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Publié par Bob Woodward

La Russie s'éloigne-t-elle de l'Algérie ?

La Russie de Vladimir Poutine changerait-elle de pivot stratégique en méditerranée occidentale sud ?

Moscou délaisserait-elle son alliée, héritée de l’URSS, en Afrique du nord, en l’occurrence l’Algérie, pour commencer une nouvelle page avec l’unique pays qui ait un avenir dans cette région, à savoir le Maroc ?

Selon l’historien africaniste français, Bernard Lugan, la Russie est en train d’opérer un énorme changement stratégique, dans la carte de ses alliances en mer méditerranée. S’il est exclu, pour des raisons de vassalité atlantiste, que se soient des pays européens qui nouent alliances avec la Russie, la préférence de cette dernière sera pour un pays du sud méditerranéen, qui sera candidat à jouer un rôle de pivot stratégique pour Moscou.

Selon Bernard Lugan, ce pays ne sera nul autre que le Maroc. Pourtant explique-t-il, tout aurait laissé penser que se serait l’Algérie.
L’historien français indique que la Russie cherche à gagner en méditerranée, des points d’appuis maritimes, disséminés sur un long parcours, depuis la Crimée à l’Est, jusqu’au point de jonction entre la méditerranée et l’Atlantique, à l’ouest.

Pour cela, souligne-t-il, ‘‘les stratèges russes ont réfléchi à l’hypothèse algérienne avec la base de Mers-el-Kébir. D’autant plus que les relations militaires entre Moscou et Alger sont anciennes et que l’armée algérienne est largement équipée en matériel russe.’’

Or, deux considérations ont contribué à détourner Moscou d’Alger: d’abord l’inconstance de l’Algérie et sa nature d’allié non fiable : ‘‘en 2013, l’Algérie avait catégoriquement refusé d’accorder des facilités logistiques et opérationnelles à la flotte russe.’’

Et l’autre raison procède d’une analyse géostratégique : ‘‘La Méditerranée est une mer fermée, Sortir de la Méditerranée afin de déboucher sur l’océan atlantique, ou y entrer, implique que le couloir maritime situé entre Gibraltar et le cap Spartel soit libre.’’

Pour ses raisons et d’autres, indique Bernard Lugan, la Russie choisit le Maroc. ‘’Le Maroc est le partenaire idéal car il contrôle la rive sud du détroit de Gibraltar. De plus, (..) il possède une immense façade atlantique s’étendant depuis Tanger, au nord, jusqu’à la frontière de Mauritanie, au sud.’’

Pour s’attirer les faveurs de Rabat, Moscou s’en va lui assurer son soutien dans l’affaire du Sahara, souligne l’expert français.

Selon lui, c’est là le début d’un positionnement nouveau de la Russie dans cette région sensible, qui va forcément entraîner un renforcement considérable du royaume et un affaiblissement irréversible de l’Algérie.

Bernard Lugan a conclu en assurant qu’il serait fort probable qu’un accord maritime stratégique soit passé entre le Maroc et la Russie et qui donnerait corps à des ‘facilités’ marocaines aux navires russes .Le rapprochement entre les deux pays n’est donc pas une nouveauté, mais le résultat d’une diversification des marchés appliquée depuis quelques années par le Maroc dans son projet de devenir un hub régional. Le royaume est de plus en plus renforcé dans son ambition suite à la détérioration de ses relations avec l’Union Européenne, son partenaire commercial numéro 1 – en raison de l’annulation d’un accord agricole par la Cour européenne de justice – et aux récentes déclarations hostiles du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, sur le dossier du Sahara.

Or, la Russie est membre du Conseil de sécurité et y dispose du droit de véto. Peut-elle apporter son soutien au Maroc sur la question du Sahara en ce moment difficile de tension avec l’ONU? À l’issue de son entretien avec le roi du Maroc, le président russe a déclaré que « la Russie prend dûment compte de la position du Maroc concernant le règlement de ce problème », rapporte l’AFP. Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a pour sa part souligné lors d’un point presse que l’ONU devait continuer à jouer un rôle constructif malgré les récents malentendus ». « C’est un vieux problème, un problème très aigu. (…) Mais nous ne voyons d’autre solution que la recherche d’un compromis », a-t-il déclaré.

Sur le dossier du Sahara, Moscou adopte une position de neutralité, qui arrange bien le Maroc dans son conflit actuel avec l’ONU, mais ne va pas jusqu’à faire sienne sa proposition d’autonomie sous souveraineté. Même si Moscou n’a jamais reconnu le Polisario, elle a toujours apporté un soutien indéfectible à l’Algérie, un de ses principaux clients en matière de vente d’armes (plus de 80% de l’armement algérien provient de la Russie). Le Maroc, lui, achète plutôt chez les Américains et les Français.

Avec l’Algérie, ils représentent à eux-seuls 56% des importations d’armes en Afrique. Et la présence à Moscou du ministre déléguée chargé de l’Administration de la défense, Abdellatif Loudiyi, annonce l’intention du royaume de diversifier sa structure d’achats en faveur de la Russie et d’aller vers une coopération plus étroite en matière de lutte contre le terrorisme.

« Le rapprochement avec la Russie n’entraîne pas l’exclusion de nos partenaires historiques », tiennent à préciser les responsables marocains. « Le clivage Est-Ouest, propre à la guerre froide, n’est plus d’actualité », rappelle d’ailleurs la chercheuse Yousra Abourabi. « Dans un contexte globalisé, tous les pays cherchent maintenant à diversifier leurs partenaires et ne sont plus obligés de choisir un camp au détriment de l’autre », explique-t-elle.

La Russie s'éloigne-t-elle de l'Algérie ?

Rabat cherche à mener une politique étrangère modérée, où elle met en avant ses atouts. À Vladimir Poutine, Mohammed VI ne manquera pas de vendre son « Imam academy » qui forme à un islam modéré le personnel religieux africain et européen. La Russie compte plus de 25 millions de musulmans, établis essentiellement dans le Caucase. Un vivier où Rabat pourrait, là aussi, exercer son influence. La coopération bilatérale entre les autorités judiciaires et les services spéciaux des deux pays a été abordée lors d'une rencontre organisée le 15 et 16 décembre, "afin d'aider à combattre le terrorisme et l'extrémisme religieux, les activités criminelles transfrontalières et le trafic de drogue", indique le service de presse du Conseil de sécurité russe dans un communiqué.

Les deux responsables sécuritaires ont également partagé leurs expériences en matière "d'amélioration du cadre réglementaire de lutte contre le terrorisme pour faire face aux menaces dans le cyberespace", note le communiqué.

"Une attention particulière a été accordée à la lutte contre l'utilisation des technologies par les terroristes et la propagation de l'idéologie extrémiste via Internet", conclut le Conseil de sécurité russe.

Abdellatif Hammouchi et Nikolai Patrouchev, qui s'étaient déjà rencontré en avril dernier à Moscou, ont également discuté des questions de sécurité régionale, en particulier des situations en Afrique du nord, en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient, rapporte l'agence de presse russe Sputnik.

Cette rencontre intervient alors que la position russe dans le conflit syrien fait l'objet de vifs débats au sein de l'ONU. La Russie continue d'utiliser son droit de veto pour poursuivre les bombardements à Alep aux côtés de l'armée syrienne de Bachar al-Assad.

En mars dernier, le roi Mohammed VI s'était rendu à Moscou où il avait rencontré le président russe Vladimir Poutine. Plusieurs conventions de partenariat avaient été signées, notamment une déclaration maroco-russe sur la lutte contre le terrorisme international.

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