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Publié par Bob Woodward

Trump, peut-il être destitué ?

Donald Trump tente de gouverner de manière impulsive, sur des coups de tête, par animosité personnelle, dans son propre intérêt et par décret... comme s'il était dictateur. Mais ça ne fonctionne pas, et il va déjà droit dans le mur au bout d'une semaine!

Les appels à sa destitution se multiplient parce que c'est le seul moyen de se débarrasser de lui, parce que beaucoup de Républicains sont en train de l'abandonner, parce que cet homme est psychologiquement incapable de s'assurer de la légalité des choses avant de les faire, et parce qu'il est de plus en plus évident qu'il n'est absolument pas qualifié pour diriger le pays. La plus grosse surprise pourrait ne pas venir de lui : le Congrès pourrait lancer une procédure de destitution contre Donald Trump, ça s’appelle l'"impeachment", c’est un des pouvoirs des parlementaires américains qui ont essayé par exemple de destituer Bill Clinton en son temps.

Pour Donald Trump, toutes les conditions sont réunies, estiment certains experts. Il a trop de conflits d’intérêts avec son empire immobilier, même s’il a promis de les régler. Même Alan Lichtman en parle, c’est le fameux professeur de sciences politiques qui a pronostiqué la victoire de Donald Trump. Son système de prévisions lui a permis de prédire les résultats des 8 dernières élections présidentielles alors il est évidemment écouté désormais comme un oracle.

"Cette fois, c’est une prédiction de mon instinct. Il y a de très fortes chances que Donald Trump affronte une procédure de destitution. D'abord parce que toute sa vie Donald Trump a pris des libertés avec la loi, par exemple, il a utilisé sa fondation caritative pour régler ses dettes personnelles, et ensuite parce que les Républicains, qui contrôlent le Congrès, sont nerveux.

Donald Trump est un électron libre, il ne peut pas être contrôlé. Les Républicains préféreraient largement avoir Mike Pence, le vice-président, un conservateur sans surprises et totalement prévisible. La question de la destitution de Trump est devenue récurrente dès son élection. Ainsi le 11 novembre dernier déjà, Alan Lichtman, le fameux professeur de sciences politiques qui avait pronostiqué la victoire du Républicain, avait déjà lancé que le président devrait faire face à cette procédure.

«D'abord parce que toute sa vie Donald Trump a pris des libertés avec la loi, par exemple, il a utilisé sa fondation caritative pour régler ses dettes personnelles, et ensuite parce que les Républicains, qui contrôlent le Congrès, sont nerveux», expliquait-il dans le Washington Post. Il indiquait encore: «Je suis assez certain que Trump donnera des motifs pour lancer sa destitution, soit en faisant quelque chose qui met en danger la sécurité nationale, soit parce que cela va l'avantager financièrement.»

Plus récemment, le 1er janvier dernier, Europe 1 annonçait que le Congrès pourrait lancer une procédure d'impeachment contre le président. Toutes les conditions sont réunies, estimaient des experts, car il a trop de conflits d'intérêts avec son empire immobilier. En outre, les Républicains préféreraient nettement voir à la Maison Blanche le vice-président Mike Pence, un conservateur sans surprises et totalement prévisible.

Le 9 janvier, un journaliste du Washington Post a de son côté proposé une autre méthode pour se débarrasser du président. En vertu du 25e amendement, le vice-président, et «une majorité de fonctionnaires des départements exécutifs» peuvent déposer une déclaration écrite aux présidents des deux Chambres les avisant que le président est dans l'incapacité d'exercer son travail. Le président, alors, peut contester cette incapacité. Ce serait alors au Congrès de trancher.

Pour rappel, la procédure de destitution est prévue par l'article II de la Constitution américaine et stipule que «le président, le vice-président et tous les fonctionnaires civils des États-Unis seront destitués de leurs charges sur mise en accusation et condamnation pour trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs». La Chambre des représentants à la majorité doit enclencher la procédure pour «mettre en accusation» et instruire le dossier. Ensuite, le Sénat juge. Il faut que les deux tiers des sénateurs votent en faveur de la destitution pour que la procédure aille à son terme.

On est donc encore loin d'une destitution car la procédure est longue et complexe. Les républicains auront-ils envie de provoquer un chaos institutionnel alors qu'ils disposent de tous les pouvoirs?, se demande du coup le Nouvel Obs. Un avis partagé par Corentin Sellin, historien et spécialiste des USA, interrogé par BFMTV: «De fait, est-ce que l'on imagine une Chambre des représentants républicaine et un Sénat républicain voter l'impeachment? La réponse est non. Et à court terme, ils n'ont aucune raison de le faire.»

Les adultes qui l'entourent, même les plus serviles, passent le plus clair de leur temps à tenter de réfréner ses ardeurs, mais c'est tout simplement impossible. Le reste du temps, ils répondent aux coups de fil frénétiques des dirigeants républicains, du monde des affaires et des chefs d'Etat étrangers. Il a fait quoi??? Le pauvre Reince Priebus, chef de cabinet du président, évolue enfin dans les hautes sphères, mais il ne doit pas vraiment s'amuser.

C'est une chose de vivre dans son monde quand on est candidat, et qu'on peut dire à peu près tout ce qui nous passe par la tête. En trompant suffisamment de personnes suffisamment de fois, on peut même parvenir à se faire élire. Mais quand on tente de gouverner ainsi, la réalité vous rappelle à l'ordre.

