Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

Le retour des Talibans est-il inéluctable ?

Année après année, la guerre s’intensifie en Afghanistan. Elle se traduit sur le terrain par une hausse régulière des victimes parmi les forces de sécurité afghanes, en première ligne face aux rebelles talibans depuis le départ des troupes de l’Otan en 2015.À Kaboul, on scrute déjà la portée de la nouvelle « offensive de printemps » déclenchée par les fidèles du mollah Omar, la première depuis le retrait massif des forces de la coalition internationale. Les experts s’attendent à une intensification des combats, dans le droit fil des années précédentes.

« Le conflit en Afghanistan n’est pas en train de se terminer. Il empire », rappelle une étude américaine sur « les coûts de la guerre » en Afghanistan et au Pakistan menée par la Watson Institute for international Studies.
Un bilan très meurtrier chez les civils...

Les auteurs de l’enquête estiment à 149 000 le nombre de morts et 162 000 celui des blessés, civils ou militaires en Afghanistan et au Pakistan entre l’invasion américaine en 2001 et le départ du gros des troupes étrangères fin 2014.

Ils ont choisi d’étudier les deux pays tant les deux conflits sont intimement liés : la « guerre contre le terrorisme » menée par les Américains a en effet rapidement débordé chez le voisin pakistanais. Mais si « les combats ont diminué en intensité au Pakistan », constate le rapport, les destructions s’accroissent en Afghanistan.

Cette analyse largement partagée par les acteurs de terrain s’appuie sur les estimations du nombre de victimes directes des combats, à partir des données collectées auprès de la mission des Nations unies, des autorités de Kaboul et des forces de la coalition.

Près de 92 000 personnes ont trouvé la mort en Afghanistan depuis la chute du régime taliban. Parmi elles, 26 270 étaient des citoyens afghans sans qualification particulière, 331 des travailleurs humanitaires et 25 des journalistes. La courbe des victimes civiles épouse celle des violences : 400 en 2002, 929 en 2006, 2 118 en 2008, 3 133 en 2011 et 3 699 en 2014.

L’an dernier, les trois quarts de ces décès ont été provoqués par la rébellion qui multiplie l’usage des mines ou qui n’hésite pas à tuer les opposants.« Les insurgés ciblent délibérément la population malgré leur affirmation », note le rapport. À l’inverse, les victimes des bombardements aériens de la coalition ont décru, passant de 552 en 2008 à 104 en 2014.

Les militaires et les policiers afghans subissent aussi de très lourdes pertes, évaluées à 23 470, soit un nombre bien supérieur à celui de la coalition internationale (3 400). En 2014, année record, 1 800 soldats et 3 700 policiers afghans ont ainsi été tués.

« Les troupes afghanes n’auront pas les moyens de tenir le pays si leur taux de mortalité se maintient à un niveau aussi élevé », avait prévenu en novembre 2014 le général américain Joseph Anderson. En face, les talibans et leurs alliés auraient perdu 35 000 combattants entre 2001 et 2015, une estimation à prendre avec des pincettes, la rébellion ne communiquant pas sur ces pertes.

De l’autre côté de la frontière, le conflit a coûté la vie à 57 000 personnes, dont 21 500 civils, 6 200 militaires ou policiers pakistanais et 29 000 rebelles. Le rapport du Watson Institute for international studies rappelle aussi le rôle des drones américains dans la guerre menée contre les insurgés dans les zones tribales.

Près de 400 tirs de drones ont été effectués entre 2004 et 2014, sans qu’il soit possible d’estimer correctement le nombre de victimes civiles, lesquelles varient selon les sources entre 156 et 1 400. Autre inconnue, les victimes indirectes du conflit, ce que les historiens appellent la surmortalité en temps de guerre. Au Pakistan comme en Afghanistan, estimer le nombre des morts par malnutrition, manque de soins ou en raison des déplacements relève de la gageure.

Le dernier bilan de l’inspection générale pour la reconstruction de l’Afghanistan (Sigar), une agence américaine, dresse un sombre tableau de la situation en 2016 : un total de 6 785 soldats et policiers a été tué entre le 1er janvier et le 12 novembre, et 11 777 ont été blessés.

