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Publié par Bob Woodward

Birmingham, nouvel épicentre du salafisme en Angleterre ?

Les services de renseignements s'inquiétaient récemment de la porosité avec de potentielles filières francophones, depuis les attentats de Paris et de Bruxelles.
Les raids de la police après l'attaque de mercredi se sont concentrés sur six adresses, principalement à Londres et Birmingham. Ce n'est pas un hasard: la capitale et la seconde cité du pays abritent les principaux foyers d'islamisme au Royaume-Uni. Avec d'autres villes, comme Luton (nord de Londres), Manchester, Leeds ou Bradford, où vivent d'importantes populations musulmanes, mais aussi Cardiff, capitale du pays de Galles, ou Portsmouth (sud de l'Angleterre). Les services de renseignements s'inquiétaient récemment de la porosité avec de potentielles filières francophones, depuis les attentats de Paris et de Bruxelles.

Le «Londonistan» où l'islamisme était prêché au vu et au su de tous au début du siècle a été démantelé, remplacé par des cellules de moins en moins visibles. Abrini y est passé, notamment pour y chercher de l’argent auprès d’un autre Belge arrêté en novembre dernier.
Le point commun entre Birmingham et Molenbeek, ce n’est pas simplement le nom d’une rue emprunté à la ville anglaise pour baptiser une artère de la commune bruxelloise. Les deux entités ont également fait la une des journaux pour avoir été la base arrière d’attentats perpétrés à Paris pour la Belge, à Londres pour la Britannique. Des connexions existent aussi visiblement entre les terroristes belges et anglais.

Mohamed Abrini, l’homme au chapeau, suspecté d’être le logisticien des attentats de Paris et identifié comme l’homme au chapeau accompagnant les deux kamikazes de l’aéroport de Zaventem, est en effet passé par Birmingham en juillet 2015 où il s’est fait remettre la somme de 3.000 livres (3.500 €) par deux terroristes arrêtés depuis.

L’un deux est Zakaria Boufassil, un autre Belge arrêté depuis et qui a plaidé coupable pour financement de terrorisme en novembre 2016 et a été reconnu coupable des faits par le tribunal de Kingston (sud-ouest de Londres) début décembre.

Interpellé le 15 avril à l’aéroport londonien de Gatwick, Zakaria Boufassil a nié les accusations. Se réclamant du soufisme, une branche mystique de l’islam considérée comme hérétique par certains groupes radicaux, il a déclaré lors du procès que, pour lui, les djihadistes du groupe État islamique étaient "pires que des animaux".

Son arrestation, ainsi que celles de quatre autres complices avait été rendue possible suite au décryptage par les Américains de conversations effectuées à partir du téléphone d’Abrini. Les données du téléphone ont aussi permis de confirmer plusieurs voyages d’Abrini à Birmingham. Différentes photos de plusieurs lieux de la ville y ont aussi été retrouvées, notamment le stade de football Villa Park, le centre commercial Bull Ring et la gare de New Street.

Un autre nom Belge tristement célèbre sur l’échiquier des terroristes est aussi lié à Birmingham. Abdelhamid Abaaoud a en effet également effectué le voyage vers Birmingham en 2015, avant les attentats de Paris, auxquels il a activement pris part avant de se faire abattre lors de l’assaut de Saint-Denis. Arrivé en ferry probablement au port de Douvres sous une fausse identité, le planificateur des attentats de Paris s’est rendu à Birmingham pour y rencontrer des individus suspectés d’activité terroriste. Dans son téléphone, les enquêteurs ont aussi retrouvé des photos de Birmingham, prouvant sa présence sur les lieux en 2015.Depuis l'assaut meurtrier de Londres et l'opération policière à Birmingham, la deuxième métropole du Royaume-Uni est à nouveau pointée du doigt pour son radicalisme religieux et ses dérives djihadistes. Le modèle multiculturel historique serait-il en train de vaciller outre-Manche?
L'assaillant de Londres venait d'ici, la plus grande ville du centre de l'Angleterre: un million d'habitants et trois fois plus sur la totalité de l'aire urbaine. Quelques heures après l'attentat à la voiture-bélier, la police britannique y arrête sept personnes dans la foulée. Birmingham revient au devant de la scène, précédée d'une réputation peu reluisante, révèle RTL France. 

