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Publié par Bob Woodward

Après la Syrie, la Corée du Nord ?
A coups de tweets provocateurs et de manœuvres militaires, le président américain se montre inflexible face à Pyongyang, laissant planer la menace d’un nouveau conflit ouvert sur la péninsule.
 
L’air de la guerre plane de nouveau sur la péninsule coréenne. Dans cette région où la guerre froide n’a jamais pris fin, la rhétorique belliqueuse est repartie de plus belle mardi, quand Donald Trump a reproché à la Corée du Nord de «chercher des ennuis» et s’est dit prêt à «résoudre le problème» nord-coréen sans la Chine. Un peu plus tôt, un porte-parole du ministère nord-coréen des Affaires étrangères cité par l’agence officielle KCNA avait critiqué l’envoi du porte-avions américain USS Carl Vinson et de son escorte dans les eaux coréennes : «Le déploiement américain insensé pour envahir la République populaire de Corée [RPDC] a atteint une phase préoccupante. […]  La RPDC est prête à réagir, quel que soit le type de guerre voulu par les Etats-Unis.» Pyongyang tonne et promet une attaque nucléaire en cas d’agression américaine. Le déploiement du porte-avions, accompagné de deux destroyers lanceurs de missiles et d’un croiseur, suit de quelques jours les frappes américaines sur une base aérienne en Syrie. Il est un message clair à Pyongyang : les Etats-Unis n’écartent pas l’option militaire. Selon le commandement américain, la présence au large de la péninsule du groupe aéronaval est une « mesure de précaution » compte tenu des « provocations de Pyongyang ». « Nous tiendrons les Etats-Unis pleinement responsables des conséquences catastrophiques entraînées par leur action outrageuse », a rétorque la Corée du Nord, lundi 10 avril.
 
Même si le président chinois Xi Jinping a plaidé pour «le maintien de la paix et de la stabilité» lors d’un échange téléphonique, mercredi, avec son homologue américain (lire aussi page 8), rien n’indique que cette musique guerrière déjà entendue par le passé va baisser en intensité à mesure que l’on se rapproche d’échéances et d’événements symboliques. Ce samedi, «jour du soleil» au Nord, le régime devrait organiser une parade militaire pour fêter le 105e anniversaire de la naissance Kim Il-sung, le père fondateur de la RPDC et grand-père du dernier rejeton de la dynastie, Kim Jong-un. C’est probablement à ce moment-là, au risque d’exacerber un peu plus l’ire du «Grand Successeur», que le porte-avions américain devrait arriver sur zone. Dix jours plus tard, le régime célébrera la création de son armée.
 
Au-delà de cet aspect purement commémoratif, auquel la Corée du Nord tient afin de célébrer avec éclat le rôle de ses leaders et la vigueur de ses institutions, Pyongyang profite souvent de ce type d’occasions pour lancer des missiles ou procéder à des essais nucléaires. Le régime pourrait également choisir de se manifester pour la fin des grandes manœuvres militaires américano-sud-coréens, baptisées «Foal Eagle», qui doivent s’achever le 30 avril. «Dans la deuxième quinzaine d’avril, nous allons entrer à nouveau dans une période de graves tensions», redoute Moon Chung-in, professeur émérite à l’Université Yonsei à Séoul. L’année dernière, Pyongyang avait tiré au moins vingt engins et effectué deux tests atomiques. Depuis un mois, sur la base d’images satellites, le site américain d’analyse «38 North» a fait état de travaux suggérant des préparatifs en cours sur le site nucléaire de Punggye-ri. Des lanceurs mobiles de missiles auraient été installés sur les deux côtes du pays. «Si le Nord devait procéder dans les prochains jours à son sixième essai nucléaire [depuis 2006] ou à un tir de missile balistique intercontinental [ICBM] dont il a accéléré le développement, le gouvernement américain pourrait réagir, poursuit Moon Chung-in. La situation est plutôt dangereuse et incertaine car Donald Trump est totalement imprévisible. On ne peut pas écarter la possibilité qu’il lance une opération sans consulter la Corée du Sud.» Ce que le ministre sud-coréen de la Défense n’envisage pas.
 
Les risques d’escalade sont grands et les conséquences d’une attaque américaine «préventive» - dont les pays de l’Est asiatique ne veulent pas - incalculables. La Corée du Nord de Kim Jong-un n’est pas la Syrie de Bachar al-Assad. La réelle capacité de nuisance et de représailles de Pyongyang n’est pas à sous-estimer. Séoul, mégalopole qui héberge la moitié de la population sud-coréenne et une bonne partie des 200 000 Américains résidant dans le pays, est à portée de tir de l’artillerie et des missiles du nord. Sans compter la probabilité que Pyongyang vise également des bases américaines au Japon, comme il a menacé de le faire à la mi-mars en dégainant des engins dans la mer du Japon.
 
