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Publié par Bob Woodward

Rachid Kassim: le testament d'une petite frappe ?

Le djihadiste français, vraisemblablement visé par une frappe américaine le 10 février alors qu'il se trouvait à Mossoul en Irak, a enregistré un message audio en forme de testament.

"Si vous écoutez ceci, c'est que je ne suis plus de ce monde". C'est ainsi que commence un message audio de vingt minutes enregistré par Rachid Kassim, consulté par L'Express et diffusé par plusieurs chaînes djihadistes de la messagerie chiffrée Telegram, mercredi 15 février au soir, vers 21 heures.

Le djihadiste français, qui aurait été tué lors d'une frappe américaine, y adresse ses hommages à "tous les dirigeants" de l'organisation terroriste Etat islamique, mais critique aussi à plusieurs reprises Daech, notamment en condamnant "les hypocrites" de l'organisation terroriste, sans plus de détails. Rachid Kassim appelle ensuite les sympathisants de Daech à commettre des attentats en France, comme il l'avait déjà fait de nombreuses fois ces derniers mois, via Telegram. Il affirme, enfin, avoir été approché pour participer "aux opérations extérieures" [les attentats à l'étranger], mais avoir refusé car sa spécialité était, selon lui, "d'inciter au djihad de proximité".
Ciblé par un drone de la coalition internationale dans la région de Mossoul, mercredi 8 février, l'un des principaux recruteurs français de Daech, Rachid Kassim, a bel et bien été tué au cours de l'opération, rapporte LCI, qui indique que les comparaisons ADN réalisées l'attestent. Il ne s'agit toutefois pas "d'un assassinat ciblé validé par l’Elysée, poursuit la chaîne, mais bien une volonté américaine de neutraliser le djihadiste français", considéré par Washington comme une "HVT/High Value Target".

C’est le petit Français qui montait au sein de la nébuleuse Etat Islamique, en pleine déconfiture militaire sur le terrain, mais toujours avide de porter des coups contre les « mécréants ». Son nom, Rachid Kassim, apparaissait au cœur d’une dizaine d’enquêtes sur des attentats ou des projets d’attentats. Agé de 29 ans, il maitrisait sur le bout des doigts la messagerie cryptée Telegram, son moyen d’entrer en contact et de travailler au corps les volontaires pour le djihad.

Depuis l’exécution, revendiquée par les services secrets américains, de celui qui passait pour le « ministre » des attentats, le Syrien Mohammed Al-Adnani, ce franco-algérien passait pour l’un de ses successeurs potentiels, au point que la CIA et la NSA avaient jeté leur dévolu sur lui, avec à la clef de très précieuses informations transmises à leurs homologues français.
Marionnettiste hors-pair

Le principal bagage de cet homme, c’est ce métier qu’il avait exercé pendant au moins deux ans à Roanne, cette ville de la Loire où il avait grandi avec sa mère : animateur social. Plus précisément spécialiste de l’accompagnement scolaire des adolescents. Les enfants, il connaissait. Il les avait suffisamment encadrés pour savoir détecter leurs failles et leurs faiblesses. Cela faisait de ce jeune homme un « marionnettiste » hors-pair à l’heure où l’organisation qui l’employait avait un besoin urgent de chair fraiche.

L’inspirateur de Larossi Abballa, qui a tué un policier et sa compagne le 13 juin dernier à Magnanville, dans les Yvelines, c’était lui. Le mode d’emploi des deux assassins du prêtre de l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, c’est lui qui l’avait fourni. C’est encore lui qui avait poussé le commando de femmes qui ont tenté, sans succès, de faire exploser une voiture (empruntée au père de l’une d’elles) remplie de bonbonnes de gaz à deux pas de Notre-Dame-de-Paris et de la Préfecture de police. Toujours lui qui aurait retourné le cerveau d’une adolescente de Melun, âgée de 16 ans et incarcérée le 4 août dernier, et radicalisé à distance une jeune Clermontoise. Lui, enfin, qui aurait piloté, tel un drone humain, ce garçon de 15 ans qui devait tuer au couteau un maximum de personnes dans les rues de Paris. L’un des quelques 300 abonnés de Rachid Kassim comptait sur ce réseau qu’il croyait inviolable…