Donald Trump a édicté des décrets impulsifs, qui n'ont pas été évalués par des juristes, des experts gouvernementaux ni des responsables politiques, et n'ont fait l'objet d'aucune réflexion stratégique sérieuse. Le voilà presque aussitôt contraint de faire marche arrière en raison des pressions politiques et juridiques... et à cause du monde réel.

Contrairement à ce qui se passe dans les différentes dictatures qu'affectionne le président, l'écheveau de mesures de contrôles politiques et juridiques mis en place pour défendre la constitution et empêcher l'avènement d'un régime tyrannique aux Etats-Unis tient bon, dans l'ensemble. Plus il est irresponsable, plus ces mesures se renforcent.

C'est seulement parce qu'il a bêtement tenté de refouler certaines catégories de réfugiés (mais en laissant entrer ceux qui viennent de pays qui soutiennent le terrorisme, comme l'Arabie saoudite et l'Egypte, où il a investi à titre personnel) qu'il s'aperçoit aujourd'hui que les Etats-Unis ont des tribunaux. Des tribunaux, vous dis-je! Incroyable.

Plus il se montrera imprévisible, moins les juges conservateurs accepteront de servir la soupe aux Républicains, comme ils l'ont fait si souvent par le passé. De la même manière, il serait imprudent de penser que la Cour suprême validera sans sourciller ses décisions les plus controversées.

Trump, peut-il être destitué ?

Depuis une semaine, les Républicains, connus et moins connus, s'empressent de se distancer des propos qu'il tient sur Vladimir Poutine, et tournent en ridicule ses soupçons infondés de fraude électorale massive.

Ils ne savent plus où se mettre quand il s'agit de liquider le programme de couverture sociale universelle, l'Obamacare, sans nuire aux patients ni à leurs propres espoirs de réélection. C'est une mesure complexe, et Donald Trump ne fait pas vraiment dans la nuance. Tom McClintock, représentant de la Californie, a résumé les inquiétudes de nombre de ses confrères: "Il va falloir assumer les mesures que nous allons mettre en place" suite à l'abrogation de la loi. "Nos adversaires appelleront ça le Trumpcare, et les Républicains seront jugés sur pièce lors des prochaines élections, qui auront lieu dans moins de deux ans."

Le sénateur Lindsey Graham n'a, quant à lui, pas hésité à se moquer des habitudes du président sur les réseaux sociaux, en qualifiant dans un tweet la guerre commerciale avec le Mexique de "mucho sad".

Même le cabinet de Donald Trump a dû l'empêcher de poursuivre sa croisade insensée contre les Mexicains, notamment lorsqu'il oblige le président du Mexique à annuler sa visite officielle, avant de le rappeler 24 heures plus tard pour se rabibocher.

Le président américain a aussi proposé de légaliser à nouveau la torture, mais les leaders républicains s'y sont opposés. John Thune, le sénateur républicain du Dakota du Sud, a ainsi déclaré mercredi 25 janvier que l'interdiction de recourir à la torture faisait jurisprudence, et que les Républicains au congrès s'opposeraient à tout retour en arrière. Un point de vue que partage le ministre de la Défense, pourtant nommé par Donald Trump. Après avoir claironné à qui voulait l'entendre que sa décision était prise, le président a docilement accepté de s'en remettre à ses conseillers militaires.

Tout cela en une semaine seulement! Et, aujourd'hui, des tribunaux fédéraux commencent à restreindre ses prérogatives.

Il y a deux semaines, au vu de ce que nous avions constaté pendant la période de transition, j'ai écrit un article proposant la constitution d'une commission et d'une campagne citoyennes de destitution du président.

Depuis, l'association apolitique Free Speech for People a lancé une campagne similaire. Elle a déjà recueilli quelque 400.000 signatures. L'organisation bipartisane Citizens for Responsibility and Ethics in Washington (CREW) constitue de son côté un dossier car ses juristes ont introduit une action en justice suite aux multiples violations de la clause d'inéligibilité, dont le but est d'empêcher le président de tirer profit des actions d'un gouvernement étranger.

Il existe déjà bien d'autres motifs de destitution, notamment liés au fait que Donald Trump place ses propres intérêts financiers devant ceux du pays, et son étrange alliance avec Vladimir Poutine, qui relève presque de la haute trahison. Moins connu que la clause d'inéligibilité, le Stop Trading on Congressional Knowledge (STOCK) Act de 2012, est l'équivalent du délit d'initié français. Il s'applique au président, comme à n'importe quel autre fonctionnaire.

Bien entendu, la procédure de destitution est une mesure aussi politique que juridique, comme le souhaitaient les pères fondateurs des Etats-Unis. Or, une semaine après son investiture, ce n'est pas seulement Trump qui abandonne la constitution, mais ses alliés qui l'abandonnent, lui.

En dépit de son comportement alarmant, les Républicains ont cru qu'ils pourraient se servir de lui pour parvenir à leurs fins. Mais entre sa déclaration d'amour à Poutine et son désir d'initier une guerre commerciale mondiale, Donald Trump n'a rien d'un Républicain. On ose à peine imaginer l'inquiétude et l'horreur que doivent exprimer en privé les cadres du parti.

En 1984, le psychiatre Otto Kernberg a décrit le narcissisme malfaisant, un trouble psychologique qui, contrairement aux autres formes de narcissisme, est considéré comme une pathologie grave. Il se caractérise par une absence de conscience, une grandiloquence alliée à une immense soif de pouvoir, et une tendance au sadisme.

Etant donné le danger qu'il représente pour la république et pour le parti républicain, la destitution de Donald Trump n'est qu'une question de temps. La question est de savoir quelles catastrophes l'Amérique devra surmonter d'ici là.

Trump, peut-il être destitué ?

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