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Publié par Bob Woodward

Daech: le début de la fin ?

En Irak, l’armée de Bagdad a facilement repris l’aéroport de Mossoul dont les djihadistes de Daech ne contrôlent plus que la partie occidentale, complètement encerclée. En Syrie, les rebelles appuyés par la Turquie ont fait tomber Al Bab la grande ville du nord que Daech contrôlait encore. Surtout, Raqqa, la « capitale » syrienne de l’État islamique, est sur le point d’être à son tour encerclée par des troupes kurdes soutenues par les États-Unis.

Comme un effet domino, cela craque de partout. L’État islamique qui, à son apogée en 2014, contrôlait un tiers de la Syrie et une grande partie du nord-ouest de l’Irak, semble au bord de l’effondrement.

En Irak, l’armée, appuyée par l’aviation de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, s’est emparée jeudi de l’aéroport de Mossoul. Vendredi 24 février, les premiers soldats et policiers irakiens ont pénétré dans Mossoul-ouest. Cette rapidité et le peu de résistance des djihadistes contrastent avec les longues semaines de combats qu’il a fallu mener pour conquérir la partie orientale de la ville.

Certes, les quelque 2 000 combattants djihadistes qui se trouvent encore à Mossoul au milieu de centaines de milliers de civils vont bénéficier d’un terrain favorable en se retranchant dans la vieille ville, un labyrinthe de ruelles où les véhicules blindés de l’armée irakienne auront du mal à manœuvrer. Mais la reprise de la ville est inévitable. Cela sera un symbole important car c’est à Mosssoul que le chef de l’État islamique Aboubakr al-Baghdadi s’était autoproclamé calife en 2014.

À l’autre extrémité de son califat, dans le nord-ouest de la Syrie, Daech a perdu, jeudi 23 février, une ville stratégique. Située à 25 kilomètres au sud de la frontière turque, peuplée d’environ 100 000 habitants, Al-Bab (la porte, en arabe) a longtemps été l’un des points d’entrée des djihadistes venus de l’étranger. Al-Bab était aussi la plaque tournante de l’approvisionnement en armes de l’organisation.

Le groupe avait fortifié la ville, d’où il a lancé des attaques en Syrie et planifié les sanglants attentats en Europe. Preuve de l’importance d’Al-Bab, Daech y a opposé une farouche résistance alors que l’organisation s’était retirée de plusieurs localités du nord de la Syrie devant l’avancée des forces rebelles syriennes, mises sur pied et soutenues très largement par la Turquie.

La chute d’Al-Bab ouvre la route de Raqqa et pourrait faire peser une grave menace sur les arrières des positions djihadistes les plus avancées en direction de Damas, comme à Palmyre.

Mossoul l’Irakienne était la ville symbole du califat. Raqqa la Syrienne en est la capitale administrative et militaire. Bref, le cœur de « l’État » que Daech a mis sur pied. C’est à Raqqa que les chefs de l’organisation étaient installés. Beaucoup d’entre eux auraient déjà plié bagage pour se réfugier à Al Qaim, une petite ville à la frontière irako-syrienne, entre Der Ezzor et Ramadi.A Deir ez-Zor, la grande ville de l’est syrien, nichée dans un coude de l’Euphrate, la guerre d’usure qui oppose depuis deux ans et demi les forces loyalistes aux troupes de l’organisation Etat islamique (EI), tourne lentement à l’avantage des djihadistes. Trois semaines après l’attaque surprise qui leur a permis de couper en deux le secteur sous le contrôle du gouvernement, les hommes au drapeau noir consolident leurs positions. Alors que par le passé, leurs percées étaient suivies d’une rapide contre-offensive, cette fois-ci, l’armée régulière et ses supplétifs n’ont pas regagné le terrain perdu.

Malgré le soutien de l’aviation russe, les combattants pro-Damas ne parviennent pas à rétablir la jonction entre la poche de l’aéroport, au sud-est, qui est vitale pour leur ravitaillement, et les quartiers d’habitations d’Al-Joura et Al-Qoussour, au nord-ouest, qui abritent environ 90 000 civils. La route entre ces deux zones reste aux mains des djihadistes. Ceux-ci accroissent ainsi leur pression sur l’aéroport, leur cible numéro un, dont la chute exposerait les loyalistes à une défaite quasi certaine.

« Bien que ses positions soient pilonnées, l’EI n’a pas reculé d’un pouce depuis son offensive de la mi-janvier », affirme Abou Ahmed, le pseudonyme d’un journaliste de Deir ez-Zor, installé à Gaziantep, dans le sud de la Turquie. Son exil remonte à la fin de l’année 2014, date à laquelle les quartiers orientaux de la ville, dont les rebelles s’étaient emparés en 2013, sont tombés sous la coupe des djihadistes.