L'agglomération est en effet considérée comme un fief islamiste depuis longtemps et l'inquiétante radicalisation d'une partie de sa communauté musulmane discrédite peu à peu la conception multiculturelle de la société britannique, pilier du vivre ensemble national. Car, en Grande-Bretagne, la notion de race a une valeur juridique et "ceci favorise le développement du communautarisme vu comme une protection puis un moyen de promotion efficace et qui joue un rôle central dans le système politique", expliquait Mariam Abou-Zahab, professeure à l'Institut national de langues et civilisations orientales (Inalco). 

"L'assimilation a été rejetée comme politique gouvernementale en 1966 quand Roy Jenkins, ministre de l'Intérieur travailliste, a insisté sur le fait que le gouvernement n'avait pas pour objectif un processus d'uniformisation mais la diversité culturelle jointe à l'égalité des chances dans un climat de tolérance mutuelle". Complément d'information ici. 
  
La cellule terroriste de Paris et Saint-Denis était déjà liée à Birmingham. Des suspects avaient notamment été arrêtés pour leur proximité avec un certain Abdelhamid Abaaoud, cerveau des attentats du 13 novembre 2015. Mohamed Abrini, alias "L'homme au chapeau" de l'aéroport de Zaventem, alias le logisticien présumé des attaques de Paris, avait séjourné dans la métropole anglaise avant de passer à l'acte le 22 mars 2016 à Bruxelles. Il y avait notamment rencontré Mohammed Ali Ahmed et Zakaria Boufassil, inculpés le 29 avril dernier au Royaume-Uni pour avoir remis 3.000 livres à Abrini. Selon les relevés téléphoniques, les trois hommes se trouvaient au même moment dans un parc à Birmingham, le 11 juillet 2015.

Lors d'un interrogatoire effectué le 21 avril dernier par la police belge, le même Abrini affirmait que son passage à Birmingham, Londres et Manchester "n'étaient pas des voyages de reconnaissance en vue de préparer des attentats" et qu'il n'y avait "pas de projet de prendre l'Angleterre pour cible potentielle d'un acte terroriste". Selon ses dires, seule la France était alors l'ennemie de l'Etat islamique", jugeant notamment la Grande-Bretagne "plus difficile à attaquer". 

En août 2015, un recruteur de l'EI était tué en Syrie lors d'une frappe aérienne de la coalition internationale. Il était originaire de Birmingham: un élément de plus dans l'enquête du Wall Street Journal qui accusait alors la ville d'être un foyer important de soutien au djihadisme.   

Birmingham, nouvel épicentre du salafisme en Angleterre ?

Selon un recensement de 2011, 5% de la population britannique est musulmane, comme un enfant sur 10 de moins de 5 ans né en Angleterre ou au pays de Galles. À Birmingham, les musulmans constituent la plus importante communauté religieuse de la ville. Avec 34,7% de la population, elle dépasse en effet la communauté chrétienne (33,7%). Sa région des West Midlands compte la plus grande proportion de musulmans du pays (22%) mais certains quartiers de sa périphérie, comme Washwood, Bordesley ou Sparbrook dépassent les 70%. La Birmingham Central Mosque est la plus grande du pays et l'une des plus grandes d'Europe. Tout en confirmant que l'assaillant a agi seul, la police britannique a annoncé ce jeudi 23 mars avoir procédé à sept arrestations liées à l'attaque près du Parlement de Londres, qui a fait trois morts et été revendiquée par Daech. Ces arrestations, a précisé la police, ont eu lieu "à six adresses différentes à Birmingham, Londres et ailleurs dans le pays".

