payaient une redevance aux groupes armés et notamment à l'UPC.
 
Mais surtout, Ali Darass tire d'importants profits du commerce du café dans la Ouaka, et des mines d'or de Ndassima à une soixantaine de kilomètres au nord de Bambari.
 
Enfin, la ville a un intérêt opérationnel majeur. Le FPRC qui, avec son allié le MPC, a promis de prendre la ville, rappelle régulièrement ses velléités de partition de l'est de la Centrafrique. Partition à laquelle Ali Darass s'est toujours dit opposé.
 
En prenant Bambari, la coalition s'octroierait des revenus conséquents, se débarrasserait d'un ennemi encombrant, et s'assurerait une liberté de mouvement pour ses troupes dans la moitié est du pays.
 
Mais Bambari est coupée en deux. La partie occidentale de la ville est contrôlée par les anti-balaka de Gaëtan Boade qui verraient d'un bon oeil qu'Ali Darass soit poussé dehors mais qui craignent cette partition. Des anti-balaka qui pour le moment restent l'arme au pied. Des représailles ont eu lieu également dans les quartiers voisins du PK5, à Bangui, après le meurtre, par la gendarmerie, d'un chef d'un groupe d'autodéfense. De nombreux habitants de ces quartiers ont rejoint l'ancien camp de l'aéroport de Mpoko.
 
Les représailles ne se sont pas fait attendre après la mort de « Bigman », mardi 7 février, dans le quartier du PK5. Ce chef d'un groupe d'autodéfense du quartier musulman de Bangui a été abattu par les forces de l'ordre centrafricaines.
 
Ses lieutenants ont cherché à se venger en s'introduisant dans les quartiers voisins et en brûlant des maisons. Au moins quatre personnes, dont un pasteur, seraient décédées lors de cette incursion.
 
Entouré par une dizaine de membres du groupe d'autodéfense de son quartier, Michel Dambeti, le chef adjoint du quartier Fondo raconte : « Avec les détonations des armes, ils ont vu ça et finalement ils sont obligés de retourner à Mpoko »
 
Ils sont en effet deux à trois cents à avoir retrouvé ce camp qu'ils avaient occupé pendant plus de trois ans aux abords de l'aéroport de Bangui. Sur place c'est l'incompréhension qui règne alors que ces déplacés ont été forcés d'évacuer il y a quelques semaines, comme le souligne Tony Belema.
 
« J'ai fait trois ans ici sur ce campet après mon retour je croyais que c'était fini. Mais avec ce qui s'est passé hier, je ne sais pas combien d'années je vais faire ici. Je peux m'éterniser ici tant que le gouvernement be trouvera pas une bonne solution pour notre retour  »
 
Pour le moment, le gouvernement ne communique pas sur la manière de gérer ce problème, mais le ministère de la Sécurité publique ainsi que la Minusca continuent d'appeler au calme.
Centrafrique: un pays sans gouvernement ?
Son élection, en février 2016, puis son investiture le 30 mars, avaient suscité l’espoir dans un pays ravagé par la guerre civile. Premier président de la République centrafricaine élu après la crise, successeur du gouvernement de transition de Catherine Samba-Panza (2014-2016), Faustin-Archange Touadéra avait la lourde responsabilité de reconstruire un Etat en faillite. Mais aujourd’hui, les violences perdurent et le pays ne semble trouver aucune issue à la crise. Une année de mandat jalonnée d’entraves politiques, économiques et structurelles, qui pose la question : le président Touadéra est-il à la hauteur d’une mission qui paraît impossible ?
 
    Avril 2016 : un dialogue impossible
 
Du 12 avril au 18 mai 2016, les représentants des principaux groupes armés du pays se succèdent à Bangui, à l’invitation du nouveau président. FPRC, RPRC, MPC, UPC… Autant d’acronymes qui se disputent l’héritage de la Séléka, la coalition de mouvements rebelles arrivée au pouvoir en mars 2013 avant d’en être chassée par l’intervention militaire française Sangaris, déclenchée en décembre de la même année. Les miliciens contrôlent toujours l’est et le nord du pays, soumis aux affrontements entre factions rivales.
 
D’après un rapport d’experts de l’ONU daté du 11 août 2016, Faustin-Archange Touadéra se heurte alors aux revendications des ex-Séléka, qui exigent des portefeuilles dans le nouveau gouvernement. Une requête inacceptable pour l’équipe en place. La présidente de la transition, Catherine Samba-Panza, avait intégré dans l’exécutif des politiciens proches de la Séléka, majoritairement musulmane, et des anti-balaka, une milice composée surtout de chrétiens et d’animistes. Selon les chercheurs Mathilde Tarif et Thierry Vircoulon, de l’Institut français des relations internationales (IFRI), « cette stratégie d’association des modérés des deux camps ennemis a conduit à une surenchère des demandes de nomination. »
 
 
    Juillet 2016 : une « économie criminelle »
 
Dans son discours des « cent jours » à la présidence de la République, le 9 juillet, Faustin-Archange Touadéra réclame « la levée totale de l’embargo sur la commercialisation des diamants, qui a privé l’Etat d’énormes ressources et encouragé le trafic illicite ». Aujourd’hui, l’une des principales richesses du pays est encore pour une bonne partie aux mains des divers groupes rebelles, faute d’en avoir sécurisé les gisements. Mathilde Tarif et Thierry Vircoulon alertent sur « un basculement dramatique de l’économie informelle à l’économie criminelle », qui alimente les violences entre bandes armées et entretient la corruption au sein de l’administration.
 