« On a l’impression que Daech veut nettoyer le terrain avant la chute programmée de Mossoul [son quartier général en Irak, que les forces de Bagdad sont en train de reconquérir], poursuit Abou Ahmed. Ses troupes qui reculent là-bas pourraient venir se réfugier à Deir ez-Zor, qui deviendrait ainsi la capitale bis de Daech, à côté de Rakka, plus au nord. »

Selon Deirezzor24, un site d’informations local, l’offensive des soldats du « califat » a été facilitée par deux facteurs : l’arrivée de combattants irakiens, très expérimentés, et le butin de guerre saisi à Palmyre, en décembre 2016.

Car Raqqa est sur le point d’être encerclée par les forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de rebelles en grande majorité kurdes, mais aussi arabes et turkmènes. Soutenus par les États-Unis et notamment l’US Air Force. À l’est de Raqqa, les FDS ont presque coupé la route de Deir Ezzor et des zones tenues par Daech en Irak. À l’ouest, elles sont à moins de 4 km du verrou d’Al-Thaoura, qui commande l’accès à Palmyre et à la région d’Alep.

L’État islamique, en tant qu’entité contrôlant et administrant un territoire, est en train de s’effondrer. En revanche, ce n’est pas la fin de Daech. En se regroupant sur un territoire plus petit, les combattants djihadistes, dont beaucoup sont prêts à mourir en « martyrs », seront plus difficiles à éradiquer.

Même vaincu militairement, Daech disposera encore de fortes capacités de nuisances, à travers des cellules et des volontaires capables de mener des attentats meurtriers. Hier, la police irakienne a intercepté à temps un membre de l’EI au volant d’un véhicule bourré d’explosifs qu’il devait faire sauter à Bagdad. Ce matin, une voiture piégée a explosé à un point de contrôle dans un village proche d’Al-Bab en Syrie, faisant 42 morts et de nombreux blessés.

Surtout, les raisons qui ont favorisé l’émergence du mouvement sunnite ultraradical sont toujours là. En Irak, le pouvoir chiite soutenu par l’Iran, qui a succédé à Saddam Hussein, n’inspire aucune confiance à la minorité sunnite. On le voit à la réaction de la population de Mossoul, majoritairement sunnite. Les habitants disent leur soulagement d’être débarrassés de Daech, mais s’inquiètent du traitement que vont leur réserver la police irakienne et les milices chiites.

Daech: le début de la fin ?

En Syrie, la guerre civile fait toujours rage, là aussi sur fond de division religieuse. Le régime de Bachar al-Assad s’appuie sur la communauté alaouite, une branche du chiisme, et sur l’Iran, tandis que l’opposition de la plus modérée à la plus extrémiste, est sunnite.Plus de 45 000 djihadistes de l’État islamique ont été tués par les forces de la coalition internationale depuis le début des combats en Irak et en Syrie. Selon un général britannique, Daech peinerait à renforcer ses effectifs.

Le numéro un de l’armée américaine en Irak, le général Stephen Townsend, a estimé début février que les deux bastions de l’EI, Rakka en Syrie et Mossoul en Irak, seraient repris dans les six mois. Mardi, les forces irakiennes soutenues par la coalition ont poursuivi leur avancée dans Mossoul-Ouest et ont pris position à portée de tir du gouvernorat de la ville.

« Nous tuons Daech à un rythme qu’il ne peut tout simplement pas supporter », a déclaré mardi à la presse le général Rupert Jones, commandant adjoint de la « Combined Joint Task Force », la formation militaire qui représente la coalition. « L’ennemi ne peut supporter le taux de pertes qui lui est infligé et, de ce fait, il perd du terrain, il perd des batailles », a-t-il ajouté.

Plus de 45.000 djihadistes ont été tués par les frappes aériennes de la coalition, selon des chiffres arrêtés à août 2016. La chute de Mossoul et de Rakka ne signifiera toutefois pas la fin du combat contre l’EI, a dit mardi le général Jones, mais ce sera le début de la fin. « Le caractère inéluctable de sa destruction n’est vraiment qu’une question de temps », a-t-il déclaré.

La direction de l’EI, dit-il, ne lutte désormais plus que pour sa survie. Le nombre de combattants de l’EI en Irak et en Syrie est à son niveau le plus bas depuis deux ans et demi, estime la coalition. L’EI a perdu 62 % du territoire qu’il contrôlait en Irak et 30 % en Syrie. Selon le général Jones, le nombre de combattants étrangers qui rejoignent les rangs de l’EI a chuté dans une fourchette estimée entre 75 % et 90 %, à la fois parce qu’il est devenu plus difficile d’arriver jusqu’à l’EI et parce que les candidats se font moins enthousiastes.

Selon lui, l’Etat islamique s’est recentré sur la radicalisation de ses partisans hors d’Irak et de Syrie de façon à ce que des attentats soient perpétrés hors du Proche-Orient. Sur la base d’estimations de la coalition, l’activité de l’EI sur Twitter a chuté de 45 % depuis 2014, avec 360 000 comptes suspendus. Certains comptes liés à l’EI sur les réseaux sociaux ont une durée de vie inférieure à deux jours.

Daech: le début de la fin ?

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