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Publié par Bob Woodward

Pourquoi la bataille de Mossoul dure-t-elle si longtemps ?

L’opération de libération de Mossoul bat son plein, bien que la tâche des militaires irakiens soient compliquée par l’impossibilité d’utiliser des armes lourdes dans une ville densément peuplée. Un haut gradé irakien a confié à Decryptnewsonline que seuls 40% du territoire de Mossoul-Ouest restaient sous le contrôle de Daech.

Le colonel Yahyi Rasul, porte-parole des forces alliées à Mossoul, a raconté que 60 % du territoire de la partie ouest de la ville se trouvait sous le contrôle des forces irakiennes. L'armée avance bel et bien, mais pas aussi vite qu'on l'aurait voulu. L'importante densité de population dans les quartiers libérés empêche un large recours aux matériels lourds. Quelles que soient les précautions prises, le nombre de réfugiés augmente constamment en raison des tirs désordonnés des terroristes sur les citadins.

« Nous accueillons les gens, nous les installons dans des camps de réfugiés et leur accordons des soins médicaux et de l'aide alimentaire. Dans ce domaine, il faut que les organisations humanitaires, à savoir l'Onu et d'autres institutions similaires présentes dans la région, conjuguent leurs efforts », a relaté le colonel.

Le colonel Rasul a ajouté que le renseignement suivait les actions d'Abou Bakr al-Baghdadi (chef de Daech, ndlr) et que ce dernier serait attaqué sans perdre un instant, dès qu'il serait localisé.

« Je ne peux pas vous dire s'il est à Mossoul ou non, parce que c'est une information secrète. Des détails seront publiés à un moment convenable », a précisé le porte-parole.

Il a avoué que le renseignement avait un rôle de premier plan à jouer dans l'opération à Mossoul, car de nombreux terroristes s'étaient mêlés à la population, mais il faut de toute façon les identifier et les neutraliser.
La bataille de Mossoul a débuté il y a cinq mois, le 17 octobre 2016. Depuis, les 5000 jihadistes présents dans la ville résistent vigoureusement aux quelques 100.000 hommes de la force anti-Daech. Un rapport de force très déséquilibré qui commence à entraîner le recul des terroristes à Mossoul et dans la région, six ans après le début de la guerre en Syrie. Malgré tout, le chemin reste encore long et complexe avant une reprise totale de la ville.

Dimanche 12 mars, les commandants irakiens ont annoncé la reprise d'un tiers de Mossoul-Ouest. Et l'envoyé spécial américain auprès de la coalition internationale Brett McGurk a expliqué que les jihadistes y étaient désormais bloqués, tous les accès routiers ayant été coupés. Chasser l'EI de ces quartiers permettrait aux forces irakiennes d'asseoir leur contrôle sur la totalité de Mossoul et d'infliger son pire revers au groupe jihadiste qui s'en était emparé en juin 2014.

Si la résistance de l'Etat islamique faiblit à Mossoul - marquée par le départ de son chef Abou Bakr al-Baghdadi - les responsables militaires préviennent que des combats acharnés sont encore à venir pour reconquérir la totalité de Mossoul, notamment dans la Vieille ville. Les combattants de l'EI "se cachent au milieu des citoyens et utilisent des engins explosifs, des snipers et des kamikazes. Or l'opération vise justement à préserver la vie des citoyens", explique le porte-parole du commandement des opérations conjointes.

Malgré les espoirs de la coalition d'en finir avant 2016, la progression des troupes est compliquée par les snipers, mines et autres pièges explosifs utilisés par Daech. Ainsi, François Hollande expliquait depuis l'Irak, le 2 janvier dernier: "nous pourrions atteindre cet objectif, autant qu'il sera possible, au printemps, en tout cas avant l'été." Un échec pour la coalition, qui entendait reprendre Mossoul en quelques semaines et ainsi la faire coïncider avec la fin de mandat de Barack Obama.

"Daech avait anticipé la bataille et minutieusement préparé les combats. Ils ont creusé des dizaines de kilomètres sous Mossoul pour piéger leurs ennemis dans des embuscades. Ils ont également lancé plus de 300 véhicules piégés sur les forces armées. Du jamais vu", détaille l'agrégé d'histoire et spécialiste de Daech Stéphane Mantoux au HuffPost.

Depuis le début du conflit les jihadistes utilisent tout l'arsenal de la guérilla urbaine pour ralentir la progression des adversaires de Daech. "Le combat urbain est le combat le plus sanglant pour l'assaillant, et le plus déséquilibré en terme de pertes", explique un militaire occidental. Et il faut dire que les jihadistes du groupe Etat islamique sont spécialistes en la matière. "Ils se déplacent très rapidement en petites escouades de 8 à 10 combattants", explique Stéphane Mantoux.

"L'EI est pris au piège. La 9e division blindée de l'armée irakienne a coupé le dernier accès routier de Mossoul. Tous les combattants se trouvant dans la ville vont y mourir", explique Brett McGurk. Mais si l'épilogue de cette bataille semble plus proche que jamais, les jihadistes, loin de se rendre vont encore opposer une résistance farouche, de tous les instants.

Pourquoi la bataille de Mossoul dure-t-elle si longtemps ?

"Il faut être clair: Daech a anticipé sa défaite à Mossoul. Ils savent qu'il leur est impossible de garder les grandes villes de Syrie et d'Irak", explique le spécialiste de l'Etat islamique. Ainsi, les quelques 2.000 derniers jihadistes présents à Mossoul sont déterminés à mourir dans la ville. "Les dernières garnisons ont été envoyées pour tenir le plus longtemps possible", explique Stéphane Mantoux au HuffPost.

Face à eux, des troupes hétéroclites et fatiguées par les nombreuses guerillas menées contre Daech. Depuis 2014, et la percée de l'Etat islamique au Moyen-Orient, l'armée irakienne tente de se reconstruire. "Ce sont toujours les mêmes divisions qui combattent", explique le spécialiste de Daech, en prenant l'exemple de la "Golden Division", une unité antiterroriste d'élites rarement relevée au combat. "On fait toujours appel à eux. Résultats: ils ont perdu près de la moitié de leur effectif depuis le début de la bataille." D'autres chiffres circulent, mais le taux de soldat tués ou blessés est au moins de 20 à 30%.

Une situation qui complique encore plus l'avancée des troupes à Mossoul. D'autant que l'armée irakienne souffre toujours de l'humiliation de la prise de Mossoul par l'Etat islamique en 2014, révélatrice d'une immense faiblesse structurelle. L'armée, gangrénée par la corruption et minée par l'incompétence de ses généraux avait abandonné la deuxième ville d'Irak aux mains de l'Etat islamique en quatre jours.

Des faiblesses, qui ont notamment obligé l'armée gouvernementale à faire appel à des milices chiites et Kurdes irakiennes pour reprendre la ville. Une coalition très hétéroclite à l'origine de certains problèmes de coordination - notamment lors de l'assaut de Mossoul-Est - provoquant l'enlisement du conflit pendant de longues semaines.

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