La péninsule coréenne a déjà connu à plusieurs reprises de graves crises. L’une des pires s’est déroulée en 1994 quand l’administration de Bill Clinton était décidée à frapper les installations nucléaires de Yongbyon, se préparant à l’évacuation des  ressortissants américains et massant une armada 33 navires de guerre sur la côte Est. «Mais la menace nord-coréenne est autrement plus réelle et sérieuse aujourd’hui qu’en 1994», note Moon Chung-in.
L’éventualité d’une guerre totale suscite l’appréhension en Corée du Sud. La population, d’habitude peu attentive aux soubresauts bellicistes réguliers et habilement orchestrés de la dynastie des Kim, scrute désormais les moindres signes d’un conflit armé. Les Sud-Coréens craignent que Donald Trump ne souffle sur les braises encore fumantes de la guerre de Corée (1950-1953) qui plongea la péninsule dans les affres d’une lutte fratricide. Officiellement, les deux voisins sont d’ailleurs toujours en conflit puisque l’armistice de Panmunjeom, signé en 1953, n’a jamais débouché sur un traité de paix.
 
En mars, alors que le Nord multipliait ses bravades et ses tests de missiles balistiques, les habitants du Sud restaient médusés par la destitution rocambolesque de leur présidente, Park Geun-hye. Mais un brutal changement vient de s’opérer. Une rumeur enfle sur les réseaux sociaux, selon laquelle l’armée américaine placerait ses pions en vue d’attaquer la Corée du Nord avant que cette dernière ne développe son missile balistique intercontinental (ICBM).
 
Au sud du 38e parallèle, le terme «crise d’avril» est devenu l’un des plus référencés. Sur Naver, le premier portail web en Corée du Sud, la section questions-réponses liée aux retombées d’une éventuelle frappe préventive américaine déchaîne les spéculations. Et la Chine, l’alliée traditionnelle de la Corée du Nord, est perçue comme le meilleur rempart face à l’aggravation des tensions entre Washington et Pyongyang.
 
Les plus catastrophistes anticipent leur fuite à l’étranger et s’interrogent, non sans dérision, sur la moins pire des destinations dans la région. Parmi les scénarios envisagés : Séoul atomisé par une pluie de missiles nord-coréens ou encore l’invasion éclair de la Corée du Sud par une armée surentraînée et dévouée à leur «cher leader» Kim Jong-un.

Comme l’a martelé le nouveau locataire de la Maison Blanche : «Toutes les options sont sur la table.» Les sorties musclées de l’administration Trump ont exacerbé les inquiétudes. Le retour du porte-avions américain USS Carl Vinson et de sa flotte dans la région a cristallisé la menace d’un conflit. De plus, les Etats-Unis ont présenté leur récent bombardement en Syrie, ciblant une base aérienne de Bachar al-Assad, comme un avertissement à l’adresse de Pyongyang.

Après la Syrie, la Corée du Nord ?
Ce contexte explosif a conduit les Sud-Coréens à envisager l’idée que leur pays puisse constituer la prochaine cible d’une attaque américaine. Ils ne sont pas les seuls. Un ancien officier militaire chargé d’évaluer les risques géopolitiques pour une banque multinationale a confié au Korea Times que plusieurs établissements financiers et entreprises étaient en train d’examiner silencieusement les plans d’évacuations de leurs employés expatriés en Corée du Sud.
 
De son côté, Séoul tente de rassurer sur les éventuelles répercussions d’une escalade entre Washington et Pyongyang. Même si la place boursière sud-coréenne reste relativement stable, le gouvernement observe de près l’évolution des marchés. Le ministre de l’Unification s’est montré circonspect sur la vraisemblance de frappes préventives américaines sur le régime de Kim Jung-un. Hong Yong-pyo tente d’éteindre l’incendie allumé sur les réseaux sociaux, en affirmant que «l’enjeu principal est la sécurité, et qu’il faut avant tout sauvegarder celle du peuple». Il veut croire que «Séoul s’accordera avec Washington avant toute prise de décision». Ces efforts d’apaisement n’auraient que peu d’effets sur la population sud-coréenne, qui attend avec inquiétude la journée de samedi, anniversaire de la naissance du fondateur de la dictature nord-coréenne, Kim Il-sung. Le régime, coutumier du fait, pourrait en profiter pour mener une nouvelle bravade sous le regard intransigeant des Etats-Unis.
 
