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Publié par Bob Woodward

La France est-elle en train  de se tiers-mondiser ?

Ces derniers jours, trois chiffres macro-économiques importants ont été officialisés : l’économie française a créé 187 000 emplois en 2016 (sa meilleure performance depuis le début de la crise en 2008), la croissance au premier trimestre 2017 a été de 0,4% et enfin le bilan commercial français pour le mois de janvier 2017 s’est élevé à presque 8 milliards d’euros, un record. Que disent ces chiffres de l’état de l’économie réelle ?

Le chiffre favorable des créations d’emplois est en discordance avec le taux de croissance officiel de 1,1% en 2016. En cela, l’économie française offre une étrange similitude avec l’économie américaine qui, avec une croissance de 1,6%, a créé deux millions et demi d’emplois !

Explication logique : comme les Etats-Unis, nous créons de plus en plus d’emplois à faible productivité tout en supprimant des emplois à forte productivité sur le site national. Ce paradoxe est confirmé par le chiffre négatif de notre commerce extérieur : le bas de gamme ne s’exporte pas ! en revanche, il nous coûte très  cher en termes de protection sociale.

Les chiffres dont nous disposons révèlent une tiers-mondisation rampante de notre économie, subventionnée par des allègements de charge et le CICE, ciblés sur les basses rémunérations. Cette évolution est intenable à long terme. Pourtant, la Banque de France estime à 0,4% la croissance française au premier trimestre 2017 et constate un rebond de l’activité dans le secteur industriel ainsi que dans les services et le bâtiment. Le rebond de l’activité découle pour l’essentiel de trois facteurs. Premier facteur : la baisse de l’euro situé aujourd’hui un peu au-dessus de 1 dollar après avoir connu une parité de 1,4 dollar, voire plus, des années durant, alors que la zone euro connaissait une situation de marasme. Deuxième facteur : l’importante reprise cyclique du marché de l’automobile en Europe après des années particulièrement difficiles. Cette reprise pourrait se poursuivre encore durant 2017. Mais peut-être pas au-delà. Troisième facteur : les livraisons d’avions qui ont battu de nouveaux records. Mais là encore, l’évolution des commandes laisse présager une stabilisation à partir de l’an prochain.

Il faut insister parallèlement sur la continuité du processus de délocalisation, lié au phénomène que j’ai décrit plus haut : la santé retrouvée du groupe PSA masque le fait que les véhicules de moins de 20000 euros ne sont plus ou ne seront plus assemblés en France et que les équipementiers vont se rapprocher des lignes d’assemblage délocalisées. Les fournisseurs de l’aéronautique signalent eux aussi qu’ils subissent les délocalisations de leurs donneurs d’ordre, non plus seulement sur la fabrication, mais sur le développement, vers la Chine et l’Inde. Le point crucial pour notre économie est son manque de compétitivité vis-à-vis de l’Allemagne : la moitié environ de notre déficit provient de nos échanges bilatéraux avec la RFA. L’euro joue le rôle d’une souricière. Pour retrouver un coût du travail compétitif pour l’économie engagée dans la compétition internationale, il faudrait le réduire massivement à hauteur de 20%, soit les salaires, soit les charges. L’allègement de charge nécessaire peut être estimé à 100 milliards d’euros. Mais alors comment payer la maladie, la famille, la vieillesse ?

Observons encore que les baisses de salaires pratiquées dans des pays comme l’Espagne ou le Portugal ont donné lieu à de violentes récessions. Mais ces politiques opportunistes, apparemment couronnées de succès dans le cas de l’Espagne, ont eu aussi pour effet de contrarier l’activité chez leurs voisins. Cependant, malgré ce succès, l’Espagne, qui produit désormais plus de voitures que la France et l’Italie, subit cependant un taux de chômage proche de 20%%. Il était de 8% avant l’éclatement de la bulle immobilière locale. Le sujet de la sortie de l’euro reste évidemment tabou.

En 1990, la France se situait au 8ème rang mondial dans le classement selon l'IDH. En 1995, on ne sait pas trop pourquoi, nous passions au 2ème rang derrière le Canada. Il devait faire bon vivre chez nous à cette période là. Il me semble pourtant me souvenir qu'il y avait eu pas mal de "bruit" cette année là. Après, s'amorce une dégringolade dans le classement à partir de la fin du millénaire, la France passe du 12ème rang en 2000 au 20ème en 2012.
Depuis 1990, le PNUD calcule la valeur de l'IDH (indice du développement humain) pour de nombreux pays et établit un classement.

Dans le rapport 2016, le PNUD recalcule les valeurs de l'IDH pour chaque pays de 1980 à 2015, car "dans la mesure où les organismes statistiques internationaux améliorent en permanence leurs séries de données, les données présentées dans ce Rapport, y compris les valeurs de l’IDH et les classements, ne peuvent être comparées à celles publiées dans les éditions précédentes.

La France est-elle en train  de se tiers-mondiser ?

Autrement dit, si vous essayez de dégager des tendances à partir de données publiées depuis plus de trente ans, vous avez tout faux. Pendant tout ce temps, le PNUD aurait publié des statistiques établies au pifomètre. Je veux bien l'admettre pour des pays du Tiers Monde où l'élaboration des statistiques peur poser problème, mais en ce qui concerne les pays développés, l'argument me semble un peu spécieux. Il apparaît que la valeur de l’IDH de la France est passée de 0,969 à 0,893 c’est-à-dire une baisse de 0,076 point ou encore de 7,84 % en 22 ans. L’évolution est marquée par une tendance régulière à la baisse dans les années 1990, suivie d’un redressement dans le milieu des années 2000 qui précède une baisse sévère jusqu’en 2010, puis la situation semble s’améliorer légèrement jusqu’en 2012.

A moins qu'il faille "retravailler" les statistiques pour montrer que trente ans de néolibéralisme ont accru le bien être sur l'ensemble de la planète.

De 1995 à 2012, la France a perdu 18 places au sein du classement mondial, ce qui représente quasiment un recul d'un rang tous les ans. Si la tendance se poursuit on peut craindre que notre pays se retrouve au 60ème rang du classement selon l'IDH en 2052, c'est à dire au niveau du Panama, juste après Cuba et avant le Mexique.

La question qu'il faut se poser dès à présent est comment enrayer cette marche, qui semble inéluctable, vers les tréfonds du classement, cette marche vers le "Tiers Monde".

Se poser cette question pourrait conduire à la mise en cause des politiques néolibérales de libre échange des biens et des capitaux, de casse des services publics, de mise en concurrence des salariés sur l’ensemble de la planète…

Comme le PNUD fait partie du « machin » (Cf. de Gaulle) qu’on appelle ONU, instrument néolibéral, il est évident que le fonctionnement du thermomètre doit être modifié pour laisser apparaître une tendance contraire : une amélioration de l’IDH, c’est-à-dire du développement humain.

La France est-elle en train  de se tiers-mondiser ?

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