Les pertes des forces de sécurité afghanes ont grimpé de 35 % en 2016 par rapport à l’année précédente, elle-même considérée comme une année record avec environ 5 000 décès, contre 4 600 en 2014.

Il y a deux ans, cette hausse, qui s’expliquait en partie par le désengagement des troupes de l’Otan et en partie par une recrudescence des attaques des insurgés sur tout le territoire afghan, avait déjà été qualifiée « d’insoutenable » à moyen terme par des militaires américains.

« Le nombre de groupes armés s’opposant au gouvernement de Kaboul augmente, et l’emprise géographique de celui-ci diminue », a insisté pour sa part l’Américain John Sopko, directeur de Sigar. « Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’armée afghane ne fait que jouer en défense et ne va pas s’en prendre aux talibans. »

Selon l’agence, environ 57,2 % des 407 districts afghans étaient sous le contrôle du gouvernement afghans début novembre, contre plus de 72 % un an auparavant.

Les pays de l’Otan, États-Unis en tête, qui ont dépensé des dizaines de milliards de dollars pour équiper et former les forces de sécurité afghanes espéraient qu’elles seraient en mesure de tenir le terrain face aux talibans. Malgré les milliards de dollars dépensés par l'administration américaine et des progrès soulignés par le Pentagone, l'armée afghane présente encore de nombreuses faiblesses, notamment en matière d'organisation et de coordination. Elle manque ainsi encore cruellement d'avions ou d'hélicoptères pour appuyer ses troupes au sol, ne pouvant compter pour l'instant que sur quelques appareils d'attaque au sol A-29 fournis par les Américains et des hélicoptères légers MD-530.

Le retour des Talibans est-il inéluctable ?

Pour l’instant, la Maison Blanche est donc contrainte de poursuivre une stratégie de «boots on the ground», de troupes au sol. D’autant qu’aucune solution politique n’est en vue. Des discussions directes entre le gouvernement de Kaboul et les talibans ont bien eu lieu en juillet 2015. Mais la deuxième session a été reportée sine die après l'annonce de la mort du fondateur du mouvement taliban, le mollah Omar. Les insurgés font du retrait des quelque 13.000 militaires de l’Otan toujours déployés en Afghanistan une condition préalable à la reprise de ces négociations. D’une manière générale, les talibans ne sont pas les seules forces djihadistes sur le terrain. Al-Qaïda aurait repris pied dans le pays : un raid aérien aurait détruit un camp d’entraînement de l’organisation à Kandahar, en octobre 2015, selon opex360. Dans le même temps, les forces de l’«Etat islamique au Khorasan», qui se présente comme une émanation d’EI, «font preuve d’une réelle résilience face aux offensives» gouvernementales dans le Nangarhar, précise le site du MAE. Elles «se redéployent (aussi) vers l’ouest et le nord». Conclusion : la situation n’est pas prête de s’améliorer en Afghanistan, en guerre depuis l’invasion soviétique en 1979.

Les chefs militaires américains veulent toutefois croire que les très jeunes unités loyales à Kaboul, reconstruites à partir de zéro en quelques années, ont démontré leurs capacités en réussissant à tenir les capitales provinciales attaquées par les talibans.

« Cette année, il y a eu 8 attaques (des talibans) contre des villes, et toutes ont échoué. Pour nous, c’est un signe de réel progrès » avait déclaré en décembre le général John Nicholson, le chef des forces américaines en Afghanistan.

L’administration Obama avait promis de retirer les troupes américaines d’Afghanistan mais n’a pu tenir son engagement. Elle a dû se résoudre à laisser finalement 8 400 soldats dans le pays à son départ.

Les conseillers militaires américains ont été autorisés en 2016 à se rapprocher de la ligne de front pour aider plus efficacement les forces afghanes, et les avions de combat américains ont plus de latitude pour aller frapper directement les talibans.

Cet engagement sera-t-il prolongé ? Le nouveau président américain Donald Trump s’est très peu exprimé sur l’Afghanistan, et ses intentions restent inconnues.

Le retour des Talibans est-il inéluctable ?

Commenter cet article