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Publié par Bob Woodward

Le pétrole angolais, une affaire de famille ?

La justice angolaise a validé sans surprise la nomination de la fille du président José Eduardo dos Santos, Isabel, à la tête de la compagnie pétrolière nationale Sonangol, contestée par l’opposition, a-t-on appris jeudi 29 décembre auprès des plaignants.

« Selon la décision de la Cour suprême rendue le 22 décembre, la nomination d’Isabel dos Santos par son père ne viole pas la loi sur la probité publique ni la Constitution angolaise », a déclaré à l’AFP leur porte-parole, David Mendes.

Au pouvoir depuis 1979, M. dos Santos avait nommé en juin sa fille aînée, 43 ans, à la tête de la Sonangol. C’est en rachetant, à 24 ans, un restaurant de Luanda que la « Princesse » ambitieuse a commencé sa carrière dans les affaires. Mais c’est en 1999 qu’elle a pris son envol en remportant un appel d’offres lui a permettant de contrôler Unitel, le premier opérateur de téléphonie mobile du pays. « La fortune d’Isabel vient des décrets présidentiels de son père qui est un dictateur corrompu jusqu’à la moelle, assène Rafael Marques. Sans la corruption organisée par son père, elle ne posséderait rien… Elle est à craindre car elle tient à sa disposition l’appareil répressif de l’Etat, ainsi que le pouvoir institutionnel qui permet d’éliminer ou de punir ceux qui s’opposent à ses démarches. »
L’ancien pays colonisateur

Son empire financier s’étend aujourd’hui bien au-delà des frontières de l’Angola. Au Portugal, Isabel dos Santos a massivement investi puisqu’elle contrôle 19 % de BPI, la quatrième banque de l’ancien pays colonisateur. Elle possède également des actions dans plusieurs sociétés, dont 10 % dans Zon Multimedia, spécialisée dans les télécommunications. Mais être la femme la plus riche d’Afrique – certes loin derrière Liliane Bettancourt, la femme la plus riche du monde avec ses 36,1 milliards de dollars – ne suffit pas.

La Sonangol a été fondée en 1976, soit vingt-six ans avant la mort de Jonas Savimbi, l’ancien chef de l’Unita, qui reste le principal parti d’opposition du pays. « La compagnie a eu une croissance extrêmement rapide après la fin de la guerre civile en 2002, en doublant son volume de production et grâce à un prix du baril qui est passé d’une trentaine de dollars à 147 dollars en 2008, explique Benjamin Augé, spécialiste des questions énergétiques à l’Institut français des relations internationales (IFRI). La société a ainsi pu investir dans toutes les infrastructures. »

Mais depuis la chute des cours, la Sonangol traverse une période délicate et le pays s’enfonce dans la crise. L’inflation a atteint, en mai, 29,2 % en glissement annuel et le kwanza, la monnaie nationale, s’est dépréciée de 40 % par rapport au dollar. « La Sonangol reste la première entreprise du pays et la colonne vertébrale de l’économie, explique Samuel Nguembock, chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS). Mais dans un moment difficile de son histoire, elle n’a pas bénéficié d’un management très rigoureux. »

L’Angola, qui figure à la 163e place sur 167 au classement de Transparency International, est régulièrement pointé du doigt pour sa gestion opaque et son haut niveau de corruption. Les inégalités sont criantes dans ce pays lusophone d’environ 25 millions d’habitants, où le taux de mortalité infantile est le plus élevé au monde, selon un rapport de l’ONU publié en 2015.

Au pouvoir depuis 1979, José Eduardo dos Santos, âgé de 73 ans, a annoncé qu’il mettrait un terme à sa carrière politique en 2018, soit un an après la présidentielle. Personne ne sait pourquoi il a coché cette date et personne n’est obligé de le croire. Mais une chose est sûre : il réfléchit à sa succession. Faut-il voir dans la nomination de « Zabelinha » une amorce dans la transmission du pouvoir politique, un marchepied vers la présidence ? « Cela n’a rien à voir avec la politique, a répondu sa fille, de sa voix timide. J’ai été amenée dans ce projet grâce à mon expérience dans le secteur privé. »

En juin 2013, José Filomeno de Sousa dos Santos, fils du président, a été officiellement propulsé à la tête d’un fonds souverain lancé en octobre 2012 et doté de 5 milliards de dollars. Agé de 38 ans, certains à Luanda voient celui que l’on surnomme « Zenu » comme capable de succéder à son père. La nomination de sa demi-sœur, l’aînée des quatre enfants du président, à la tête de la Sonangol laisse penser aussi que la gestion économique de l’Angola doit rester une affaire de famille.

Mais l’avenir politique est plus difficile à décrypter. « La Sonangol est depuis toujours la caisse du régime, rappelle Benjamin Augé. Tous les secrets de l’Etat y sont cachés. Confier les postes clés de l’économie à ses enfants permet à José Eduardo dos Santos de s’assurer que sa famille va protéger l’argent du clan après son départ : celui du MPLA [Mouvement populaire de libération de l’Angola, le parti au pouvoir], mais aussi celui de la famille dos Santos. » Une stratégie classique dans les pays producteurs de pétrole.

L’opposition a dénoncé cette décision assimilée à du « népotisme » et un collectif de juristes hostiles au chef de l’Etat a demandé son annulation devant la Cour suprême. Selon leur argumentaire, les agents publics et donc le chef de l’Etat n’ont pas le droit de nommer des membres de leurs familles.

« L’arrêt de la Cour suprême comporte de nombreuses lacunes et ne répond pas de façon satisfaisante aux questions que nous avons posées », a déploré M. Mendes, « nous allons donc faire appel de cette décision devant la Cour constitutionnelle ».