C’est à l’âge de 25 ans, en 2012, qu’il aurait découvert la religion à l’occasion d’un voyage en Algérie, en épousant la cause non pas des Salafistes, mais du mouvement Taqfir. Sa petite amie, rencontrée quand il avait 17 ans, de deux ans sa cadette, se convertit rapidement à l’islam pour l’épouser, à l’insu de ses parents, après avoir stoppé net ses études d’infirmière. Ni trafiquant de stups, ni caïd, il exerce comme animateur de 2010 à 2012, dans un centre social de la ville, abritant notamment une crèche. C’est à cette période qu’il attire pour la première fois l’attention d’un service de renseignement local, le futur service de renseignement territorial (SRT). Le jeune homme, qui accompagne les ados en sortie scolaire, se fait remarquer par une barbe ostentatoire, avant de commencer à refuser de serrer la main des femmes. Inconnu de la justice, sauf pour une petite affaire d’ivresse sur la voie publique, il n’a pas le noir casier judiciaire de nombre de ses futures recrues. La consultation frénétique des sites djihadistes et un voyage en Egypte auraient parachevé sa mue en « fou de Dieu », avec à la clef l’enregistrement d’un disque de rap, signé « L’oranais », selon nos confrères de l’AFP, dans lequel il ne cache pas une petite faiblesse pour le terrorisme.

Rachid Kassim: le testament d'une petite frappe ?

Selon les informations publiées par Marianne, ce n’est que le 30 mai 2015, cinq mois après l’attaque de Charlie Hebdo, que Rachid Kassim quitte brusquement Roanne pour la Syrie, avec son épouse et leur enfant, ainsi qu’un camarade dont tout porte à croire qu’il est mort sur place. Un départ bien mis en scène, puisqu’ils viennent d’acheter une voiture et laissent le réfrigérateur plein de nourriture. C’est sa propre famille qui signale cette disparition, considérée comme « inquiétante ». Auparavant, les responsables de l’une des mosquées locales, tenue par des Algériens, l’avaient éconduit, comme nombre des habitants de son quartier avaient pris leur distance, inquiets de l’évolution de cet ex-« bon vivant » qui montrait volontiers des vidéos de propagande.
Ce ne sont pas les services de renseignement, cette fois, mais les journalistes de l’agence locale du Progrès qui démasquent cet obsédé de l’appel au meurtre, autour du 20 janvier 2016. A l’époque, il « drague » les jeunes Roannais à travers une messagerie Facebook ouverte fin 2015 sous un nom de femme : Nicole Ambrosia. Parmi les messages qu’elle (il) poste, celui-ci est récurrent : « Il n’y a aucun acte plus aimé et plus vertueux aux yeux des Sahabas que le djihad ». Sa cible : les lycéens du coin, qu’il invite à se « réveiller ».

Peu prophète en sa ville, le donneur d’ordre a apparemment trouvé oreilles attentives ailleurs sur le territoire, lui qui se fait encore remarquer en se félicitant de l’attentat de Nice, dans un message vidéo où il apparaît en tenue militaire, turban noir sur la tête. « Telle est la rétribution du peuple criminel qu’est le peuple français », dit-il, sans que l’on sache encore s’il a joué un rôle quelconque dans la radicalisation de Mohammed Lahouaiej Bouhlel, le camionneur fou du 14 juillet.  « Que périsse le peuple de Charlie », embraye-t-il. Nous aussi, on va intensifier nos attaques ». Avec à la clef une double décapitation. Les trois jeunes filles qu’il a convaincues de cibler le cœur de Paris étaient de bonnes recrues si l’on s’en tient à leur détermination. Ayant échoué à enflammer la banquette de leur voiture avec du gasoil, elles ont décidé de passer à l’attaque avec des couteaux, à priori en ciblant des gares. Il s’en est fallu de peu qu’elles ne parviennent à leurs fins : une équipe de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure) cernait cet appartement de l’Essonne où elles venaient de mettre au point leur funeste projet. Se voyant découverte, l’une d’elle a foncé sur un fonctionnaire, son couteau de cuisine en main, pour le blesser, entraînant une riposte armée.

Rachid Kassim a "probablement" été tué cette semaine, près de Mossoul en Irak, lors d'une frappe de la coalition contre le groupe Etat islamique. Le ministère américain de la Défense n'a pour sa part pas encore indiqué quel avait été le sort du Français dans ce bombardement intervenu «dans les dernières 72 heures». A Paris, un haut responsable de la lutte anti-terroriste, qui a requis l'anonymat, a indiqué : « Nous n'avons pas de confirmation absolue, mais une probable certitude».

Rachid Kassim: le testament d'une petite frappe ?

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