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Publié par Bob Woodward

Tanger, future capitale "européenne" de l'industrie ?

Le premier coup de pelle de la Cité Mohammed VI Tanger Tech n'a pas encore retourné la terre du côté de Tanger au Maroc, que cette future mégapole industrielle apparaît comme l'un des plus grands projets africains de la décennie. Les chiffres, révélés lundi par le groupe chinois Haite, promoteur de cette opération pharaonique réalisée avec la banque marocaine BMCE Bank, donnent le tournis: 10 milliards de dollars sur dix ans, 200 entreprises, 20.000 hectares dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima…

À terme, 100.000 emplois seront créés par près de 200 entreprises. Le groupe chinois Haite est un conglomérat présent dans l'aéronautique, l'automobile, l'électronique, le textile, l'énergie, l'immobilier… Toutes ces activités ne seront toutefois pas présentes sur ce site industriel et résidentiel - capable d'accueillir à terme jusqu'à 300.000 habitants -, dont les travaux commenceront au deuxième semestre 2017.

Depuis cette base en Afrique du Nord, les produits chinois pourront irriguer les réseaux commerciaux du continent, mais aussi d'Europe, d'autant que ce site est situé non loin du port en eaux profondes et de la zone franche de TangerMed. Cette réalisation évoquée en mai 2016 densifiera le tissu industriel d'une région qui accueille déjà le groupe Renault, qui y assemble ses Dacia, et bientôt des sous-traitants de Boeing. Les grands constructeurs automobiles l'ont d'ailleurs bien compris. Renault est déjà présent à travers les principales usines de montage automobile du pays. Le leader français détient en effet 80 % de la Société marocaine de constructions automobiles (Somaca), près de Casablanca, ainsi que 52,4 % d'une usine à Melloussa, dans la zone franche de Tanger. Et le Royaume pourrait bientôt accueillir de nouveaux noms d'ici deux à trois ans, asiatiques notamment, puisque Toyota et Hyundai auraient montré leur intérêt pour les conditions attrayantes offertes aux investisseurs. En suivant l'exemple de Renault, ils pourraient ainsi profiter du vivier d'ouvriers qualifiés qui s'est créé ainsi que d'un réseau de près de 30 sous-traitants et fournisseurs.

Du côté des exportations, l'automobile est le secteur qui enregistre la plus haute augmentation parmi les échanges extérieurs du Maroc. La valeur des exportations de l'industrie automobile a progressé de 17,5 % en glissement annuel sur les neuf premiers mois de l'année 2016 et les ventes de véhicules affichent une hausse de 58,3 %, s'établissant à 8 milliards de dirhams (1 milliard de dollars), selon l'Office marocain des Changes. Le résultat d'une politique du gouvernement visant à attirer les investissements étrangers et développer un modèle d'automobile low, cost, qui séduit à la fois par son prix et sa dimension pratique. 

Situés stratégiquement entre Atlantique et Méditerranée, les 14 kilomètres du détroit de Gibraltar séparant l'Afrique de l'Europe ne sont ensuite qu'un saut de puce pour les géants industriels.
Sur les rivages de l'Atlantique puis tantôt de la Méditerranée, Tanger, cette ville portuaire du nord du Maroc, et carrefour historique du commerce mondial, se prépare pour le futur. Sur plus de 2 000 hectares, la future cité industrielle « Cité Mohammed VI Tanger Tech » va connaître son premier coup de pioche au cours du premier semestre de cette année. À l'horizon, une ville industrielle qui accueillera près de 200 entreprises chinoises, et créer 100 000 emplois dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Voià, ce qu'il se passe lorsqu'une ville nord-africaine et le géant chinois comprennent l'enjeu d'une position stratégique pour l'Europe et le continent africain. Le Maroc a renforcé ces dernières années sa position de porte d'entrée vers l'Europe et l'Afrique, tandis que la Chine démontre un intérêt économique conséquent pour le royaume chérifien... au détriment de son partenaire historique qu'est l'Algérie ?

Tanger, future capitale "européenne" de l'industrie ?

« Les opérateurs économiques chinois sont à la recherche de plateformes compétitives. Et ils ont choisi le Maroc comme l'une de ces plateformes », s'est réjoui dans une déclaration à l'AFP le ministre de l'Industrie Moulay Hafid El Alamy. Au cours d'une cérémonie présidée par le roi du Maroc, Mohammed VI, ce 20 mars, au palais de Tanger, les autorités marocaines ont signé une convention avec le groupe Haite, basé à Chengdu (centre de la Chine), et présenté les grandes lignes de cette future ville industrielle qui regroupera des habitations résidentielles et des services comprenant plus de dix activités : aéronautique, automobile, e-commerce, télécommunication, énergies renouvelables, transport, électroménager, industrie pharmaceutique, matériaux, ou encore agroalimentaire.

Portée par la croissance rapide de la zone portuaire de TangerMed, ainsi qu'une zone franche consacrée au secteur automobile, avec l'implantation d'une usine Renault, la plus grande d'Afrique, il faut dire que la région attire les investisseurs. Rien qu'en 2016, quelque 3,45 milliards de dirhams d'investissements privés ont été réalisés au niveau du port Tanger-Med, soit une progression de 102 % en glissement annuel, avec l'implantation de 68 nouveaux projets industriels sur l'ensemble des zones d'activités du complexe portuaire. À la clé ? La création de 6 547 nouveaux emplois. En septembre dernier, l'avionneur américain Boeing avait annoncé la création d'une zone industrielle spécialisée pour ses sous-traitants.

Et pour renforcer ses infrastructures ferroviaires, le Maroc s'est lancé dans l'aventure de la future « LGV », dont le premier tronçon est en cours d'achèvement entre Tanger et Kénitra faisant du royaume le premier pays du continent africain à être capable de lancer un train à 320 km/h sur son réseau ferré.

En plus d'offrir une position stratégique, le Maroc est aussi un hub financier puissant. C'est donc logiquement avec le groupe marocain BMCE Bank, que Haite va financer ce méga-projet, dont un mémorandum d'entente a été signé en mai 2016 au cours d'une visite officielle de Mohammed VI à Pékin. Mobilisant une enveloppe d'un milliard de dollars (930 millions d'euros), il consiste en « la construction d'un pôle économique capable de générer 100 000 emplois, dont un minimum de 90 000 emplois bénéficiera aux habitants de la région de Tanger », selon la présentation officielle. « L'investissement total des entreprises dans la zone après dix ans atteindra 10 milliards de dollars [9,3 milliards d'euros, NDLR] », a annoncé Li Biao, président du groupe chinois, cité par l'agence de presse officielle marocaine MAP.

Tanger, future capitale "européenne" de l'industrie ?

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