Selon le magazine américain Forbes, Isabel dos Santos est la femme la plus riche d’Afrique et la huitième fortune du continent, avec un patrimoine estimé à 3,3 milliards de dollars (3,15 milliards d’euros).

Le pétrole angolais, une affaire de famille ?

Lors d’une rare conférence de presse en novembre, celle que les Angolais appellent la « princesse » avait défendu sa nomination à la tête de la Sonangol au nom de son expérience dans les affaires. « Mon CV parle de lui-même », avait-elle plaidé.

Cette femme d’affaires, mère de trois enfants possède des parts dans plusieurs compagnies en Angola et au Portugal, notamment dans la banque et la téléphonie mobile. Elle est accusée par ses détracteurs d’avoir fait fortune grâce à la protection de son père.

La Sonangol traverse une passe financière difficile, en raison de la chute des cours de l’or noir depuis 2014. Dans un entretien récent au Financial Times, Mme dos Santos s’est dite déterminée à « rendre la Sonangol très rentable ».

Plus gros producteur d’or noir d’Afrique subsaharienne avec le Nigeria, l’Angola est confronté à une grave crise économiqueIsabel dos Santos, business woman redoutable, femme la plus riche d’Afrique, mais aussi fille du président angolais depuis 37 ans, a été nommée à la tête de la principale entreprise d’Angola, la compagnie pétrolière Sonangol. Un signe de plus de son ascension fulgurante… jusqu’à la présidence ?

Isabel dos Santos en route vers la présidence ? La fille aînée du président angolais a été désignée par son père, jeudi dernier, numéro un de la compagnie pétrolière nationale, Sonangol. Elle a pris ses fonctions lundi et renoncé à ses postes dans diverses sociétés par souci de «transparence» et pour éviter tout «conflit d’intérêt», note le «Jornal de Angola», proche du pouvoir. Parmi ces entreprises : le holding Portugal Telecom SGPS, l’entreprise portugaise-angolaise de télécommunications NOS, ou encore Banco BIC SA, filiale de Banco BIC Português et 5e banque d’Angola en terme d’actifs selon Bloomberg. La mission de la femme d’affaires de 43 ans sera de taille, la baisse du prix du pétrole ayant provoqué une grave crise économique dans le pays -rappelons que l'Angola est le deuxième producteur africain de pétrole.

Cette nomination fait jaser quant aux intentions cachées qu’elle pourrait comporter. En effet, Jose Eduardo dos Santos, qui dirige son pays d'une main de fer sans interruption depuis 1979, a annoncé en mars son intention de se retirer et de «quitter définitivement la vie politique» à la fin de son mandat en 2018 (les élections auront lieu en 2017). D’aucuns voient de fait en cette promotion un indice révélateur. «Isabel dos Santos prend la direction de Sonangol et gagne en puissance», titre l’hebdomadaire portugais «Expresso», qui souligne que l’entreprise est «la plus importante du pays, un Etat dans l’Etat», et conclut que les «signes sont évidents et se développent». Samedi, un collectif d'avocats angolais s’est réuni pour crier au népotisme, et annoncé son intention de contester en justice la nomination de la fille du président à la présidence de la Sonangol.
Elle s'est bâti un empire... toute seule?

Née en 1973 à Bakou, en Azerbaïdjan soviétique, où son père faisait des études d'ingénieur, Isabel est la fille de la première épouse de Jose Eduardo, Tatiana Kukanova, une championne d’échecs russe. «La princesse», comme elle est surnommée, a grandi à Londres, et fait ses études d’ingénierie électrique et de gestion d’entreprise au King’s College de Londres. Elle ne reviendra en Angola qu'en 1992, lorsque son père signe un accord de paix avec le chef rebelle Jonas Savimbi. En 1997, elle ouvre un club-restaurant, le Miami Beach, sur l'île de Luanda. Elle a alors 24 ans. La même année, elle ouvre avec sa mère la Trans Africa Investment Services (Tais), une société de commercialisation de diamants, dont regorge le sol de son pays. En 1999, elle remporte un appel d'offres pour mettre la main sur le premier opérateur de téléphonie mobile de son pays, Unitel –elle en détient encore 25%.

Au fil des ans, elle investit dans des domaines variés comme les télécoms, l’énergie, l’agro-alimentaire ou les diamants, donc ; des dizaines d’entreprises en Angola et au Portugal, ancienne puissance coloniale. Elle est aujourd’hui à la tête d’un véritable empire, pointé du doigt par certains. En octobre 2015, quatre membres du Parlement européen ont même appelé publiquement à une enquête sur l’hypothèse selon laquelle l'Etat angolais financerait «indirectement et illégalement» des investissements privés d’Isabel dos Santos… Le journaliste angolais Rafael Marques a écrit un livre en 2001 pour dénoncer les malversations de la famille dirigeante, «Diamants de sang : corruption et torture en Angola».

De son côté, Isabel dos Santos se revendique «sel made woman» et réfute tout parachutage. En avril dernier, elle a assuré dans une rare interview accordée au «Wall Street Journal»: «Je ne suis financée par aucun argent public ou fonds public. Je ne fais pas cela. Je suis farouchement indépendante. J'ai toujours voulu me faire moi-même et ne pas être dans l'ombre de mes parents». D’après le magazine spécialisé «Forbes», la fortune d’Isabel dos Santos serait de 3,3 milliards de dollars, ce qui en fait la femme la plus riche d'Afrique, et la huitième fortune d’Afrique. Mère de trois enfants, l’entrepreneur est mariée depuis 2002 à l'homme d'affaires congolais (RDC) et collectionneur d'art (lui même fils d’un millionnaire congolais) Sindika Dokolo.

Le pétrole angolais, une affaire de famille ?

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