Surtout, le relatif statu quo sur la péninsule a volé en éclat avec les menaces non voilées de Trump de «régler le problème» nord-coréen. «Il est bien plus responsable de cette nouvelle crise que Kim Jong-un, juge John Delury, spécialiste de la Chine et des Corées à l’Ecole supérieure d’études internationales de l’Université Yonsei. Comparé au passé, la dynamique a complètement changé et je ne suis pas sûr que Trump, un décideur erratique capable d’utiliser l’armée sans réelle stratégie politique pour l’accompagner, comprenne la nature du régime nord-coréen, sa capacité à absorber les coups et les souffrances depuis des décennies. Il joue un jeu très dangereux en croyant que son imprévisibilité est sa grande force, en bluffant avec Pyongyang.» Pour le chercheur, «pas sûr que cela fonctionne avec les Nord-Coréens, qui pourraient être les premiers à bouger. Cette attitude pourrait se révéler un échec, sinon un désastre général».
 
Donald Trump fait-il le pari que la dissuasion peut aider à «supprimer la menace nucléaire», selon les mots du lieutenant général H.R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale ? «Les Américains se sont laissé des espaces possibles de négociation en n’affichant pas clairement leur volonté de frapper coûte que coûte le Nord, ajoute John Delury. Ne compter que sur les sanctions économiques et les menaces est contre-pro ductif à l’arrivée. La Corée du Nord aspire à la sécurité, à la croissance, et le régime de Kim Jong-un entend rester au pouvoir. L’administration Trump doit discuter avec la Corée du Nord.»
 
Surtout, les Etats-Unis doivent s’interroger sur leur exigence maintes fois rabâchée d’une dénucléarisation du Nord. «C’est une approche irrationnelle, analyse le professeur Moon Chung-in. Cela signifie que l’on ne veut pas dialoguer avec vous.» Car la dynastie Kim n’abandonnera jamais son arsenal atomique, clé de sa survie. Elle a médité le précédent libyen de Kadhafi, qui avait démantelé son arsenal chimique en 2001 avant d’être frappé par l’Occident et lynché par la rue.
 
La semaine dernière, un sénateur démocrate du Massachusetts a suggéré au président américain de négocier directement avec Kim Jong-un. Durant la campagne électorale, le candidat Trump avait d’ailleurs évoqué la possibilité d’une rencontre avec «Kim 3». Sans donner suite. William Perry, ancien secrétaire américain à la Défense de Clinton, ne cesse d’ailleurs de clamer qu’il faut «d’abord parler avec la Corée du Nord et se montrer ferme ensuite», comme il l’écrivait dans le Washington Post en janvier.
 
C’est aussi la position défendue par le candidat démocrate à la présidentielle en Corée du Sud, Moon Jae-in, actuel favori des sondages pour le scrutin du 9 mai. Dans une interview au Korea Herald, il a défendu l’idée de «reconnaître [Kim Jong-un] comme le dirigeant de la Corée du Nord et, si nous sommes résolus à régler la question nucléaire, nous devons négocier directement» avec lui. Avant de se désoler que dans cette nouvelle crise, son pays ait été relégué à un rôle de «spectateur». La destitution de la présidente Park Geun-hye le 10 mars a plongé la Corée du Sud dans une position inconfortable, où les Etats-Unis et la Chine se retrouvent à la manœuvre. Le Nord s’invitant avec fracas dans la campagne présidentielle...
Le Conseil de sécurité nationale des États-Unis a soumis au Président Donald Trump une liste de propositions visant à contrer la menace nucléaire émanant de la Corée du Nord. Toutes les options sont examinées, y compris l'élimination de Kim Jong-un et le déploiement d'armes nucléaires US en Corée du Sud.
 
Éliminer le leader nord-coréen Kim Jong-un ou déployer des armes nucléaires en Corée du Sud — le Conseil de sécurité nationale auprès de la Maison-Blanche a soumis au Président américain Donald Trump des options pour agir contre la menace nucléaire émanant de Pyongyang.
 
Se référant à des sources au sein des renseignements américains et du Pentagone, NBC News explique que ces mesures radicales ne sont prévues que si Washington ne parvient pas à se mettre d'accord avec Pékin au sujet d'une action commune de dissuasion à l'encontre de la Corée du Nord.
Le document en question a été élaboré en prévision de la visite du Président chinois Xi Jinping aux États-Unis.
 
Donald Trump avait à maintes reprises critiqué la position retenue de Pékin à l'égard de la Corée du Nord. Or, récemment, le nouvel hôte de la Maison-Blanche a déclaré qu'il réglerait seul le problème nord-coréen, sans l'aide de l'Empire du Milieu. « Si la Chine ne règle pas le problème de la Corée du Nord, nous le ferons », avait-il alors indiqué.
 
Fin mars, CNN a en outre rapporté que Donald Trump aurait qualifié la Corée du Nord de plus importante menace directe pour la sécurité nationale des États-Unis.
La Corée du Nord a effectué son premier essai nucléaire en 2006. Cinq autres tests ont été réalisés depuis. De l'avis des experts, cela témoigne du fait que la Corée du Nord avance sérieusement dans la réalisation de son programme nucléaire militaire, violant de nombreuses interdictions et sanctions du Conseil de sécurité de l'Onu.
Après la Syrie, la Corée du Nord ?

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