Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Bob Woodward

La famille Kim ou le meurtre du frère

Kim Jong-nam, fils aîné de l'ex-dirigeant Kim Jong-il, aurait été empoisonné avec des aiguilles à Kuala Lumpur lundi. A plusieurs reprises, il avait critiqué l'évolution dynastique du régime. Kim Jong-nam, demi-frère du dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, a été assassiné lundi 13 février en Malaisie, rapportent, mardi 14 février, l’agence de presse sud-coréenne Yonhap et plusieurs médias de Corée du Sud.

La chaîne de télévision TV Chosun affirme qu’il a été empoisonné à l’aéroport de Kuala Lumpur par deux femmes présentées comme des agents du Nord. Les deux femmes sont en fuite, ajoute Chosun, qui s’appuie sur plusieurs sources gouvernementales sud-coréennes.

La police malaisienne a confirmé que Kim Jong-nam avait été aspergé avec un spray dans la galerie marchande de l’aéroport de Kuala Lumpur, alors qu’il attendait un vol pour Macao, et était mort lors de son transfert vers un hôpital. Le service des urgences de l’hôpital de Putrajaya a confirmé la mort d’un Nord-Coréen né en 1970 et connu sous le nom Kim.

Kim Jong-un a-t-il repris les purges familiales ? Selon des sources gouvernementales sud-coréennes, le demi-frère du leader nord-coréen a été tué en Malaisie. Kim Jong-nam aurait été assassiné avec des «aiguilles empoisonnées» lundi matin à l’aéroport de Kuala Lumpur, en Malaisie.

La chaîne câblée sud-coréenne TV Chosun croit savoir que deux femmes censées être des agents nord-coréens seraient derrière cette opération. Elles auraient fui en taxi. La police malaisienne a indiqué mardi à l’agence Reuters qu’un homme nord-coréen non identifié était décédé en route vers l’hôpital de l’aéroport de Kuala Lumpur lundi. Elle serait également sur la piste d’une femme nord-coréenne.

Si l’assassinat de Kim Jong-nam est confirmé, il s’agirait alors du meurtre le plus important d’un membre de la famille dirigeante nord-coréenne depuis l’exécution de Jang Song-thaek en 2013. En décembre de cette année-là, Kim Jong-un avait fait arrêter son propre oncle pour «crimes contre-révolutionnaires dépassant l’imagination». Considéré comme un tuteur pour Kim Jong-un qui venait d’arriver au pouvoir, Jang Song-thaek exerçait une forme de régence avant d’être passé par les armes. Ce n’est probablement pas un hasard, mais Kim Jon-nam était proche de Jang Song-thaek, avec qui il partageait la nécessité d’une ouverture économique et d’une évolution à la chinoise du régime.

Kim Jong-nam était le fils aîné de Kim Jong-il, le «cher dirigeant» mort en décembre 2011, et de sa maîtresse, l’actrice Song Hye-rim. Vraisemblablement né en mai 1971, il a fait figure pendant dix ans de successeur probable dans le système dynastique nord-coréen. Pour Kim Jong-il, il était le premier enfant, celui de la passion. Il a été très choyé, comme le rappelait Pascal Dayez-Burgeon dans la Dynastie rouge (Perrin, 2014). «En 1995, il est bombardé général à quatre étoiles, avec le titre officiel de “camarade général”. A plusieurs reprises, son père lui a juré qu’il lui offrirait la Corée.»
Mais ses habitudes d’enfant gâté, ses frasques de play-boy alcoolisé, son anticonformisme font des vagues à Pyongyang. A la fin des années 80, son père l’envoie étudier en Suisse. Il y apprend le français notamment, se passionne pour l’informatique, le japonais. De retour à Pyongyang après ses études, il est chargé de superviser la politique du régime en matière de technologie de l’information et de propagande. «Rallié aux mérites du marché, il plaide la conversion de son pays au modèle chinois, poursuit Pascal Dayez-Burgeon. Kim Jong-il le laisse dire.»

Kim Jong-nam voyage en Chine, à Singapour, à Macao, où il finira par s’installer au début des années 2000. Il garde un œil sur les activités des sociétés nord-coréennes qui rapportent du cash au régime. Son père finit par comprendre que Jong-nam «ne veut pas reprendre le flambeau», comme il l’aurait confié à son homologue du Sud Kim Dae-jung, lors du sommet intercoréen de juin 2000.

La famille Kim ou le meurtre du frère

Mais en mai 2001, il commet un impair qui brouille définitivement la relation père-fils. Il se fait prendre en essayant d’entrer au Japon avec un faux passeport dominicain pour y visiter en famille le parc Disneyland Tokyo. C’est à partir de ce moment que Kim Jong-un a pu prendre l’aval dans l’ordre de succession.

Aidé de son frère Kim Jong-chol, le plus effacé des trois enfants de Kim Jong-il, Kim Jong-un va s’efforcer de mettre au pas le demi-frère, allant jusqu’à organiser son assassinat en juin 2009 à Macao, comme le révélait la chaîne sud-coréenne KBS. Le complot aurait été déjoué à temps par Pékin, qui cultive de bons rapports avec Jong-nam depuis longtemps. Les Chinois auraient envoyé des hommes pour le mettre en lieu sûr.
«Aucun sens du devoir ou du sérieux»

En 2010, Kim Jong-nam s’est dit «personnellement opposé à la transmission héréditaire [du pouvoir] à une troisième génération de la famille». Deux ans plus tard, lors d’un échange avec Yoji Gomi, un journaliste japonais, il avait moqué Jong-un, disant qu’il n’avait «aucun sens du devoir ou du sérieux», et averti que la corruption conduirait à l’effondrement de la Corée du Nord. «Toute personne ayant une pensée normale aurait du mal à tolérer trois générations d’une succession héréditaire», avait-il également confié à Yoji Gomi.

La même année, Kim Han-sol, le fils de Jong-nam, y est allé aussi de son compliment à l’égard de Kim Jong-un, son oncle, qu’il a qualifié de «dictateur». Aujourd’hui, le jeune homme né en 1995 a peut-être du souci à se faire s’il s’avère que son père a bien été empoisonné par son demi-frère.

La famille Kim ou le meurtre du frère

Commenter cet article