Le nom de Birmingham avait déjà été évoqué par des médias britanniques, dont l'agence Press Association (PA) et Sky, qui faisaient état d'une opération d'envergure dans cette grande ville du centre du pays - la deuxième d'Angleterre. "L'homme de Londres habitait ici", a d'ailleurs déclaré un témoin du raid sur un appartement de Birmingham à PA.

Selon la BBC, la voiture utilisée par l'assaillant durant l'attentat avait en tout cas été louée dans cette même ville. La police, qui privilégie la piste du terrorisme islamiste, n'a pas donné plus de détails sur l'identité des personnes interpellées, notamment à Birmingham. Mais la ville, connue pour ses mosquées salafistes, est réputée pour être un fief des islamistes britanniques.

1,2 million d'habitants vivent à Birmingham. Mais sa mauvaise réputation la poursuit, lui valant d'être comparée à une "no-go zone pour non-musulmans" par Fox News. Une mauvaise réputation qui s'explique en partie par ses liens avec plusieurs figures du jihadisme international.

Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau" des attentats de Bruxelles et suspect-clé des tueries de Paris en novembre 2015, y a notamment séjourné l'été précédant les attaques. En décembre 2015, Paris Match évoquait aussi une "cellule de Birmingham" pour décrire les liens entre Abdelhamid Abaaoud et des individus d'origine marocaine vivant dans cette ville. Le coordinateur des attentats du 13 novembre, tué dans un assaut du Raid à Saint-Denis, se serait rendu lui-même dans la métropole.

C'est aussi de Birmingham qu'était originaire Junaid Hussain, recruteur et hacker d'envergure du groupe Etat islamique tué dans une frappe de drone à Raqqa en août 2015. Ou encore Tareena Shakil, première femme condamnée au Royaume-Uni, début 2016, pour avoir rejoint les rangs de l'Etat islamique en Syrie. Par ailleurs, plusieurs interpellations pour infractions "terroristes liées à la Syrie" y avaient été menées au printemps 2016.

Sans aller jusqu'au jihadisme, Birmingham a par ailleurs été le théâtre d'un vaste scandale politique, lorsqu'il a été révélé en 2014 que des islamistes de la ville avaient "noyauté" des écoles publiques. "Les chefs d'établissement et les professeurs non musulmans ou musulmans modérés ont été constamment harcelés. Garçons et filles ont été séparés. Des appels à la prière étaient constamment diffusés par haut-parleurs", décrivait Le Monde.

La première ministre britannique Theresa May, à l'époque ministre de l'Intérieur, avait été accusée "d'avoir fermé les yeux sur les agissements des militants islamiques dans les écoles des quartiers sensibles", soulignait le quotidien du soir.

Des dérives religieuses sectaires et fondamentalistes ont plusieurs fois été observées et dénoncées à Birmingham. Ainsi, en 2014 déjà, la gestion de six écoles publiques avait suscité des débats passionnés à la suite d'un rapport "explosif" sur l'enseignement dans la région. Dans ces établissements, "garçons et filles étaient séparés, des appels à la prière étaient constamment diffusés par haut-parleurs et des détectives privés étaient chargés de débusquer les amourettes pour les rapporter aux parents", dévoilait Le Monde. 

L'année passée, une équipe de France 24 se rendait sur place dans le cadre d'une enquête journalistique afin d'analyser les inconvénients et les conséquences néfastes d'un communautarisme fragile mais défendu par les institutions. Constat? À Birmingham et sa région s'illustre le pari d'un modèle sociétal qui, malheureusement, ne semble pas toujours emprunter le chemin de la paix sociale: défiance mutuelle d'une population divisée en groupes éthniques totalement hermétiques, quartiers de confession exclusive, tensions interreligieuses (musulmans et sikhs notamment) et montée d'un racisme ambiant en retour chez les "Anglais de souche"...

Birmingham, nouvel épicentre du salafisme en Angleterre ?

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