    Octobre 2016 : une souveraineté de façade
 
Le 31 octobre, l’opération Sangaris touche officiellement à sa fin. C’est désormais aux casques bleus de la Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations unies en République centrafricaine (Minusca) que revient le maintien d’une paix précaire dans le pays. Mais leur efficacité est contestée par la population : une semaine plus tôt, des organisations de la société civile centrafricaine ont déclaré Bangui « ville morte », le temps d’une journée, pour fustiger l’inaction des troupes onusiennes face aux violences. Le premier ministre, Simplice Sarandji, enjoint la population à boycotter la grève, mais les Banguissois ne suivent pas son appel et désertent les rues. Un aveu d’impuissance pour le fragile régime central. « Politiquement, la Minusca est le seul acteur à Bangui. C’est elle qui donne la direction au gouvernement », estime Thierry Vircoulon.
 
 
    Novembre 2016 : une relance à financer
 
Ancien professeur de mathématiques, Faustin-Archange Touadéra ne rechigne pas à sortir sa calculette : son administration en faillite dépend de la bonne volonté des donateurs publics et privés, auxquels il doit consacrer la plupart de ses déplacements officiels. Le 17 novembre, il se rend à Bruxelles. Devant un parterre de bailleurs de fonds internationaux, il présente un plan de relance sur cinq ans estimé à 3,1 milliards d’euros : il revient à Bangui avec 2,2 milliards d’euros de promesses de dons. Puis, le 13 janvier 2017, il réclame 21,5 millions d’euros pour aider le Programme alimentaire mondial (PAM) à « prévenir le pire » dans son pays. Et dix jours plus tard, il sollicite l’aide du Fonds monétaire international (FMI) et reçoit la visite de sa directrice générale, Christine Lagarde, à Bangui : le FMI approuve un prêt de 116 millions de dollars (environ 110 millions d’euros).
 
    Février 2017 : une justice embryonnaire
 
Le 16 février, la Cour pénale spéciale centrafricaine (CPS) se dote enfin d’un procureur. Le colonel Toussaint Muntazini Mukimapa est chargé d’instruire les crimes les plus graves commis dans le pays depuis 2003. Annoncée depuis 2014, la CPS ne sera pas effective avant la fin de l’année 2017. Le financement de cette juridiction exceptionnelle, composée de juges internationaux et centrafricains, a toutefois accaparé le budget des aides allouées à la justice, selon Mathilde Tarif et Thierry Vircoulon. Au détriment de la formation du personnel policier, pénitentiaire et judiciaire, dont les maigres effectifs suffisent à peine à couvrir la capitale et ses environs proches.
 
 
    Mars 2017 : une armée désarmée
 
Le 20 mars, après un discours au siège des Nations unies, à New York, Faustin-Archange Touadéra est de passage à Paris. Parmi les enjeux de ces visites : la levée de l’embargo sur les armes imposé au pays depuis la crise de 2013. Privées de tout matériel létal, les Forces armées centrafricaines (FACA) doivent composer avec les rares vestiges laissés par les précédents gouvernements. Leur entraînement par la Mission de formation de l’Union européenne (EUTM) ne suffit pas à changer la donne face à des milices régulièrement approvisionnées grâce aux trafics en tous genres. Quant au processus de désarmement, démobilisation, réinsertion (DDR) censé ramener les milices dans le giron de l’Etat, il ne connaît « aucune avancée », selon Thierry Vircoulon : « Les groupes armés jouent un double jeu. Ils participent aux réunions mais ne suivent pas sur le terrain. » Sept mois après le départ de Sangaris, seule la capitale et ses environs sont partiellement sécurisés. L’Etat est toujours absent dans le reste du pays.
 
    Avril 2017 : le « dilemme » de Touadéra
 
A Bangui, le président Touadéra célèbre sans faste le premier anniversaire de son mandat. Une énième crise politique couve. « Des petits jeux de bac à sable sans aucun intérêt pour la situation générale », commente Thierry Vircoulon, pour qui le pays vit toujours « sans gouvernement effectif ». La faute, selon lui, à une « culture politique » bien ancrée dans les institutions : « L’élite au pouvoir est centrée sur Bangui et Paris, mais la Centrafrique n’est pas son affaire. » Pour le chercheur, l’exécutif est aujourd’hui confronté à un « dilemme » : « Restaurer la Centrafrique de François Bozizé [2003-2013] ou tenter une vraie réforme de gouvernance en changeant les mauvaises pratiques. »
 
Il reste encore quatre années au président Touadéra pour satisfaire, au moins en partie, les espoirs que les Centrafricains, exténués par des années d’instabilité, ont placé en lui.
Centrafrique: un pays sans gouvernement ?

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